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Salle des marchés à Londres

Brexit : nuit blanche à la City

3 min
À retrouver dans l'émission

La finance sera l'un des secteurs les plus impactés par un Brexit. Les institutions financières de la City avaient mobilisé des équipes de traders toute la nuit pour agir sur les marchés, notamment des changes. "The bigger the event, the greater the gains, or the losses".

Salle des marchés à Londres
Salle des marchés à Londres Crédits : Russell Boyce - Reuters

Mettons-nous quelques instants à la place des traders. Imaginez les, dans leur salle de marché, le téléphone micro casque connecté en permanence, face à leurs 3, 4 ou 5 écrans, montrant l'un des courbes, l'autre des tableaux, un autre une messagerie instantanée.

Il y a toujours une veille dans les salles de marchés, mais en prévision du Brexit, les équipes avaient été renforcées à Londres. Goldman Sachs avait prévenu ses clients que son bureau serait ouvert toute la nuit s'ils voulaient passer des ordres d'achat ou de vente rapporte le Financial Times.

CMC market avait renforcé ses équipes de 30 à 40 personnes et réservé des chambres d’hôtel proches des bureaux pour permettre à ses salariés de tenir le choc. CMC Market n'est pas une banque mais une plateforme de trading en ligne, ouverte à tout un chacun. Car vous aussi, si vous le vouliez et que vous en aviez l'habitude et l'envie, vous pourriez essayer de gagner de l'argent, en ce moment même avec le Brexit. Voir ici un précédent billet qui explique comment une façon de spéculer sur le Brexit. Brexit 2 : Le jeu trouble des Hedge-funds.

Plus grand l’événement, plus grands les gains ou les pertes

Il n'y a pas que des spéculateurs en ce moment sur les marchés financiers, il y a aussi des investisseurs inquiets pour leurs placements qui cherchent à limiter la casse.

Quel que soit le but de l'acteur de marché, le cocktail de la nuit aura été le même pour tous: VOLATILITE INCERTITUDE SURPRISE.

Il n'y a rien de pire pour les spéculateurs que le morne plat. Plus l’événement est GRAND, dévastateur, inattendu, plus on peut gagner beaucoup et vite, ou perdre beaucoup et vite. Ce fut le cas, le 11 septembre 2001, lors de la crise financière bien sûr, ou l'été dernier quand les marchés financiers chinois ont pris froid.

Jerome Kerviel l'a raconté lors des auditions à son procès. Quelques jours avant les attentats qui ont causé la mort de 56 personnes dans le métro de Londres le 7 juillet 2005, il avait parié sur la chute du cours d'Allianz, l'un des plus grand assureurs mondiaux. Quand les attentats ont eu lieu, le secteur des assurances a plongé, puisqu'on anticipait logiquement qu'ils allaient devoir indemniser des victimes, et lui a gagné 500 000 euros en quelques minutes pour la Société Générale.

On a appris qu'il y avait une coupure d'électricité dans le métro londonien et que le marché chutait. Alain Declerck, dont j'étais alors l'assistant trader, a pris un "spiel" à la hausse, mais peu après on a appris qu'il s'agit d'un attentat, le marché a accéléré sa baisse et la position de Declerck a perdu beaucoup d'argent. Je lui ai alors proposé alors de le "couvrir" (compenser ses pertes) avec mes propres gains, car j'avais parié sur la baisse d'Allianz au cours des jours précédents (et l'attentat a fait chuter le cours de l'assureur).

Impossible de vous dire précisément qui gagne combien en ce moment à la City de Londres et ailleurs, mais cette nuit blanche de résultats contradictoires au départ pourrait bien être l'un des événements les plus marquants de cette décennie sur le plan financier, quelque soit le résultat final.

La livre mène la chute

Sans surprise, on savait que la livre serait la plus impactée par les résultats, mais pas dans ces proportions. Avant les premiers résultats, elle était à 1 dollar 50, les marchés anticipant une victoire du Bremain, RESTER dans l'UE. Quand les résultats de Sunderland, une ville du nord est, ont donné la victoire locale du Brexit, la livre a plongé en quelques secondes à 1.43... avant de remonter à 1.45... en ce moment elle est à 1.30.

Tout ceux qui avaient parié sur un Brexit et une chute de la livre à ce niveau vont gagner de l'argent, tout ceux qui avaient fait le pari inverse vont en perdre.

La chute de la livre dépasse les 10% sur la journée, plus que pour la faillite de Lehman Brother...

On se souviendra de cette nuit dans les salles de marchés, et même si la finance est le secteur qui avait le plus à perdre avec le départ du Royaume Uni de l'Union européenne, la nuit n'aura pas été noire pour tout le monde. La gueule de bois sera pour les autres et/ou pour plus tard.

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