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La galerie des portraits des anciens président de la commission. Imagine-t-on Jacques Delors parti travailler chez Lehman Brother ?

Affaire Barroso : des fonctionnaires européens écœurés

3 min
À retrouver dans l'émission

Le départ de José Manuel Barroso chez Goldman Sachs a déclenché une vague d'indignation chez les fonctionnaires européens. lls remettent aujourd'hui une pétition à Jean-Claude Juncker pour réclamer des mesures exemplaires, qui ne seront sans doute jamais prises.

La galerie des portraits des anciens président de la commission. Imagine-t-on Jacques Delors parti travailler chez Lehman Brother ?
La galerie des portraits des anciens président de la commission. Imagine-t-on Jacques Delors parti travailler chez Lehman Brother ? Crédits : Denis Closon - Sipa

Ce sont cette fois des fonctionnaires européens qui remettent le sujet Barroso sur la table. Des fonctionnaires indignés, écœurés même par ce transfert, en plein été, à quelques semaines du Brexit. Eux estiment, servir les citoyens européens chaque jour.

En dépit de leur devoir de réserve, ils remettent donc aujourd'hui une pétition à Jean-Claude Juncker, le président de la commission, pour demander des mesures exemplaires à l'encontre de José Manuel Barroso. Vous pouvez suivre leur compte twitter @EUemployees. #EthicsforEU

Cette démarche inédite montre que le fossé n'est pas seulement grand entre la tête de l'Union Européenne et les citoyens, il se creuse aussi avec ses agents. Cette fois la critique vient de l'intérieur, de personnes qui croient en l'Europe et disent cette Europe là Not in my name, pas en mon nom.

Les faux arguments de Jean-Claude Juncker

La critique de ces fonctionnaires s'appuie sur les textes de l'Union Européenne qu'ils connaissent bien, contrairement au président actuel de la commission.

Vous pouvez écouter d'abord le court extrait d'une interview qu'a donné Jean Claude Juncker a une You Tubeuse, sollicitée justement par You Tube pour interviewer le président de la commission. Le passage sur Barroso est entre la troisième et la cinquième minute de l'ITV.

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Il y a une histoire dans l'histoire à propos de cette vidéo. La jeune fille Laeticia a expliqué dans une seconde vidéo les pressions qu'elle avait subi de la part de You Tube pour ne pas poser des questions gênantes au président de la commission. Son interlocuteur chez You Tube était la personne chargée des relations avec la commission, autre façon de dire lobbying, et à l'écouter, on comprend donc que l'une des stratégie mise en place par Google pour s'assurer les bonnes grâces de la commission, c'est d'utiliser sa plateforme You Tube pour faire la "communication" de la commission. Google est justement dans le collimateur de la commissaire européenne à la concurrence pour entrave à la concurrence.

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Mais revenons au cas Barroso, sur lequel le président actuel de la commission européenne trouvait donc mi septembre, qu'il n'y avait rien à redire puisqu'il avait respecté les 18 mois imposés par le code de conduite, et que c'est un ami. Ces propos ont fait sauter au plafond les fonctionnaires qui s'indignent aujourd'hui car:

  1. que Barroso soit l'ami de Jean Claude Juncker, en quoi est-ce une preuve de sa probité?
  2. dire que passés 18 mois, les commissaires européens peuvent partir où bon leur semble est contraire aux traités européens et l'article 245 qui fixe les devoirs des commissaires européens.

Un engagement ad-vitam

En vertu de cet article, qui n'a pas changé depuis 60 ans, les commissaires européens prêtent serment au début de leur mandat et s'engagent notamment pour ce qu'il se passe après.

Je m’engage, en outre, à respecter, pendant la durée de mes fonctions et après la cessation de celles-ci, les obligations découlant de ma charge, notamment les devoirs d’honnêteté et de délicatesse quant à l’acceptation, après cette cessation, de certaines fonctions ou de certains avantages.

JM Barroso a prêté serment devant la Cour de Justice de l'UE le 21 janvier 2005
JM Barroso a prêté serment devant la Cour de Justice de l'UE le 21 janvier 2005 Crédits : YVES LOGGHE - Sipa

Il n'y a donc aucune limite dans le temps. Pas de 18 mois ou plus, c'est ad-vitam eternam. On pourra trouver ça long, mais c'est à la hauteur des pouvoirs extra-ordinaires qui sont donnés à ces commissaires notamment dans le domaine économique.

Cela ne veut pas dire qu'ils ne peuvent pas ensuite travailler dans le privé... juste pas n'importe où, pas n'importe quand. Or José Manuel Barroso y est allé un peu fort, m'expliquait avec ces mots un de ces fonctionnaires indignés:

"Aller servir les intérêts d'une banque américaine dans le gestion du Brexit, alors que cet événement est l'élément le plus négatif de la construction européenne depuis ses débuts", où est la délicatesse, où est l’honnêteté dûes au projet européen?

Une mesure exemplaire, c'est possible!

Il y a une façon de juger cela, c'est que la Commission ou le Conseil Européen, c'est à dire les chefs d'état de l'UE, saisissent la cour de justice de l'union européenne (CJUE) pour qu'elle dise elle, si la délicatesse et l’honnêteté ont été respecté par l'ancien président de la commission.

Oui, c'est faisable. Et pourtant, ni la commission, ni François Hollande, pourtant choqué aussi, n'ont évoqué cette solution.

Clairement, cela aurait l'effet d'une bombe. Un ancien président de commission assigné en justice devant une institution européenne... imaginez! Mais au moins, cela aurait un effet dissuasif pour que les prochains départs du public vers le privé soient plus exemplaires. Car force est d'admettre, qu'il est ensuite très compliqué de pouvoir contrôler ex-post, comment l'ancien commissaire agira au quotidien dans son nouveau travail au service du privé.

Qu'est ce que cela coûte au président Juncker d'agir? se demandent ces fonctionnaires européens.

Entre froisser un ami et laisser planer le sentiment que la commission défend avant tout des intérêts privés, quel est le plus grave? Question ouverte... très très très ouverte.

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