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Mario Draghi sourit mais en décembre, il a déçu les attentes des marchés

BCE : le "Draghi Put" ne rassure plus les marchés financiers

3 min
À retrouver dans l'émission

Réunion mensuelle de la BCE aujourd'hui. Les marchés financiers sont inquiets car ils ont le sentiment qu'elle est allée au bout de ce qu'elle pouvait faire. Le "Draghi Put" ne fait plus son effet. Décryptage.

Mario Draghi sourit mais en décembre, il a déçu les attentes des marchés
Mario Draghi sourit mais en décembre, il a déçu les attentes des marchés Crédits : Reuters

Les marchés financiers (investisseurs, banques, assureurs, fonds de capital risque ou de pension)sont inquiets, et l'une des raisons, c'est que le "Draghi Put" ne fait plus effet.  Le "Draghi Put" n'est pas une coquetterie financière, il a sauvé la zone euro en 2012.

"Draghi Put" kesako? 

En finance un put (mot anglais bien sûr) est une forme d'assurance. Le mot a été adossé à Alan Greenspan, l'ancien directeur de la Fed, la banque centrale américaine en 1987, au moment du krach boursier (le lundi noir 19 octobre). Le "Greenspan Put" désigne la garantie implicite qu'il avait alors donné aux marchés boursiers que la Fed ne les laisserait pas dégringoler. Cette politique interventionniste s'est poursuivie pendant ses 19 ans de mandat. Le terme a même été ensuite utilisé pour son successeur; le "Bernanke Put" désignant alors l'intervention de la Fed au moment de la crise financière de 2008. Le "Draghi Put", c'est un peu la même chose, mais pour les titres de dette d'Etat, et cela se résume à une phrase, prononcée en juillet 2012. Les spéculateurs attaquent alors les pays dit périphériques de la zone euro; Grèce, Italie, Espagne n'arrivent plus qu'à emprunter à des taux record, certains parient sur l'éclatement de la zone euro, et là Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne déclare.

 "La BCE fera tout ce qu'il faut pour préserver l'euro, et croyez moi, cela sera suffisant".

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"Whatever it takes", tout ce qu'il faut, cette phrase va rentrer dans l'histoire de l'euro, car elle l'a sauvé cet été 2012. C'est ça le "Draghi Put". Le message sous jacent est : "Vous spéculateur, arrêtez de jouer contre l'euro, parce que la BCE est là et que sa puissance est infinie comparée à la vôtre".

Plus concrètement, la BCE s'engage par cette phrase à racheter les titres de dette des Etats fragiles de la zone euro de façon illimitée pour éviter leur effondrement; d'où l'idée d'une assurance, pour les investisseurs qui voudraient en acquérir. Ce qui est fort, c'est que cette phrase a suffit pour tout calmer. La BCE n'annoncera les modalités de ce programme que deux mois plus tard, mais dès l'été, le feu s'éteint dans la maison euro. Une phrase a suffit. (Vous trouverez ici le verbatim de cette conférence donnée à Londres).

La zone euro toujours dans la tourmente 

L'économie de la zone euro n'était quand même pas sorti de la crise pour autant, alors de mois en mois la BCE a enchainé les mesures dites non conventionnelles, qui sortent de l'ordinaires (Ici l'explication par la Banque de France de ce que sont les mesures non conventionelles): LTRO, TLTRO, PSPP, CBPP, CBPP3, ce serait trop long de toutes vous les énumérer. En gros, la BCE fait tout pour relancer la distribution de crédit, aux entreprises, aux ménages, et atteindre ces 2% d'inflation que lui fixe son mandat. MAIS, MAIS, les vents sont contraires en ce début d'année 2016. Le pétrole chute, la Chine est en déflation et elle l'exporte dans nos pays, l'endettement continue de grimper dans la zone euro. Malgré les taux négatifs imposés aux banques (chaque soir les banques mettent à la BCE les liquidités -c'est à dire l'argent directement disponible qu'elles ont dans leur compte, et la BCE leur impose un taux d'intérêt négatif (0.3%), ce qui revient à une taxe), malgré les centaines de milliards d'euros injectés dans le circuit, la déflation menace de s'installer: le "Draghi Put" a trouvé ses limites, d'où l'inquiétude des investisseurs et les marchés boursiers qui tanguent. (Voir ici "Les paradis artificiels de la reprise économique européenne", précédent billet sur le manque de solution à la crise )

Que peut dire la BCE pour les rassurer?

Le conseil des gouverneurs de la BCE se réunit aujourd'hui, ce jeudi. Les paris sont lancés, mais globalement les analystes qui font l'humeur des marchés ont le sentiment, comme me l'a dit Philippe Gudin de la Barclays hier que "la BCE est allée au bout de ce qu'elle peut faire *, c'est pour cela que nous sommes inquiets* !". L'agence financière Bloomberg a dans cet article (en anglais) compilé les prédictions des différents analystes par rapport aux annonces qui pourraient être faites aujourd'hui. Dire que Mario Draghi marche sur des oeufs est encore trop faible, lors de sa conférence de presse ce midi chacun de ses battements de cil sera scruté à la loupe. Une nouvelle occasion pour lui de mériter ou pas, ses surnoms de "maradonna des banquiers centraux", ou encore, mon préféré, de "zorro de la zone euro".

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