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Tronçon de la Grande Boucle construit par Bolloré à Niamey, Niger

Bolloré qui rit ou qui pleure

3 min
À retrouver dans l'émission

Deux bonnes nouvelles et une mauvaise hier pour le groupe Bolloré. Ce groupe, encore détenu en majorité par la famille de Vincent Bolloré étend ses activités dans tout ce qui est flux : marchandises, passagers, informations. Avec des méthodes limites mais assumées, notamment en Afrique.

Tronçon de la Grande Boucle construit par Bolloré à Niamey, Niger
Tronçon de la Grande Boucle construit par Bolloré à Niamey, Niger Crédits : Joe Penney - Reuters

Impossible de résumer en 3 minutes l'étendue des activités de ce groupe français, possédé encore en majorité par la famille Bolloré. 58 000 salariés dans le monde, des activités au trois quart dans la logistique et les infrastructures portuaires, mais aussi dans les médias, l'agriculture (notamment l'huile de palme) et le numérique.

Je vous conseille d'aller voir la vidéo institutionnelle du Groupe Bolloré, ici en lien. Prenez les 10 minutes nécessaires, vous voyagerez en image :) et surtout vous vous rendrez compte de la façon dont se construit ce groupe que l'on peut dire tentaculaire sans galvauder cet adjectif.

Les bonnes nouvelles pour commencer

Hier 30 mai 2016 la RATP a lancé son premier BLUE BUS, le bus électrique de Bolloré. Après les voitures en autopartage, Bolloré avance donc des pions dans le transport collectif électrique. Hier aussi, il a mis la main, via Vivendi dans le jeu vidéo en réussissant son OPA sur Gameloft, un éditeur de jeu.

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Quiz pour trouver la mauvaise nouvelle...

  • Est-ce la mort récente d'André Rousselet, créateur de Canal ? Non.
  • Est-ce parce que les auteurs du Zapping viennent de prendre leur carte de membre à la CGT?  Non plus.
  • Est-ce parce que l'Autorité des Marchés Financiers a une fois de plus reproché le manque de transparence du groupe Bolloré dans la présentation de ses comptes et la rémunération de ses dirigeants?

Encore non. Ce rapport est sorti à l'automne 2015, faites un CONTRL F avec mot clé Bollore pour retrouver les bons passages.

Sans pouvoir, l'AMF pratique le name and shame, c'est à dire nommer pour faire honte, et dans ce rapport, elle cite le groupe BOLLORE ou son bras financier FINANCIERE DE L'ODET respectivement 20 et 10 fois, comme dans les passages ci-dessous.

Seule la société BOLLORÉ ne s’est pas conformée à la recommandation 23.2.3 du code AFEP-MEDEF qui requiert que les rémunérations variables soient plafonnées.

Sur les 56 sociétés de l’échantillon conditionnant la part variable de la rémunération à des critères de performance, la totalité d’entre elles utilise des critères quantitatifs et une seule, BOLLORÉ, n’a pas décrit ces critères, se contentant d’indiquer que « les critères de versement de la partie variable pour 2014 ne sont pas rendus publics pour des raisons de confidentialité ». Or, aucune raison de confidentialité n’est réellement susceptible de justifier l’absence de présentation d’une liste de critères quantitatifs.

Ce n'est pas la première fois que le groupe Bolloré est cité négativement par l'Autorité des Marchés Financiers, mais cela ne l'a jamais réellement affecté.

  • Est-ce parce que le siège social de Bolloré a de nouveau été perquisitionné?

Non, il l'a été le 8 avril dernier 2016, sur commission rogatoire de juge d'instruction français pour "corruption d'agents publics étrangers". L'affaire concerne Bolloré Africa Logistics et ses liens via Havas (qui appartient à Bolloré) avec les milieux du Casino et de la politique. L'affaire est en cours.

Mais vous chauffez quand même car cette mauvaise nouvelle concerne effectivement les activités africaines de Bolloré. Elles sont décrites dans la vidéo à partir de la cinquième minute.

Depuis 25 ans, le groupe Bolloré croit en l'Afrique et y réalise l'essentiel de ses investissements, entend-on... Présent dans 41 pays, où il emploie plus de 20 000 collaborateurs. (...) Bolloré Africa Logistics est le leader dans les métiers de la manutention portuaire et de la logistique. Présents dans les principaux ports Africains (NDLR au Sénégal, Guinée, Cote d'Ivoire, Ghana, Brukina Faso, Chad)... il opère par ailleurs deux chemins de fer.

L'un des grands projet de Bolloré, c'est une boucle reliant Cotonou à Abidjan en passant par l'intérieur des terres, le Niger et le Burkina Faso. Voir ici, un fabuleux web-documentaire du Monde sur cette grande boucle réalisé l'été 2015, et ci-dessous, un reportage de France 24, réalisé en février 2016.

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Les travaux ont commencé en grande pompe en 2014, sans aucune concession, et c'est là qu'arrive la mauvaise nouvelle.

V. Bolloré avec le pdt du Niger Issofou et le pdt du Bénin Yayi Boni en avril 20
V. Bolloré avec le pdt du Niger Issofou et le pdt du Bénin Yayi Boni en avril 20 Crédits : Charles Placide Tossou - Reuters

Un groupe français, Geftarail conteste depuis le début ces travaux, en affirmant détenir la concession pour cette grande boucle, et hier 30 mai 2016, selon l'agence financière Bloomberg, les autorités du Niger ont reconnu la validité de cette concession.

L'accord "reconnait pleinement l'accord conclu en 1999 pour construire cette route ferroviaire", affirme le PDG de Geftarail, Michel Bioso à Bloomberg par téléphone. The agreement “fully recognizes the 1999 deal to build the railway link,” Paris-based Geftarail Chairman Michel Bosio, 70, said by phone.

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Or Bolloré a déjà construit plus de 100 kilomètres de rails, il envisage de développer des activités autour de cette ligne de chemin de fer, c'est le projet "Blue line, ligne vie d'espoir" voire d'investir dans les mines qui sont sur son tracé.

Mais Bolloré pleure-t-il pour autant? Pas sûr, car le problème de ce concurrent français, un petit bureau d'étude soutenu par Michel Rocard, (voir ici un article du Monde dans lequel l'ancien premier ministre affirme « Vincent Bolloré est en train d’essayer de nous voler »,) c'est qu'il n'a pas les moyens de financer la concession qu'il a obtenu il y a plus de 10 ans. Alors que Bolloré, lui, finance les travaux, qu'il a quand même dû interrompre au début de l'année, pour tenir compte de deux procédures judiciaires, d'arbitrage international qui contestent sa façon de faire fi du droit. L'une d'elle émane justement de Geftarail.

Sans concession, Bolloré assume

Cette méthode du fait accompli est totalement totalement assumée par Vincent Bolloré et ses équipes. Ici dans une interview au Monde en août 2015, il défend cette stratégie.

Vous avancez avant d’avoir signé les concessions ferroviaires ? demande Le Monde. Malheureusement, oui. Sinon, on prend deux ans dans la vue, répond Vincent Bolloré.

Ses équipes assument également. L'un de ses conseillers n'est autre que Michel Roussin, ancien ministre de la coopération sous Balladur, démissionnaire en 1993 pour avoir été mis en examen dans l'affaire des HLM de Paris. Un non lieu sera ensuite prononcé. Or ce dernier, affirme au magazine Challenge:

"Comme le groupe investit sur ses fonds propres, cela accélère les procédures, qui parfois peuvent prendre des années, juge Michel Roussin. Ce sont les États qui sont demandeurs. Il est donc de l’intérêt du groupe comme des pays d’être immédiatement dans l’action".

Venant d'un ancien serviteur de l'Etat, le propos est assez savoureux. C'est ça la méthode Bolloré en Afrique, ne pas attendre les autorisations gouvernementales, elle vient de prendre un petit coup dans l'aile.

Un petit coup pour une petite larme sans doute.

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