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Le siège de la HSBC reste (encore) à Londres

Brexit : le jeu subtil de la City

3 min
À retrouver dans l'émission

Les chefs d'Etat de l'UE sont réunis pendant deux jours pour discuter d'un accord plus favorable à la Grande Bretagne. David Cameron demande moins de réglementations financières. Il subit le même chantage de la part de la HSBC, qui menace de repartir en Asie.

Le siège de la HSBC reste (encore) à Londres
Le siège de la HSBC reste (encore) à Londres Crédits : Luke Mac Gregor - Reuters

Canary Wharf. Banlieue Est de Londres, la City Bis, là où se concentre l'industrie financière qui n'est pas dans le "square mile", station Bank, dans le centre historique londonien. La tour carrée de 50 étages, c'est celle de HSBC, 266 000 salariés dans le monde, 48 000 en Grande Bretagne.

La HSBC est la 5ème banque du monde, et si je vous y emmène, c'est que récemment la HSBC a fait subir au premier ministre britannique David Cameron le même chantage qu’il est en train de faire subir à l’Union européenne. "Retenez moi, ou je m'en vais".

Le parallèle est si frappant que c'est à se demander si toutes ces négociations autour du Brexit, n'ont pas pour seul objectif de satisfaire la City de Londres,  qui représente un cinquième de l'économie britannique.

David Cameron victime de chantage

De la même façon que David Cameron menace de vouloir quitter l'UE, depuis un an la HSBC menaçait de déplacer son siège social de Londres à Hong Kong. Ses conditions? Comme David Cameron : moins de réglementations, moins de contraintes.

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Or ces contraintes de qui viennent-elles? De l'Union Européenne en grande partie.

Même si la Grande Bretagne ne fait pas partie de la zone euro, les réglementations financières européennes s’appliquent à son secteur financier. Or depuis la crise de 2008, il y en a eu beaucoup, et bien qu'elles aient pour but d'éviter une prochaine crise, elles n’ont pas été du goût de la City.

  • le plafonnement des bonus
  • l'interdiction de vendre certains produits financiers qu’on ne possède pas (car oui il est possible de vendre ce qu’on n’a pas dans le monde merveilleux de la finance)
  • une réglementation plus forte des hedge funds, ces fonds d’investissement purement spéculatifs

Parmi les prochaines possibles

  • * taxe sur les transactions financières*
  • * approfondissement de la zone euro, qui par ricochet pourrait aussi s'imposer aux banques de Londres.*

Or que demande David Cameron aujourd’hui et demain à Bruxelles? La possibilité de s’extraire des règles financières européennes qu’on appelle dans le jargon le "single rule book".

Ce serait une nouvelle mesure d'exception et celle là est de taille. Elle touche à la raison d'être de l'Union Européenne.

Depuis 1992, l'Union Européenne n'a qu'un horizon: la mise en place d'un marché unique, avec des règles communes, harmonisées. Ce que demande la Grande Bretagne c'est de pouvoir être à la fois dedans et dehors.

Etre dehors en bénéficiant  de mesures d'exceptions, et être dedans pour avoir quand même un mot à dire, et savoir ce que les autres pays de l'UE ont en tête. Sur le plan financier, les demandes de David Cameron reviennent à cela.

Le beurre, l'argent du beurre et...

Ces demandes peuvent nous sembler à nous, continentaux, extravagantes. Le fait est qu'une fois formulée par le premier ministre Britannique et mise clairement dans la balance pour obtenir son opposition au Brexit, la HSBC a décidé de laisser son siège à Londres. La banque l'a annoncé le week end dernier,  juste avant cette réunion européenne au sommet.

David Cameron dit dans cette interview au Télégraph qu’il veut rester dans l’Union européenne, car c’est, je le cite,  un “valuable market”, un marché précieux. Pour la HSBC, c'est la même chose, elle n’a pas envie de quitter Londres. Londres est aussi une "valuable place to be".  Et si elle l'est, c'est justement parce que la Grande Bretagne est dans l'Union Européenne et bénéficie d'un droit qui a conforté sa place de premier centre financier mondial: le droit d'être une porte d'entrée vers tous les pays de l'UE.

... l'Union Européenne

Voilà pourquoi la HSBC, à l'image de toutes les banques de la City craint par dessus tout le Brexit. L'un de ses business les plus florissants de ces dernières années consiste à proposer aux multinationales du monde entier un accès au marché européen. Si la Grande Bretagne sortais de l'Union Européenne, toutes les banques de la City devraient revoir leur business modèle.

L'idéal pour la City, c'est donc exactement le marché que propose David Cameron à ses partenaires: bénéficier de l'accès au marché européen, mais avec moins de contraintes.

En théorie, les entreprises britanniques sont tenues de faire figurer dans leur prochain rapport annuel, les conséquences sur leurs activités d'une possible sortie de l'Union européenne. L'idée, c'est que leurs actionnaires sachent à quoi s'en tenir. Or la première à l'avoir fait, et communiqué, c'est justement la HSBC. Elle estime qu'elle devrait délocaliser au moins 1000 personnes vers la France en cas de Brexit. Des article du Financial Times laissent d'ailleurs entendre que les places financières de Paris, Francfort et Amsterdam se frottent les mains à l'idée que Londres ne puissent plus être la porte d'entrée vers le marché européen.

"Les banques ne disparaîtront pas dans la nuit" expliquent deux directeurs de Goldman Sachs, mais elles disparaîtront avec le temps si les britanniques votent pour la sortie de la zone euro".

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