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Manifestation contre le CETA et le TTIP (ou TAFTA) à Bruxelles en septembre 2016.

CETA + TAFTA = TINA (pas le choix)

3 min
À retrouver dans l'émission

La contestation monte au sujet de l'accord de libre échange avec le Canada, le CETA. Ce traité doit être ratifié dans moins d'un mois. Ses opposants de plus en plus nombreux se voient opposer un argument massu : être contre cet accord (et les autres), c'est tuer l'Europe à petit feu.

Manifestation contre le CETA et le TTIP (ou TAFTA) à Bruxelles en septembre 2016.
Manifestation contre le CETA et le TTIP (ou TAFTA) à Bruxelles en septembre 2016. Crédits : FREDERIC SIERAKOWSKI - Sipa

Le TAFTA et le CETA sont de nouveaux TINA, c'est la petite musique que l'on sent monter.

Le CETA, c'est le nom du traité de libre échange qui a été négocié pendant 5 ans avec le Canada, et qui devrait être, normalement mais rien n'est plus sûr, ratifié fin octobre lors d'une visite du premier ministre canadien à Bruxelles. CETA, cela veut dire littéralement Comprehensive Economic and Trade Agreement. Vous trouverez le résultat de cette négociation ici: 1598 pages!!

Le mot important là dedans c'est comprehensive qui veut dire global-étendu, et marque une évolution majeure dans la façon d'envisager les accords commerciaux, qui ne sont plus seulement des accords sur les tarifs, mais aussi des producteurs de normes.

C'est la même chose avec le TAFTA, le traité de libre échange avec les américains. Ce traité est crucial pour ses partisans, car il permettra à l'Europe et aux Etats Unis de fixer les standards qui seront ensuite suivis par les autres pays (Chine, Japon, Brésil etc etc...) qui n'auront pas le choix et devront s'adapter à ces normes américano-européenne, nos normes.

L'enjeu, il est là, et ce n'est pas un mince enjeu.

Il n'y aurait pas d'alternative, There Is No Alternative, TINA, cette affirmation prêtée à Margaret Thatcher dans les années 80 mais qu'elle a de fait peu utilisée, revient donc dans le débat.

Le plus clair sur le sujet, c'est Justin Trudeau, le premier ministre Canadien qui a déclaré le 14 octobre.

C'est un moment pour l'Europe de décider: A quoi ça sert l'Union Européenne? Dans cette situation, post-Brexit, où il y a plein de questionnements sur l'utilité de l'Europe, si l'Europe n'arrive pas à signer cet accord, ça va être un message clair au monde entier que l'Europe est en train de choisir une voie pas très productive, ni pour les citoyens européens, ni pour le monde.

Cette fois, ce n'est pas le capitalisme qu'il faut défendre face au socialisme, même pas la mondialisation face au protectionnisme, Times they are a changing... comme le chante Bob Dylan... cette fois ce qu'il faut défendre c'est le projet européen face au risque de dislocation.

Le Brexit est passé par là....

Après le Brexit, l'Europe doit montrer qu'elle existe, et les accords commerciaux sont cruciaux pour cela, car la politique commerciale est le seul domaine dans lequel l'UE existe envers ses partenaires. C'est elle qui négocie directement, depuis quasiment la naissance de l'OMC. La logique est évidente, elle est à la base du projet européen: plus on est, plus on peut peser dans les négociations...

Les Etats donnent donc un mandat de négociation à la commission. Le problème, c'est qu'entre le début des négociations (2009 si on prend l'accord avec les Canadiens), et sa possible ratification, plus de 7 ans auront passé.

En 7 ans, les opinions publiques peuvent évoluer, les équilibres politiques aussi et surtout on a le résultat de la négociation entre les mains, il est donc possible de juger sur pièce.

Juger oui, mais dire non, ce serait impossible. Même si le résultat de la négociation doit être accepté par les pays, ratifié par les parlements, ce processus politique ne devrait être qu'une formalité... une clause permet d'ailleurs a l'accord avec le Canada de s'appliquer avant même cette ratification.

"Cette clause présente l’avantage de ne pas avoir à attendre que toutes les procédures de ratification nationales, qui s’étalent sur plusieurs années, soient achevées pour bénéficier des effets économiques de l’accord" explique un document officiel français.

TINA, il n'y a pas d'alternative.... Sinon l'Union européenne perdrait toute sa crédibilité vis à vis de ses partenaires.

Justin Trudeau dit-il vrai?

"Si on trouve, dans une semaine ou deux, que l'Europe est incapable de signer une entente progressiste, commerciale, avec un pays comme le Canada, avec qui l'Europe pense-t-elle faire affaire dans les années à venir ?" a déclaré le premier ministre Canadien.

C'est très malin comme rhétorique, car c'est en partie vrai. Encore une fois, la politique commerciale est le seul domaine dans lequel l'Union Européenne existe.

Au G20, chaque pays d'europe envoit son chef d'Etat ou son ministre des finances, à l'Onu c'est pareil, l'Otan idem. Même s'il y a un représentant de l'Union européenne, le président de la commission ou du conseil européen, ils sont là en plus. Alors que dans les négociations commerciales, cela a toujours été l'inverse. Souvenez vous de l'omnipotence de Pascal Lamy quand il était commissaire européen au commerce. Qui se souvient qu'au sommet de l'OMC de Cancun en 2003, le ministre du commerce français était François Loos??? Personne.

L'OMC est en sommeil mais tout naturellement la commission a continué à faire ce qu'elle faisait avant: négocier des accords commerciaux. Vous trouverez ici la liste des négociations en cours.

On parle beaucoup des négociations avec les Etats Unis mais en ce moment la commission négocie aussi avec le Japon, depuis 3 ans, avec la Malaisie, la Thaïlande, le Vietnam... mais aussi à l'Inde, les pays du Mercosur en Amérique Latine, la Tunisie. Et cet été encore, les Etats de l'Union Européenne lui ont donné un mandat pour négocier avec l'Indonésie.

Est-ce bien la peine de continuer pourraient se dire tous ces pays? suggère les Canadiens. Et bien sans doute que oui.

"Les Canadiens se montrent d'une grande patience, me confiait une source proche du dossier, car en tant que petit pays de 35 millions d'habitants, ils ont intérêt à pénétrer un marché de plus de 300 millions de consommateurs".

Son poids économique, c'est encore la force de l'Union européenne face à ses partenaires. Qu'elle soit AUSSI un espace démocratique peut être vu comme une faiblesse par l'extérieur, mais c'est sans doute une voix plus productive pour ses citoyens, n'en déplaise à Mr Trudeau, qui ne voit dans l'Europe qu'un simple espace commercial avec qui faire des affaires.

Le CETA contesté par qui?

Aujourd'hui le parlement régional Wallon devrait s'opposer de nouveau à la ratification du CETA, la Slovénie non plus n'est pas très allante, et en France, une centaine de parlementaires ont demandé le report de l'application de l'accord. Dans un article intitulé, Les curieuses manoeuvres autour du CETA attisent une opposition coriace, l'agence de presse européenne Euractiv a diffusé un contre argumentaire rédigé par un parlementaire français qui circule beaucoup au parlement et dans lequel le CETA est démonté point par point.

Gagner en démocratie ou perdre en crédibilité, il faut choisir... Cela fait un moment que l'Union Européenne est engluée dans cette terrible alternative... et sur ce plan malheureusement Times they are NOT A CHANGING... they are worsening...

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