LE DIRECT
Le campus de la prestigieuse université de Stanford, Californie

Pourquoi la France n'a pas de littérature de campus ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Tout se passe comme si notre système universitaire ne pouvait pas produire une telle matière fictive.

Le campus de la prestigieuse université de Stanford, Californie
Le campus de la prestigieuse université de Stanford, Californie Crédits : BECK DIEFENBACH - Reuters

Le roman de campus ou « campus novel » est un genre littéraire à part entière. L’action se déroule dans un campus ou autour, et met en scène la communauté universitaire, professeurs, étudiants, personnel des universités.

Où est le David Lodge français?

Un genre a fortiori anglo-saxon qui a engendré bon nombre de chefs d’œuvre, et qui m’a fait me demander : « bon sang mais pourquoi n’avons nous pas notre David Lodge français ? »

David Lodge, écrivain et universitaire britannique, maître incontesté des « fac fictions » avec sa trilogie dite de « Rummidge » et la référence du roman académique Small World (Un Tout petit monde) en 1984.

Avec Lodge c’est le roman universitaire par un universitaire. Nous sommes du côté des professeurs et maîtres de conférences, l’ironie est de mise, et la lecture aussi savoureuse pour ceux qui n’y connaissent rien que ceux qui sont introduits dans le milieu. C’est là sa force et sa richesse.

Sexe, drogue et bacchanales

Mais le roman universitaire c’est aussi le nouveau roman d’initiation, la bascule à l’âge adulte et le gouffre identitaire que cela engendre. Et là c’est du côté des étudiants du sexe et de la drogue, que le genre se réinvente avec _Les lois de l’attractio_n de Bret Easton Ellis. Ou le premier roman de sa copine de fac, Donna Tartt, et son Maître des illusions. Au programme : bacchanales, meurtres, et digressions érudites sur le combat entre apolliniens et dionysiaques. Des pages que je savoure encore.

Ajoutez à cela les Philip Roth, Tom Wolfe ou Joyce Carole Oates parmi les grands auteurs qui se sont illustrés dans le genre. Varié, vivace, le roman universitaire anglo-saxon nous dit aussi beaucoup de la Société avec un grand S à l’échelle du tout du petit monde du campus.

Problème systémique

Qu’en est-il de ce genre sur les terres littéraires françaises ? En France, on n’a pas de littérature de campus à proprement parler. C’est davantage une littérature de pensionnat comme le Fermina Marquez de Valéry Larbaud. Ou alors la VF du "campus novel" avec L’étudiant étranger de Philippe Labro. Et dans un tout autre genre les fièvres khâgneuses ou les intrigues à Normale Sup...

Certes les affres du monde universitaire traversent le Soumission de Michel Houellebecq, et l'on perçoit l'ennui de la fac-facultative dans le récent Faux départ de Marion Messina. Mais comme d'autres exceptions du genre, ce ne sont pas de véritables romans de campus.

Tout se passe en France comme si le système universitaire en tant que tel, ne pouvait pas produire une telle matière fictive. Pour plusieurs raisons structurelles, et politiques.

Bien sûr en France le principe du vase clos est rompu, car les étudiants peuvent rentrer chez eux ou chez leurs parents. Mais pas seulement. C’est tout le rituel qui est différent. Chez Lodge on le voit, les semestres sont rythmés par des activités qui rassemblent la communauté universitaire, étudiants et professeurs. Ce n’est pas le cas en France où on a davantage affaire à une université de guichets. Pire, on a même aboli des expériences de partage comme la cérémonie de remise de diplôme supprimée après 68.

Absence révélatrice

Emmanuel Ethis, ancien président de l’université d’Avignon aujourd'hui recteur de l'académie de Nice, a étudié la question du point de vue des films de campus. Un genre également très rare en France.

Pour lui la production de films de campus est révélatrice de la place symbolique du savoir et de la recherche dans chaque pays. Et il démontre que l'investissement financier d'un pays dans son enseignement supérieur est directement corrélé au nombre de films de campus produits. Guess What ? Au palmarès des campus les plus filmés, les américains arrivent largement en tête, suivis dans l'ordre, des campus britanniques, de ceux d’Europe du Nord, du Japon, d’Allemagne, et d’Espagne.

Alors en France une réforme universitaire s’impose aussi à des fins cinématographiques et littéraires.

Intervenants
L'équipe
À venir dans ... secondes ...par......