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Un travailleur irakien sur une plate-forme pétrolière le 30 octobre 2015. L'Irak fait partie des pays  impactés par la chute des cours.

Covid-19 : la chute vertigineuse des cours du pétrole

3 min
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Face à la crise économique liée au Covid-19, les cours du brut dévissent. Une situation amplifiée par une crise entre deux principaux pays producteurs, l'Arabie Saoudite et la Russie. Avec des conséquences dramatiques pour les pays émergents.

Un travailleur irakien sur une plate-forme pétrolière le 30 octobre 2015. L'Irak fait partie des pays  impactés par la chute des cours.
Un travailleur irakien sur une plate-forme pétrolière le 30 octobre 2015. L'Irak fait partie des pays impactés par la chute des cours. Crédits : Haidar Mohammed Ali - AFP

Les mesures de confinement prises dans plus de 80 pays pèsent sur l'activité économique, et notamment sur les activités très gourmandes en carburant. Conséquence, les prix du pétrole chutent. Une situation amplifiée par une crise entre pays producteurs. Décryptage.  

Baisse des prix à la pompe 

Nous ne sommes plus très nombreux à prendre la route, confinement oblige. Pourtant si nous devions nous rendre dans une station-service, nous pourrions observer la baisse des prix à la pompe. Cette baisse n'est pas équivalente à la chute des cours du brut de ces dernières semaines, puisque les taxes représentent 60 % des prix du carburant. Mais l'effet reste significatif : 25 centimes d'euros de moins sur l’essence et le gazole par rapport au mois de janvier ! Il faut dire que le brent a touché ce lundi son plus bas niveau depuis 18 ans, autour de 22 dollars. Depuis, il est un peu remonté à 24 dollars. Mais on est très loin des niveaux du début d’année.  

Pour mesurer l’ampleur de la baisse, rappelons qu’en janvier, ce même brent produit en mer du Nord, affichait 67- 68 dollars le baril. Evidemment la crise économique liée au Covid-19 explique cette chute vertigineuse. La demande en or noir chute, près de la moitié de la population mondiale est confinée, ce qui réduit les déplacements. Les secteurs du transport aérien, de l’automobile très gourmands en carburant, sont quasiment à l’arrêt. 

Crise entre l'Arabie Saoudite et la Russie 

A cela s’est ajoutée une crise entre deux des principaux producteurs mondiaux de pétrole. Nous sommes le vendredi 6 mars à Vienne. L’Arabie Saoudite propose à ses partenaires de l’OPEP et aux pays associés dont la Russie, un accord pour baisser la production de pétrole, afin de stopper la chute des cours. Mais Moscou joue le bras de fer et refuse la proposition, pour ne pas perdre de parts de marché. Dans la foulée, le baril perd 10 %, autour de 45 dollars.

Et ce n’est pas fini, quelques jours plus tard, l’Arabie Saoudite lance la riposte, et prend le contre-pied complet de la proposition faite quelque jours plus tôt, en décidant d’augmenter, seule, sa production et de baisser ses prix pour inonder le marché avec des produits bon marché. Au passage Riyad met fin à trois ans de politique concertée de baisse de la production. Ce même jour, le prix du baril s’effondre un peu plus et on passe à 35 dollars ! Depuis les cours ont continué à dévisser et les grands pays producteurs commencent à tirer la sonnette d’alarme !

Trump assure qu'un accord est à portée de mains 

En début de semaine, Donald Trump a pris son téléphone pour discuter du sujet avec son homologue russe. Le président américain avait aussi appelé, quelques jours plus tôt, le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, pour lui faire part de sa préoccupation.

Et ce jeudi, coup de théâtre, il affirme, sur Twitter, que la Russie et l'Arabie Saoudite vont s'entendre pour réduire leur production de pétrole d'au moins dix millions de barils par jour, et peut-être même de 15 millions. 

Une telle baisse serait sans précédent. Des déclarations qui ont déclenché une envolée ce jeudi des prix du pétrole mais qui demandent à être confirmées par Riyad et Moscou.

Donald Trump surveille la situation comme le lait sur le feu, lui qui défendait pourtant,  il y a  encore peu un prix du pétrole bas, pour un consommateur américain très attaché à sa voiture.  Mais, à une vingtaine de dollars le baril, la donne n’est plus du tout là même : c’est toute l’industrie du pétrole de schiste et ses milliers de travailleurs qui en pâtissent, notamment au Texas.  "Je n'aurais jamais pensé dire qu'il nous faut une augmentation des prix du pétrole, et pourtant c’est bien le cas" a ainsi reconnu récemment le président américain sur la chaîne de télé Fox News. 

Quant à la Russie, elle est peut-être en train de regretter son "Niet". Elle n’avait sans doute pas anticipé la réaction saoudienne. Le régime wahhabite a, pour sa part, encore un peu de marge, car ses coûts de production sont très bas . Mais Riyad ne peux jouer très longtemps ce bras de fer, son économie étant très dépendante du pétrole, malgré une stratégie de diversification. Reste donc à savoir si un accord est désormais à portée de mains. 

Des pays en grande difficulté

Un accord auquel sont aussi suspendus des dizaines de pays producteurs, pour qui la situation est encore plus critique. C'est le cas notamment de l’Algérie, dont les exportations sont composées à 95 % de pétrole et de gaz (les prix du gaz sont corrélés à ceux du brut). La Libye, qui exporte déjà peu de pétrole du fait de la guerre, est aussi très impactée. Tout comme l’Iran, qui fait déjà face aux conséquences des sanctions américaines. L'Irak a elle a vu ses recettes pétrolières divisées par deux au mois de mars. 

De très nombreux pays d’Afrique sub-saharienne sont aussi dans une situation très difficile, du fait de cette chute des cours. Le Tchad, l'Angola, le Nigéria, le Gabon ... dont les économies sont très dépendantes du pétrole et du gaz et qui vont donc au devant de grandes difficultés … En Amérique du Sud, le Vénézuela ou encore l’Equateur sont aussi fortement touchés .

Récemment, d'ailleurs, les dirigeants du G20 ont promis de travailler avec le Fonds monétaire international pour déployer un plan de soutien financier "solide" en direction des pays  en développement. Certains économistes réclament des annulations de dette. Mais on peut aussi souhaiter, pour ces pays, un accord au niveau de l’OPEP  et de la Russie. Même si cela veut dire, pour nous Français, à l’autre bout de la chaîne, une hausse des prix de l’essence. 

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