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Grossière ballerine de Jeff Koons pour sa série "Seated Ballerina" au Rockefeller Center de New York

Qu'est ce que la beauté aujourd'hui?

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Tandis que le discours esthétique s’étendait, dans une partie l’Art Contemporain, la quête de la beauté avait reculé.

Grossière ballerine de Jeff Koons pour sa série "Seated Ballerina" au Rockefeller Center de New York
Grossière ballerine de Jeff Koons pour sa série "Seated Ballerina" au Rockefeller Center de New York Crédits : TIMOTHY A. CLARY - AFP

Une « belle nuit», une «belle personne » et même « un bel appétit » : signe des temps, le beau remplace le bon dans les conversations. Et nous franchissons une étape supplémentaire dans un monde où tout est vu sous la modalité esthétique.

Une esthétisation à outrance qui se pose partout, mais qui n’adhère nulle part. C’est à dire qu’elle ne créé pas substantiellement plus de beau : c’est l’analyse du philosophe Yves Michaud dans le dernier numéro de Beaux-Arts Magazine consacré à la beauté aujourd’hui.

Après avoir compris que la beauté était relative aux cultures, aux époques, aux conventions. Mais aussi qu’elle était plurielle, parce que définie par le plaisir esthétique qu’elle suscite, y compris là où ne l’attend pas. Où en sommes nous ?

Esthétique partout, beauté nulle part?

Paradoxalement tandis que la beauté ou plutôt le discours esthétique s’étendait, dans l’Art la quête de la beauté semblait reculer. L’Art n’est pas le beau, et selon un récent sondage publié dans ce même numéro de Beaux-Arts Magazine la notion est intégrée. À la question « pensez-vous qu’une oeuvre d’art doit forcément être belle? » Les français répondent « non » à 58%.

Mais il ne faut pas s’y tromper : il y a d’une part une recherche volontaire de la dissidence académique, pour faire la peau de la norme et du bon goût parfois jusqu’à l’écœurement comme les dernières œuvres de Jeff Koons. D’autre part, une recherche de sensation d’art, de formes inédites qui renouvellent la notion d’œuvre et nous mettent face une « une inquiétante étrangeté ». Chez Louise Bourgeois ou Anish Kapoor par exemple.

On en vient à une définition Baudelairienne « le beau est toujours bizarre » écrit-il, « une bizarrerie naïve, non voulue, inconsciente » précise-t-il.

Sensation bizarre

Du reste cette bizarrerie, cette sensation provoquée par une œuvre d’art c’est peut celle-ci qu’on peut tenter d’appréhender plutôt que ce beau qui invariablement nous échappe.

Jean-Pierre Changeux, neurobiologiste contemporain et collectionneur s’y intéresse. Ses travaux cartographient la réponse à la perception consciente d’un œuvre. À ce moment là une onde particulière appelée ignition peut être enregistrée par imagerie cérébrale. On a donc une trace de ce moment où une œuvre nous transporte. La perception varie d’une individu à l’autre, mais ce neurobiologiste cherche à regarder ce qui se passe de différent dans un cerveau entre la contemplation d’une oeuvre d’Otto Dix ou de Nicolas Poussin.

Une chose est sûre, pour lui quand une œuvre nous touche, il se passe quelque chose entre émotion et raison qui empreinte un « circuit de récompense » dont le neurone transmetteur principal est la dopamine. Et qu’on soit touché pour notre plaisir ou notre déplaisir, c’est une émotion qu’on va rechercher à nouveau.

Rechercher cette émotion en s’exposant à des œuvres, c’est là la vraie expérience esthétique, plutôt qu’une esthétisation de toutes nos expériences.

Beaux-Arts Magazine célèbre sa nouvelle formule - et son numéro 400 - avec une grande enquête sur « Qu’est-ce que la beauté aujourd’hui? » - en partenariat avec France Culture

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