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JC Juncker, Justin Tudeau (Premier Ministre du Canada) et D. Tusk (pdt Conseil Européen) lors de la signature du CETA

CETA : qui y gagne qui y perd?

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Faire le bilan d'un accord qui n'a pas commencé à s'appliquer serait hasardeux. Sans donner de chiffres (contrairement aux Canadiens), la commission européenne affirme que l'accord de libre échange créera des emplois. Problème : aucune évaluation ne sera jamais faite car c'est infaisable.

JC Juncker, Justin Tudeau (Premier Ministre du Canada) et D. Tusk (pdt Conseil Européen) lors de la signature du CETA
JC Juncker, Justin Tudeau (Premier Ministre du Canada) et D. Tusk (pdt Conseil Européen) lors de la signature du CETA Crédits : Francois Lenoir - Sipa

Il peut paraitre hasardeux de faire le bilan d'un accord qui n'a pas encore commencé à s'appliquer, mais on comprend aussi que ni le Canada ni l'Union Européenne ne se seraient engagés dans sept années de négociations si personne n'avait envisagé en tirer des bénéfices.

Il y a donc eu de part et d'autres des études, qui ont mené à la conclusion, qu'un accord économique et commercial global, le nom français du CETA, serait bienvenu. Ce qui est toujours frappant dans les évaluations officielles des bienfaits des accords de libre échange c'est qu'il n'y a jamais de perdant. Tout le monde gagne. Les Canadiens, comme l'Union Européenne.

Côté Canadien, le gouvernement a diffusé le chiffre de 80 000 emplois créés grâce au CETA... mais nulle trace de l'étude qui justifie ces chiffres repris en boucle par les journaux. Il est donc impossible de dire si c'est par an, sur 10 ans ou un siècle... Impossible de vérifier aussi la méthodologie et de la comparer à une autre étude, diffusée celle là par un centre alternatif, et qui parle de 46 000 emplois détruits.

Côté européen, on est beaucoup plus prudent, et c'est assez nouveau. On lit dans les documents officiels européens que cet accord avec le Canada créera des emplois.

"CETA will be good for our economies and help create jobs in times of economic uncertainty".

Dans cet autre document, The Benefits of CETA, qu'un milliard d'euros d'exportation européenne équivaut à 14 000 emplois, mais aucun chiffre précis sur le nombre d'emplois créés grâce au CETA n'est diffusé. Cette prudence est récente. Au début des négociations sur le TTIP, la commission vantait la création de plusieurs milliers d'emplois (je n'arrive plus à retrouver les dites études, que j'ai pourtant lues de mes yeux lues il y a 4 ans), mais en 2013, les documents de justifications du TTIP sont eux même devenus de plus en plus évasifs.

C'est un pas en avant dans la sincérité, car tout chiffre sur les créations d'emploi serait fantaisiste et invérifiable.

Impossible évaluation

On peut faire deux sortes d'études en économie.

  • Les études ex ante, c'est à dire des études qui prévoient ce que pourrait donner un tel accord, l'étude canadienne qui parle de 80 000 emplois est une étude ex ante.
  • Les études ex post, c'est à dire des études qui analysent ce qui a changé, une fois l'accord appliqué.

Les études ex ante sont sujettes à caution car elles prennent souvent comme hypothèse la mobilité totale des facteurs, et notamment des facteurs humains. Autrement dit, si on imagine qu'on va perdre des parts de marché dans l'agriculture avec cet accord, mais en gagner dans les services financiers, on imagine que d'un coup, l'éleveur va devenir banquier. C'est absurde, mais c'est ainsi, c'est l'une des failles de l'évaluation quantitative.

Quant aux études ex-post, c'est à dire sur la réalité des changements, elles seraient plus que bienvenues, mais c'est extrêmement complexes à réaliser. L'un de mes informateurs officiel sur ce dossier m'a confié qu'aucun économiste sérieux n'osait d'ailleurs les mener. Encore moins pour un accord de cette nature, qui ne joue pas seulement sur les tarifs douaniers mais aussi sur les normes.

Vous pouvez, comme le fait le communiqué de la commissaire européenne au commerce Cecilia Malstrom hier, affirmer que le CETA va éliminer 99% des droits de douanes, et que cela fera économiser aux exportateurs européens 500 millions d'euros par an.. mais comment chiffrer les bénéfices d'une meilleure coordination sur les normes? Et comment transformer ça ensuite en point de croissance et en emploi?

Le modèle n'a pas encore été inventé... et ne le sera sans doute jamais.

Voilà pourquoi au delà des avantages que le textile ou l'automobile pourront retirer du CETA, de telle PME qui exportera plus facilement au Canada, ou du nombre de marques de sirop d'érable disponibles dans votre supermarché, il est impossible de savoir si au plan macro-économique l'Union Européenne a plus à perdre ou à gagner dans cet accord.

C'est ce qui explique l'antagonisme total sur ces questions de libre échange.

Y croire ou pas... en gros faites votre choix.

La vérité, sort rarement gagnante face à un tel choix comme l'a encore illustré le dernier épisode Wallon.

Le chef du gouvernement wallon, Paul Magnette s'est félicité vendredi dernier devant son Parlement d'avoir permis, par son combat acharné, d'"améliorer" significativement le CETA. Alors que Charles Michel, le Premier ministre libéral belge s'est félicité que ses tractations avec les Wallons n'aient pas changé une virgule au texte du CETA. Comme pour les études économiques sur les bienfaits du libre échange, tout le monde a gagné... sauf la vérité.

NB: Je pourrais facilement faire une série sur ces évaluations économiques des accords de libre-échange. Ce sera peut être le cas d'ailleurs. En attendant, voici le tweet que m'a envoyé un auditeur-internaute suite à ma chronique.

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