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Palais des peuples où se tient l'unique session "parlementaire" chinoise

Chine : "Anéantir les entreprises zombies"

3 min
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Le "Parlement" chinois est réuni pendant 10 jours pour entériner les décisions de l'exécutif. Parmi elles, la restructuration des entreprises zombies, que le premier ministre Li Keqiang veut "anéantir sans pitié". Des millions de Chinois vont perdre leur travail. Décryptage.

Palais des peuples où se tient l'unique session "parlementaire" chinoise
Palais des peuples où se tient l'unique session "parlementaire" chinoise Crédits : Jason Lee - Reuters

Les 2200 "représentants" du peuple chinois sont réunis ces jours-ci place Tiananmen, dans le Palais des Peuples, un bâtiment d'apparence très stalinienne construit en 1959. C'est le seul moment où une instance dite législative valide (mais elle n'a pas le choix) les décisions de l'exécutif. Comme si la session parlementaire durait 10 jours chez nous.

L'éléphant dans cette galerie de porcelaine où chacun marche sur des œufs (encore plus depuis les violentes campagnes anti-corruption de ces dernières semaines), ce sont les compagnies d'Etat qui sont à l'état de zombies.

Entreprises Zombies, kesako?

Le terme désigne des entreprises très endettées, qui n'arrivent plus à dégager suffisamment de résultat pour rembourser leur dette, et empruntent non pas pour investir mais rembourser leurs intérêts. (Avec cette définion en tête on pourrait qualifier la France d'état Zombie puisque nous aussi nous empruntons pour financer notre déficit et nos intérêts, et que le stock de dette ne fait que gonfler, mais je m'éloigne).

Les entreprises chinoises publiques, il y en a 150 000, n'empruntent pas sur les marchés, mais à des banques qui manquent ensuite de crédit pour financer les entreprises qui vont bien. Voilà pourquoi on appelle ces entreprises zombies, parce qu'elles dévorent en quelque sorte les autres, et ont un impact négatif sur l'économie chinoise dans son ensemble. On les trouve dans les secteurs de la seconde révolution industrielle, domaines où l'activité est en chute libre: le charbon, l'acier, le ciment, le verre, la papèterie et la construction navale.

Dans une économie non administrée, ces entreprises auraient fait faillite mais en Chine, l'Etat les soutient. Ce fût notamment sa stratégie face au ralentissement mondial qui suivi la crise financière de 2008. Résultat, les entreprises chinoises ont vu leur endettement multiplié par 4 depuis 2008, selon l'institut d'étude Mac Kinsey, c'est de moins en moins tenable.

Même le premier ministre Li Kegiang appelle ces entreprises "zombies". En décembre, il a déclaré :

"Pour ces entreprises "zombies", qui sont en surcapacité, nous devons les anéantir sans pitié".

Lors de son discours général sur l'économie le 5 mars, il a réitéré ses propos, en affirmant que les firmes "zombies seraient fusionnées, restructurées ou mises en liquidation", et que le prix à payer serait, des suppressions d'emploi.

5 à 6 millions de licenciements à venir

Comme souvent avec la Chine les chiffres sont impressionnants. Il pourrait y avoir 5 à 6 millions de licenciements selon les analyse financiers, presque 2 millions dans le charbon et l'acier. Le pouvoir chinois a annoncé qu'il consacrerait 100 milliards de yuan, environ 14 milliards d'euros pour aider ceux qui seront licenciés à trouver un travail.

La dernière fois qu'il y a une restructuration de ce type c'était à la fin des années 90, le nombre d'emploi dans les entreprises nationales était passé de 70 millions à 37 millions en 2005. Mais à cette époque la Chine s'ouvrait au monde, elle venait d'adhérer à l'OMC, les usines tournaient à plein régime. Là il y a un ralentissement général, y compris des exportations chinoises, et ces salariés au chômage seront plus difficiles à recaser, même les journaux officiels le disent quand il citent l'objectif annoncé de 10 millions de création d'emploi. "China to create 10 millions jobs in 2016".

La crainte, c'est la montée du mécontentement. Il est déjà là. Cartes à l'appui, le China Labour Bulletin fait depuis Hong Kong le compte des mouvements sociaux (grèves, occupation, manifestation): il y en a eu 2,606 en 2015, deux fois plus qu'en 2014.

Voir ici des cartes interactives très détaillées où vous pouvez voir précisément dans quelles régions, quels secteurs et quelles entreprises, les Chinois se mobilisent.

Mais les investisseurs, qu'ils soient Chinois ou étrangers, attendent et espèrent cette restructuration du secteur public et des entreprises zombies. Et les dirigeants chinois ne peuvent pas l'ignorer s'il ne veut pas encore se décrédibiliser. (voir un précédent billet : Discrédit sur la compétence économique des dirigeants Chinois).

Voilà donc les autorités chinoises contraintes d'arbitrer entre des attentes contraires. Bienvenues, non pas à Zombieland, mais dans le monde complexe d'une économie de moins en moins administrée. C'est le deuxième type de défis que doit relever la Chine, confirme dans son entretien aux Enjeux internationaux ce même jour, Claude Meyer, économiste, professeur à Sciences-Po et conseiller au Centre Asie de l'IFRI.

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