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Marguerite Duras recevant le Prix Goncourt en 1984

Prix littéraires, le feuilleton qu'on adore détester

4 min
À retrouver dans l'émission

Qu’est ce qui fait encore le sel de cette séquence ultra ritualisée?

Marguerite Duras recevant le Prix Goncourt en 1984
Marguerite Duras recevant le Prix Goncourt en 1984 Crédits : AFP

C’est une forme de rentrée scolaire pour la littérature, celle des prix littéraires. Le Renaudot donnera sa sélection aujourd’hui, le Goncourt sa première « short list » demain, Le Monde décernera mercredi le premier prix de la saison, et on connaît déjà la lauréate du prix des Libraires de Nancy - Le Point qui sera couronnée vendredi.

Qu’est ce qui fait encore le sel de cette séquence ultra ritualisée, aux allures pourtant bien feuillues de marronnier journalistique? Le reportage annuel sur les fournitures scolaires ayant en apparence à peu près le même attrait que le tableau annuel des bons élèves de la rentrée littéraire.

Même dans la répétition, cet exercice codifié (annonce des élus potentiels, paris sur les favoris, tractations des maisons d’édition), nous donne toujours un signal.

Tradition du refus

Bien sûr il y a une tradition du refus. Dés 1950 Julien Gacq dans La littérature à l'estomac fustige le système des prix Littéraires, l’incompétence des jurés et les préjugés de la critique. Lorsque l’Académie Goncourt le sacre un an plus tard contre sa volonté pour Le rivage des Syrtes, il devient l’emblème des «refusants» pour l’Histoire des Prix. Son éditeur, José Corti, refusera d'ailleurs d’habiller l’ouvrage du traditionnel bandeau "Prix Goncourt".

Quant à Jean-Paul Sartre il refuse même la plus haute distinction, le Prix Nobel de Littérature en 1964 et se justifie ainsi : « Aucun artiste, aucun écrivain, aucun homme ne mérite d’être consacré de son vivant, parce qu’il a le pouvoir et la liberté de tout changer. Le Prix Nobel m’aurait élevé sur un piédestal alors que je n’avais pas fini d’accomplir des choses, de prendre ma liberté et d’agir, de m’engager.»

Tradition du refus jusqu’à nos jours. En 2015 on se souvient de Joseph Andras qui décline le Goncourt du premier roman pour De nos frères Blessés, car je cite « sa conception de la littérature n'est pas compatible avec l'idée d'une compétition ».

Sous les pavés le mage ?

Mais pour ceux qui continueraient à suivre ce prosaïque et infamant feuilleton des prix littéraires, force est de constater que dans la profusion des sorties (581 nouveaux romans publiés, dont 390 français) l’émergence de certains favoris nous dit malgré tout quelque chose de l’époque. En dépit de tous les artifices qui peuvent être dénoncés, l’exercice a une valeur radiographique.

Prenons le cas d'un favori en particulier : L’Art de perdre d’Alice Zeniter publié chez Flammarion. Le roman est en effet sélectionné entre autres pour le prix littéraire du Monde et lauréat déjà annoncée du Prix des libraires de Nancy - Le Point, connu pour ses bons augures de Goncourt. Mathias Enard y avait été couronné pour Boussole ainsi que Lydie Salveyre pour Pas Pleurer.

L’art de perdre est un regard sur la Guerre d’Algérie, l'indépendance et la fuite des Harkis à travers trois générations. Une enquête qui tente de recoudre les trous de la généalogie, de « combler les silence transmis entre les vignettes » pour reprendre les mots de la narratrice Naïma. Jeune femme née d’une mère dijonnaise et d’un père kabyle, elle veut faire parler les non-dits hérités du grand père harki, mis au banc et chassé par le FLN en 1962.

Réparer le présent

Dans une France qui elle non plus n’a pas encore les mots pour dire ce pan de son Histoire, le signal qu'envoie un favori comme le roman d’Alice Zeniter, c’est que l’on peut croire encore à une littérature capable de réparer non seulement les vivants, mais le présent.

Un signal fort !

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