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A "politique inchangée", l'UNEDIC prévoit 47 000 chômeurs de plus en 2017, et 38 000 en 2018

Assurance-chômage : le grand chantier

3 min
À retrouver dans l'émission

L'UNEDIC, l'organisme de gestion de l'assurance chômage prévoit une augmentation du chômage et des déficits, à politique inchangée... Or la négociation entre syndicats et patronats va commencer, et les élections présidentielles peuvent aussi tout changer.

A "politique inchangée", l'UNEDIC prévoit 47 000 chômeurs de plus en 2017, et 38 000 en 2018
A "politique inchangée", l'UNEDIC prévoit 47 000 chômeurs de plus en 2017, et 38 000 en 2018 Crédits : PHILIPPE HUGUEN - AFP

L'Unedic n'est pas censé faire de politique, et les chiffres publiés hier sont donc une projection froide des dépenses et des recettes pour les deux années à venir.

Pour prédire, il faut faire des hypothèses,

  • sur le nombre de chômeurs
  • leur indemnisation et les recettes...

Or pour faire ces prévisions, l'UNEDIC a considéré que rien n'allait changer, hypothèse que l'on peut dores et déjà balayer d'un revers de la main, puisque les syndicats de salariés et les syndicats patronaux vont enfin démarrer une négociation sur le sujet. Négociation, dont on ne sait pas ce qu'elle donnera, ce qui n'a pas tellement d'importance car il y a bientôt les élections.

L'intérêt des chiffres donnés par l'UNEDIC n'est donc pas de nous dire l'avenir mais de nous dire ce qu'il serait si rien ne change.

de chômeurs en 2017 et 2018

L'UNEDIC nous prédit une augmentation du chômage dans les deux années et nous annonce 47 000 chômeurs de plus en 2017, 38 000 en 2018. C'est donc une détérioration forte par rapport à 2016, année pendant laquelle le nombre de demandeurs d'emploi a baissé, oui a baissé de 107 000. Ci dessous une carte établie sur les bases d'un rapport de France Stratégie.

Crédits : Simon MALFATTO, Sabrina BLANCHARD - AFP

Pourquoi cette ré-inversion, (mais dans le mauvais sens) de la tendance à la décrue du nombre de chômeurs? Je prends des pincettes dans mes formules :)

D'une part parce que l'UNEDIC a pris une estimation de croissance pour les deux années à venir conservatrice.

L’exercice se fonde sur une progression régulière du PIB : 1,3 % en 2017 et 1,4 % en 2018, selon les prévisions de croissance du Consensus des économistes de février 2017.

Consensus des économistes avec un C majuscule. Je n'ai pas retrouvé de lien détaillant comment était mesuré ce consensus. En tout cas, il est plus conservateur que les prévisions de croissance du gouvernement pour 2017 (1.5%), et bien plus conservateur que toutes les hypothèses de croissance formulées par les candidats et candidates en campagne.

D'autre part, nous dit l'UNEDIC, parce que "les effets des différentes mesures décidées par le gouvernement actuel vont ralentir". Vous avez par exemple la prime de 2000 euros pour les PME qui recrutent un salarié rémunéré autour du SMIC. Lancée il y a un an, cette prime s'arrête dans un an, et donc selon l'UNEDIC, au final, l'emploi total progresserait "moins vite que la population active". Ce qu'on comprend donc, c'est que le plan du gouvernement a bien eu des effets sur la création d'emploi mais qu'il n'était pas fait pour avoir des effets DURABLES. De plus, écrit l'UNEDIC, "au bout d'un certain temps, le lien entre emploi et croissance retrouve sa dynamique habituelle".

Plus de dette et de déficit

L'organisme prévoit que le déficit va augmenter, et sera proche de 4 milliards d'euros en 2018. Il y a un débat, sur la question de savoir si l'UNEDIC est réellement en déficit ou pas, et sur les causes de ce déficit. Voir ci dessous deux précédents billets sur cette thématique.

D'où qu'ils proviennent, les déficits de l'assurance chômage s'accumulent depuis 2000. Vous pouvez cliquer sur [ce document de l'UNEDIC](http:// http://www.unedic.org/sites/default/files/unedic_previsions_financieres_fevrier_2017_0.pdf) et vous reporter au graphique page 7 sur les dettes de l'assurance chômage. En un coup d’œil vous aurez compris!

En gros l'assurance-chômage n'a pas ou peu de dettes entre 1984 et 2000, puis elle en contracte jusqu'à hauteur de 15 milliards d'euros en 2004. La dette reflue ensuite entre 2005 et 2009, et là, crise, et depuis descente vertigineuse dans le négatif, jusqu'à 30 milliards de dette cumulée donc en 2016 et 38 milliards prévus en 2018.

Bien qu'ils ne soient qu'indicatifs, ces chiffres apportent de l'eau au moulin du patronat qui plaide pour que des économies soient faites sur le régime, comme le relate le Figaro, qui titre opportunément: "L'assurance-chômage au bord de l'explosion".

Et après les élections?

Rapidement, voici ce que proposent les principaux candidats à la présidentielle sur ce sujet?

  • François Fillon veut imposer une dégressivité des allocations.
  • Emmanuel Macron propose lui une nationalisation du régime, c'est à dire sa mise sous tutelle de l'Etat, et non des partenaires sociaux, avec un financement via la CSG.
  • Benoit Hamon est aussi pour que l’impôt finance la sécurité sociale.
  • Jean Luc Mélenchon compte sur son plan de relance pour réduire le chômage et équilibrer les comptes.
  • En dehors de sa "priorité nationale à l’emploi des Français", Marine Le Pen ne fait pas de proposition. Un simple CTRL F sur les 144 engagements présidentiels de la candidate du Front national permet de constater que les mots "chômage", "chômeur" ou "demandeur d’emploi" n'y figurent pas, comme l'ont relevé avant moi mes collègues de France Info.

Marie Viennot

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