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L'incendie s'est déclaré dans la nuit, à Tongi, 20 kms au Nord de Dacca.

Accident industriel au Bangladesh : le contre effet Rana Plaza

3 min
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Une usine d'emballage plastique a pris feu dans le nord de Dacca. 29 morts, selon un bilan encore provisoire. C'est l'accident industriel le plus meurtrier au Bangladesh depuis l'effondrement du Rana Plaza en 2013, mais il n'aura pas le même écho à l'international. Pourquoi?

L'incendie s'est déclaré dans la nuit, à Tongi, 20 kms au Nord de Dacca.
L'incendie s'est déclaré dans la nuit, à Tongi, 20 kms au Nord de Dacca. Crédits : A.M. Ahad - Sipa

Quelques lances à incendie, une épaisse fumée noire, les restes d'un immeuble effondré sur lui même, des secouristes qui recherchent des corps...

La scène se passe à Tongi, une ville industrielle située au Nord de Dacca la capitale du Bangladesh, dans la même direction que Savar.

Savar, vous vous souvenez peut être de ce nom, c'est là qu'en avril 2013, s'était effondré l'immeuble du Rana Plaza. Plus de 1000 morts, l'accident industriel (l'un des plus important à ce jour enregistré dans le monde), avait fait la une de tous les journaux.

Celui du weekend dernier à Tongi, n'aura pas les mêmes honneurs dans la presse. D'abord parce que le bilan humain y est  moindre. Pour le moment, les secours dénombrent 29 morts et 70 blessés. La deuxième raison, c'est que peu d'entreprises occidentales sont impliquées. Pour le Bangladesh, cet incendie est l'accident industriel le plus meurtrier depuis le Rana Plaza.

Les accidents sur le lieu de travail en Asie du Sud ont fait l'objet d'une rencontre organisée par l'Organisation Internationale du travail au printemps 2016. L'un des orateur présent a évoqué des chiffres impressionnants: 300 millions d'accidents sur les lieux de travail chaque années dans le monde, et 350 000 morts.

Le plastique, un créneau porteur

L'usine Tampaco Foils, c'est son nom, ne fabriquait pas de vêtements mais des emballages plastiques pour des aliments et des cigarettes.

Depuis quelques années, le Bangladesh cherche à diversifier ses productions, pour ne pas dépendre justement que du textile, et le plastique est l'un de ses créneaux les plus porteurs. Selon le syndicat bangladais des employeurs de ce secteur, il emploi un million de personnes dans le pays, le textile c'est 3 millions et demi.

On ne sait pas encore ce qui a déclenché l'incendie, mais déjà, comme pour le Rana Plaza, d'autres causes plus structurelles sont évoquées. Selon un représentant du ministère du travail Bangladais, l'usine aurait été surélevée d'un étage sans autorisation. Ce qui semble corroborer le témoignage d'un précédent client de l'usine cité par les journaux Bangladais, qui affirme que l'usine avait beaucoup augmenté sa production dernièrement et qu'elle était en surcapacité.

C'est un peu tôt pour conclure. Ce qui est sûr, c'est que l'insécurité des usines du Bangladesh est un problème connu, et si la situation s'est améliorée, dans le textile, suite à l'accident du Rana Plaza, dans les autres secteurs de production, c'est loin d'être le cas. Il y a même eu un contre effet Rana Plaza.

Le contre-effet Rana Plazza

Après le Rana Plaza, des accords sur la sécurité des usines ont été signé entre les firmes donneuses d'ordres, le syndicats du textile bangladais et le gouvernement. Il prévoyait l'inspection systématique des dizaines de milliers d'usine textile du pays par des ingénieurs mandatés par les marques, et des fonctionnaires d'Etat. Les inspecteurs étatiques ont très vite été débordés par la tache à accomplir, et les usines des autres secteurs n'ont pas reçu la même attention.

NB: Je suis allée en reportage au Bangladesh, quelques mois après l'accident du Rana Plaza. Les informations que je donne dans ce billet sont issus de mes interviews là bas, avec des directeurs d'usine, des syndicats, des inspecteurs en conformité...

"Made In Bangladesh : le vrai prix de nos habits" ( France Culture)

"Made In Bangladesh : des jeans et des tea-shirts mais à quel prix?" (France Inter)

Ci dessous une vidéo faite avec les photos de Benjamin Chauvin lorsque nous étions en reportage sur place.

Ce que j'ai compris de mon reportage sur place, c'est que l'attention internationale portée sur les usines textiles a aussi des effets pervers pour les autres secteurs du pays.

Moins une usine produit pour des donneurs d'ordre internationaux, moins sa sécurité sera un souci de préoccupation pour ses patrons, mais aussi pour l'Etat. Dans ses clients annoncés sur son site internet, l'usine qui a pris feu ce weekend, compte très peu d'entreprises occidentales.

C'est un phénomène que l'on retrouve aussi pour le travail des enfants. Traqués dans le textile pour que la réputation des grandes marques occidentales ne soit pas mise à mal, on les retrouve dans les secteurs les plus dangereux et les moins contrôlés de l'industrie locale. Les rapports le disent, et quand on est sur place, on le voit.

NB: Veuillez excuser les nombreuses fausses coquilles de ce billet du tye "nbsp&". Le problème est identifié, nous tentons d'y remédier.

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