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Affiche "Si j'étais un homme", Audrey Dana, 2017

Trop de pitch pas assez de cinéma

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Trop de pitch, pas assez de cinéma ?

Affiche "Si j'étais un homme", Audrey Dana, 2017
Affiche "Si j'étais un homme", Audrey Dana, 2017

Le pitch, ce sont ces quelques phrases qui résument l’histoire, l’enjeu, l’idée directrice d’un film. Bref, son canevas.

On s’en sert pour parler d’un film dans les médias, mais l’expression désigne aussi le fait pour un scénariste ou un réalisateur de présenter son projet à un producteur susceptible de le financer. Le pitch devient l’argument d’un film. Sa raison d’être.

Une méthode américaine qui s’est installée dans le PCF, oui le paysage cinématographique français, depuis les années 90.

Sachez que c’est un exercice qui a ses normes : aux Etats-Unis en moyenne, la longueur du pitch doit être comprise entre 1 et 3 minutes. Et il faut faire de plus en plus court. Savoir exposer un projet cinématographique en une phrase, ce qu’on appelle le « one line pitch » une sorte de « pitch twitter » en 140 caractères.

Par exemple si je vous dis « Un chevalier de retour des croisades joue aux échecs avec la Mort » vous me dites ?... Le 7ème Sceau d’Igmar Bergman bien sûr !

Vous le comprenez aisément le pitch ne fait pas le film. Autre exemple : « Un beau soleil intérieur » très beau long métrage de Claire Denis, qui sort la semaine prochaine et qui se « pitche » ainsi : « Isabelle, divorcée, un enfant, cherche un amour. Enfin un vrai amour ». Entre 140 caractères et 1H40 il se passe un truc : du cinéma.

Aujourd’hui on a parfois le sentiment de voir davantage de pitch que de cinéma. Exemple « L’un dans l’autre » de Bruno Chiche qui sort aujourd’hui avec Louise Bourgoin et Stéphane De Groodt. Le pitch ? « Après leur dernière nuit d’amour un couple d’amants illégitimes se réveillent chacun dans le corps de l’autre ».

Le problème du pitch, c’est quand il se voit… Et qu’on ne voit que lui. L’hiver dernier sur le même principe du « swap body » où l’échange de corps, c’était Audray Dana avec « Si j’étais un homme » et ce pitch tout en finesse sur les affiches « un matin elle s’est réveillée avec un truc en plus… »

Dans le procédé, il y a quelque chose de très mécanique et la pratique du pitch pose le problème de la standardisation des œuvres audiovisuelles, comme l’a dénoncé le réalisateur média-critique Peter Watkins.

Cela provoque aussi une forme de logorrhée filmique. Une surenchère très habilement démontée par le compte twitter « Shit pitches » ou « pitch de merde » qui produit à la chaîne des faux pitchs hilarants. Derniers exemple en date : « Tom Hanks est un petit flic de province qui devient un héros national en attrapant le fantôme d’Hitler ». Ou encore : « Nicolas Cage est un surfeur olympique qui découvre accidentellement une vague surpuissante qui le renvoie en plein 19ème siècle ! »

Au fond, ce qu’on attend d’un film c’est qu’il nous fasse oublier son pitch ! Et de certains picth qui ne deviennent jamais des films.

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