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Le président Bouteflika en mai avec son ministre de l'énergie (limogé depuis)

Algérie : l'été de tous les dangers

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Le cours du pétrole reste autour de 50$ le baril. Un niveau insuffisant pour remplir les caisses de nombreux Etats pétroliers, dont l'Algérie. Le fonds de réserve ne permet pas de boucler le budget 2016. Effet collatéral, une reprise en main autoritaire de la presse.

Le président Bouteflika en mai avec son ministre de l'énergie (limogé depuis)
Le président Bouteflika en mai avec son ministre de l'énergie (limogé depuis) Crédits : Zohra Bensemra - Reuters

Le pétrole oscille autour de 50 dollars le baril depuis plus d'un an. Mais la semaine dernière, à l'issue des résultats du réferundum sur le Brexit, son cours a chuté plusieurs jours de suite avant de se rétablir à la bourse de New York.

Quelle que soit la volatilité, les hausses et baisses en séance, 50 dollars c'est toujours trop faible pour les Etats pétroliers qui doivent apprendre à vivre, comme le suggère le FMI dans un récent rapport, "with a cheaper oil", avec un pétrole moins cher.

La situation est critique pour de très nombreux Etats: Arabie Saoudite, Qatar, Koweït, Bahrein, Venezuela, Turkménistan, Azerbaïdjan etc.... mais en Algérie, le problème se pose à très court terme, puisque le gouvernement n'est pas assuré de pouvoir boucler son budget 2016

Entre 50 et 70% du budget de l'Etat Algérien dépend de la vente d'hydrocarbure selon les années. Quand le pétrole était à 120 dollars, il y a encore deux ans, tout allait très bien (côté finances publiques), aujourd'hui rien ne va plus.

Pour avoir osé le dire en public, et laisser planer le doute d'une possible faillite de l'Etat cette année, le président de la banque d'Algérie, Mohammed Laksaci, a été limogé au début du mois de juin, officiellement pour mauvaise gestion de la baisse des cours du pétrole.

Le ministre des finances Abderahmane Benkhalfa et son collègue de l'Energie, Salah Khebri ont été limogé deux semaines plus tard, un an seulement après leur entrée en fonction, officiellement pour incompétence. On assiste ces dernieres semaines à une mise au pas de la presse indépendante: des émissions satiriques ont été interdites, des responsables de presse incarcérés, et le siège d'El watan encerclé par la police... la veille du Brexit. Discrétion internationale assurée tous les médias ne parlant que du résultat du référendum britannique. C'est clairement le signe d'un pouvoir qui se durcit à mesure que son inquiétude grandit.

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Situation financière plus que critique

Les chiffres parlent d'eux même. 2015 était déjà une très mauvaise année, le déficit public a atteint 17% du PIB... 17%! 2016, s'annonce encore plus catastrophique puisque sur les deux premiers mois de l'année, le solde du trésor algérien, c'est à dire ce qu'il y a dans les caisses de l'Etat, a baissé de 240% par rapport à 2015.

La balance commerciale était excédentaire de 22 milliards de dollars en 2012, en 2015, -13 milliards, -6 milliards sur les trois premiers mois de l'année 2016.

Jusqu'à maintenant l'Algérie a utilisé les réserves qu'elle avait faite quand le pétrole était cher pour combler le trou... mais ces réserves, logées dans un Fonds de Régulation des Recettes, seront taries d'ici la fin de l'été. Selon Boualem Aliouat, professeur d'économie et de management à Sophia Antipolis, et vice président du conseil Africain de l'innovation qui suit ce sujet à la loupe et que j'ai pu joindre, il ne reste plus que 856 milliards de dinars dans ce fond; à peine de quoi payer les fonctionnaires jusqu'à la fin de l'année.

L'Etat Algérien a des réserves de changes (140 milliards de dollars selon les autorités), qu'il pourrait utiliser, mais s'il le fait, le dinar sera dévalué, et les Algériens s'appauvriront d'un coup, puisque le pays ne produisant rien à part du pétrole, il importe tout.

Dernièrement, le gouvernement a lancé un emprunt obligataire auprès de sa population, vite surnommé emprunt obligatoire, car les fonctionnaires étaient obligés d'y souscrire. Mais dès septembre, il va devoir chercher d'autres sources de financement.

Qui pour prêter à l'Algérie?

L'Algérie n'inspire confiance à aucun investisseur. La moitié de l'économie est informelle, les impôts ne rentrent pas, le pays n'est pas  dans l'OMC, il n'est pas noté par les agences de notation, et la tête de l'Etat, vieillissante et oligarchique, donne peu d'espoir sur un éventuel renouveau.

Pour prêter à l'Algérie, les yeux se tournent vers le FMI, qui avait prêté au pays dans les années 90 mais le FMI a déjà fait savoir qu'avec un pétrole à 50 dollars, le potentiel Algérien n'était plus ce qu'il était. Comprenez, les taux d'intérêt d'un éventuel prêt seront élevés.

Dans son rapport intitulé "Apprendre à vivre avec un pétrole moins cher", le FMI plaide pour des réformes structurelles, il enjoint les pays pétroliers à limiter leurs subventions à la population pour retrouver une marge financière. Déclencher une bombe sociale ou vivre une tempête financière, il faut choisir. Quel choix!

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