LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Pierre Bergé sous un portrait d'Yves Saint Laurent

Pierre Bergé, écrire sa vie

4 min
À retrouver dans l'émission

Et si Pierre Bergé n'était pas seulement l'agent ou le mécène, mais l'artiste?

Pierre Bergé sous un portrait d'Yves Saint Laurent
Pierre Bergé sous un portrait d'Yves Saint Laurent Crédits : STEPHANE DE SAKUTIN - AFP

« Je suis un artiste manqué » disait souvent Pierre Bergé « on s’y fait très bien » ajoutait-il…

Dans le récit pré-écrit de la vie de Pierre Bergé, sa légende populaire, l’histoire est entendue : il n’était pas un créateur mais un accompagnateur de la création. Le talent du peintre Bernard Buffet, puis le génie de la mode d’Yves Saint Laurent. Sans oublier son incroyable mécénat dans tous les champs de la culture.

Mais si Pierre Bergé était l'artiste, partons sur les traces de son œuvre.

Un auteur à part entière?

Les publications existent, peu nombreuses, mais révélatrices. Plutôt que son récit autobiographique modestement intitulé Les jours s’en vont, je demeure, prenons l'exemple de son iconographie commentée de Cocteau publiée chez Gallimard. Bergé la transforme en véritable exercice de style.

« Un portrait de Cocteau est toujours mouvant. Comme Le nu descendant l'escalier. Il ne cesse de fuir l'objectif pour le subjectif. Quant à l'adjectif, "les poètes doivent le craindre comme la peste" : d'où le galbe ingresque de sa phrase, le trait sans remords de ses dessins, le fil de sa conversation et le "bruit latin" de sa prose » Pierre Bergé dans le texte.

Le voilà certes dans le commentaire d’une autre œuvre, pas la création de la sienne propre. Mais pour celui qui a également publié L’art de la préface, une chose est sûre, ces mots-là ont leur autonomie artistique.

Si œuvre littéraire de Bergé il y a, elle est aussi une oeuvre épistolaire. Les Lettres à Yves en témoignent, et l’incipit de la dernière, le jour des obsèques d’Yves Saint Laurent, résonne encore «Le matin de Paris était jeune et beau la fois où nous nous sommes rencontrés ».

On peut aussi considérer cet art poétique que Pierre Bergé a tenté de définir tout un long de son existence et de ses émotions esthétiques, comme étant de la littérature. Et la relation aux mots comme l’obsession d’une vie.

Le roman d'une vie

En poursuivant la recherche de l’œuvre « Bergéienne ». Une évidence s’impose, au-delà de la matière textuelle. Pierre Bergé a écrit sa vie. Un roman dont il est l’auteur, déterminé.

17 ans, le garçon venu de Charente-Maritime n’a pas son bac en poche mais déjà des lettres envoyées à André Gide et Jean Giono. Il s’écrit une place au sein du monde littéraire. Giono dont il est un temps « le secrétaire », ou encore Albert Camus, André Breton, Maurice Rostand qu’il fréquente devenu rédacteur en chef de la revue « la patrie mondiale » en plein début de Guerre froide.

Le roman d’une vie, c’est écrire sa légende de son vivant. Exemple son arrivée à Paris où il tombe sur Jacques Prévert défenestré par accident : « j’ai toujours considéré comme un signe qu’à mon arrivée un poète me soit tombé sur la tête » aimait-il rappeler. Des formules qui s’inscrivent dans l’imaginaire collectif au fil des interviews.

En 2010, devenu actionnaire du Groupe Le Monde ce sera « Je n’ai pas eu le bac, mais j’ai acheté Le Monde ». Quant à son départ il avait confié l’imaginer à la façon des grands personnages de l’Antiquité en choisissant lui-même le moment de terminer son existence.

Les plus belles pages de cette légende, il les écrit au personnage d’Yves Saint Laurent dont il sait parfaitement dire ce que lui coûte la création. Il cite Madame de Staël « La gloire est le deuil éclatant du bonheur ».

Le personnage de Des Esseintes

Enfin l’œuvre de l’artiste Pierre Bergé c’est bien sûr celle de l’esthète. À la manière de Des Esseinte héros du roman À rebours de Huysmans. L’assemblage d’œuvres d’art, d’objets précieux, de mobilier rare, dans une thébaïde raffinée, c’est cette collection ultime que compose Bergé de demeure en demeure.

Mais là où chez Huysmans l’air est vicié, étouffé dans l’art pour l’art, chez Bergé la collection se dissout pour renaître ailleurs. Comme lors de "la vente du siècle" après la mort d’Yves Saint Laurent, où toutes ces beautés accumulées par le couple ont été livrées comme il l’a dit "aux croque-morts de l’art et au feu des enchères". De ce feu là, il aura fait le bois de son engagement et le soutien de créations nouvelles.

Pierre Bergé ne croyait ni à l'au-delà ni à la réincarnation ni à l'âme, mais à cette seule et unique vie terrestre dont il faut faire une oeuvre.

Intervenants
L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......