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La directrice du FMI visite un orphelinat au Nigeria

2016: le retour de la dette africaine?

3 min
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Baisse des cours du pétrole et des matières premières, ralentissement de la Chine, terrorisme affectent les pays de l'Afrique sub-saharienne qui voient leur endettement repartir à la hausse. 2016 ne sera pas de tout repos, prédit la directrice du FMI.

La directrice du FMI visite un orphelinat au Nigeria
La directrice du FMI visite un orphelinat au Nigeria Crédits : Maxppp

Christine Lagarde, la directrice du FMI a comme chaque année à cette période fait une tournée en Afrique entre le 4 et le 9 janvier. Elle a passé plusieurs jours au Nigeria et au Cameroun, pays qu'elle visitait car il fait partie d'une zone économique plus large la CEMAC, qui regroupe le Congo, le Gabon, la Guinée Équatoriale, la République de Centrafrique et le Tchad. Avec cinq pays producteurs de pétrole (tous sauf la Centrafrique), la Cemac est la communauté régionale la plus dépendante de l'or noir sur le continent.

Les mots qu'a employé la directrice du FMI dans ses discours, au Nigéria et au Cameroun sont restés mesurés, car c'est le propre du FMI d'être dans "l'understatement", c'est à dire d'utiliser les formules les moins tranchées qui soient. Il faut toujours les décrypter, or quand Christine Lagarde dit à ces pays que la transition qui les attend "ne sera pas de tout repos ", il faut comprendre qu'il y a de quoi s'inquiéter.

Pourquoi s'inquiéter? 

Le pétrole est la ressource de devise essentielle de ces pays, or les prix ont chuté de 70% en un an. Au delà du pétrole, ce sont quasiment toute les matières premières qui se sont effondrées dernièrement. En cause, le ralentissement de la croissance chinoise. La Chine est le premier partenaire commercial de l'Afrique subsaharienne. Pendant 10 ans, sa croissance insolente a tiré celle de ces pays vers le haut, or en 2015 pour la première fois la balance commerciale de la Chine a été excédentaire vis à vis de l'Afrique.

Cerise sur le gateau, certains états africains, dont le Nigeria ont adopté le yuan comme monnaie de réserve; la dévaluation menée par les autorités chinoises dernièrement les appauvrit un peu plus. Par ailleurs, " les perturbations de nature sécuritaire pèsent lourdement " comme l'a indiqué Christine Lagarde avec des mots feutrés, pour évoquer les attaques terroristes répétées de Boko Haram, notamment au Cameroun, au Nigeria et au Tchad.

Mis bout à bout, tout cela n'augure rien de bon, les déficits sont en hausse dans tous ces états. La Guinée Equatoriale, premier producteur d'or noir de la Cemac est entrée en recession en 2015. Son PIB se serait contracté de plus de 10%.

Si on garde toujours en tête cette idée que Christine Lagarde marche sur des oeufs à chacune de ses phrases, elle a beau avoir démenti avec force être venu au Nigeria pour négocier un prêt, une équipe d'économistes du FMI doit arriver cette semaine dans ce pays pour évaluer notamment si la dette est viable.

Après la dette grecque en 2015, la dette africaine en 2016?  

C'est fort possible que la dette africaine redevienne un sujet en 2016. Pourtant on avait vraiment tourné une page. Un programme intitulé PPTE (Pays Pauvre Très Endettés) et mis en oeuvre par le FMI et la Banque mondiale depuis 1996 a débouché sur l'annulation d'une partie de la dette africaine. Selon Michel Sapin, ministre des finances français cité par Le Monde en décembre 2015, les pays africains qui ont bénéficité de ce programme ont vu leur niveau de dette passer de 100% du PIB à 30% en moyenne.

Puis il y a eu les années de bonne croissance, grâce à la Chine, cet argent, qui ne coûte quasiment rien puisque la Fed, et la BCE en distribuent à tout va, et certains états africains se sont réendettés, tranquillement à partir de 2014. Le risque, c'est qu'en 2016, ce ré-endettement ne soit pas tranquille, mais forcé par la conjoncture extérieure. Or les intérêts que payent les pays africains n'ont rien à voir avec les nôtres.

En décembre, le Tchad, et le Cameroun ont fait appel aux marchés financiers pour financer leur dette. Ils vont devoir acquitter des taux d'intérêts en moyenne de 3,5% pour des bons du trésor à un an, A titre de comparaison, nous acquittons 1.92% pour des bons du trésor à 30 ans. (Ici, une précédente chronique à ce sujet).

Pour 100 prélevés en impôt, le Nigeria dépense déjà 35 pour le service de sa dette. Une situation que Christine Lagarde n'a pu que décrire, sans offrir de solution immédiate. Son désarroi pouvait se mesurer au nombre de proverbes africains qui ont émaillé chacun de ces discours: dont ce proverbe tchadien, lourd de sens

"Si tu empruntes toujours le même chemin, il te mènera où tu es déjà allé".

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