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Pygmalion et Galatée

Pourquoi faut-il retraduire Ovide ?

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À retrouver dans l'émission

Autre évènement majeur de cette rentrée littéraire : la nouvelle traduction des Métamorphoses !

Pygmalion et Galatée
Pygmalion et Galatée Crédits : J.-L. Gérôme, XIXe.

Une nouvelle traduction des Métamorphoses d’Ovide, l’oeuvre latine la plus longue avec ses 15 livres, ses 12 000 vers et ses 246 fables transformatrices, ça n’arrive pas tous les jours, loin s’en faut.

Au début du mois prochain paraîtra celle de l’écrivaine et traductrice Marie Cosnay aux éditons de l’Ogre, 2000 ans après la mort du poète. Contrairement à Virgile et son Enéide, Les Métamorphoses d’Ovide ont peu de traductions disponibles. Il y a celle de George Lafaye en 1925, celle de Joseph Chamonard en 1966, de Danielle Robert en 2001 et d’Olivier Sers en 2009.

Mais pourquoi retraduire les Métamorphoses d’Ovide? Et même pourquoi FAUT-IL retraduire les Métamorphoses d’Ovide ?

C'est le texte qui réclame une métamorphose

D’abord parce que le texte en lui-même l’exige. C’est un texte de passage, de métamorphose, qui est appelé à ne pas être figé. De sorte qu’on lui est fidèle en le renouvelant. Comme le dit Ovide « la cire est d’autant plus apte à travailler qu’on la travaille ».

Evidemment dans l’expérience de lecture, les Métamorphoses d’Ovide se renouvellent de toute façon à travers les âges, car chaque lecteur l’entend avec son époque, sa modernité et sa langue. Mais tout le monde ne peut pas lire ces 12 000 vers en latin…

Ovide auteur contemporain

Alors il faut bien des traductions pour porter ce renouvellement car le pire qu’on puisse faire aux Métamorphoses c’est de s’en tenir à une traduction et de la ranger dans les rayonnages pour des siècles et des siècles.

Et puis cette nouvelle traduction est d’autant plus importante et nécessaire que les précédentes n’ont peut-être pas encore réussi à restituer le style singulier d’Ovide. Son style d’auteur, qu’on lirait non pas comme une antiquité mais avec l’exigence et l’appétence que l’on a pour les romans contemporains.

Le vers à moitié plein

La traduction de George Lafaye dont je vous parlais au début est une « version » comme on dit chez les latinistes, elle s’en tient à nous faire parvenir en français le contenu des Métamorphoses, les histoires de Narcisse, Echo, Myrha et caetera. Ce qui permet déjà d’avoir accès au réservoir mythologique qui irrigue une grande partie de la création occidentale... Mais c’est une traduction qui ne porte que sur le message du texte, et comme on le sait la littérature n’est pas affaire de message.

La traduction de Danielle Robert constitue elle une vraie restitution d’auteur, mais y respire-t-on assez le latin d’Ovide ? Ressentons-nous assez ses jeux de formes syntaxiques et de figures de style ?

Quant à la traduction d’Olivier Sers elle est en alexandrin, contrairement aux autres qui sont en prose. Tentative de nous rendre poétique ce texte qui est au départ versifié, mais elle compresse l’original et on ne peut pas dire que l’alexandrin soit la forme poétique la plus contemporaine.

Une langue à cheval

Alors trouver une langue « à cheval », une « traduction d’auteur » mais où habite pleinement le style d’Ovide et l’oralité de son chant, voilà toute l’ambition de cette nouvelle tentative signée Marie Cosnay.

Chacun en sera juge, mais Ovide lui, 2000 ans après sa mort, doit se réjouir ! Rappelons qu’il écrivait dans les deux derniers vers des Métamorphoses :

« La bouche du peuple me lira ; j’irai, connu, à travers siècles, et s’il y a quelque chose de vrai dans les oracles d’un poète, je vivrai »

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