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Les Pays-Bas ont pris la tête des pays du Nord opposés à une forme de mutualisation des dettes

Covid-19 : pourquoi les Pays-Bas rechignent-ils à aider les pays du Sud de l'Europe ?

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Alors que se tient aujourd'hui un nouveau sommet européen, par visioconférence, gros plan sur les Pays-Bas, aux avant-postes de ceux qui freinent des quatre fers pour aider les pays du Sud.

Les Pays-Bas ont pris la tête des pays du Nord opposés à une forme de mutualisation des dettes
Les Pays-Bas ont pris la tête des pays du Nord opposés à une forme de mutualisation des dettes Crédits : Leyla Vidal - Maxppp

Mark Rutte, le premier ministre néerlandais, et son ministre des finances Woepke Hoekstra sont apparus ces dernières semaines comme les Monsieur Non ou "neen" (non en néerlandais). 

Non aux eurobounds ou coronabounds, ces emprunts qui seraient émis en commun sur les marchés financiers, permettant à l’Italie notamment d’obtenir des financements à moindre coût. Cela créerait, selon le grand argentier des Pays-Bas "plus de problèmes que de solutions", et ce serait "injuste envers les contribuables néerlandais". 

L’Allemagne s’est aussi opposée à ce mécanisme. Mais ce sont les Pays Bas qui ont concentré les critiques, s’attirant, par leurs prises de position tranchées, les foudres de leurs partenaires du Sud : Espagne, Italie, Portugal. 

Hoekstra a même du reconnaître un "manque d’empathie", après le tollé déclenché par sa suggestion d'ouvrir une enquête européenne pour comprendre pourquoi certains pays ne disposaient d'aucune marge de manœuvre budgétaire … 

Pourquoi cette intransigeance ?

Les Pays-Bas font partie des bons élèves. Avec un budget excédentaire en 2019 : 1,7 % du PIB

Très durement touché par la crise de 2008, le pays a fait des réformes pour restaurer ses comptes publics. Et grâce aux marges de manœuvre retrouvées, la coalition de centre-droit a pu engager des dépenses et baisser les impôts. 

Des résultats sur lesquels le ministre des finances s’appuie pour justifier sa fermeté :

Je ne peux expliquer à mon opinion publique que les Pays-Bas vont payer pour ceux qui n’ont pas été vertueux 

Derrière cette posture, il y a aussi des arrières-pensées politiques. Hoekstra, qui n’appartient pas au même parti que Rutte, se verrait bien succéder au premier ministre et le déborde régulièrement sur sa droite. Le chef du gouvernement doit lui gérer une coalition fragile, on notera d’ailleurs qu’il lui faut valider tous ses choix par le Parlement, avant d’aller les défendre face à ses partenaires européens.  

Et à un an des législatives, il doit également contrer les assauts de l’extrême droite, elle qui saisit aussi ce débat pour tacler l’Union européenne et rejeter toute forme de solidarité. Sur son compte twitter, le Forum pour la démocratie -la droite nationaliste- expose ainsi un graphique comparant l’endettement de l’Italie et des Pays Bas, assorti de ce commentaire : "pourquoi les Pays-Bas paieraient-ils maintenant les dettes italiennes via des eurobonds ? Incompréhensible."

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Les Pays-Bas sont-ils si exemplaires que cela ?

Ce qu’on peut leur opposer c’est leur politique très  "accommodante" en faveur des multinationales, même si elle a été un peu atténuée, sous l’effet des différents scandales, et de la pression d’une partie de son opinion publique.  

Les Pays-Bas ont ainsi été inscrits sur la liste des paradis fiscaux de l'UE par le Parlement européen l’an dernier. D’ailleurs le premier ministre italien ne s’est pas privé de le souligner récemment dans la presse allemande : citant un rapport qui chiffre à 10 milliards d’euros par an le coût de cette politique pour les autres pays de l’Union, puisque ce sont autant de recettes en moins sur l'impôt sur les sociétés. 

Hier, Laurent Berger de la CFDT a aussi pointé du doigt cette situation, estimant inacceptable que les Pays-Bas profitent d’un côté de l’optimisation fiscale, et refusent de l’autre la solidarité européenne. 

Alors bien sûr les Pays Bas ne sont pas les seuls à rejeter l’idée d’une forme de mutualisation des dettes. On retrouve aussi dans ce bloc des "pays fourmis", versus les "pays cigales" l’Autriche, la Finlande, la Suède et le Danemark. Sans oublier, bien entendu, l’Allemagne, même si la France note des avancées de la part d'Angela Merkel. 

L’objectif c’est maintenant d’obtenir le plus large consensus possible pour éviter une crise. Une porte de sortie possible serait d'adosser le futur plan de relance au budget européen.  Mais pour l'Elysée, il ne faut ainsi pas escompter d'accord avant l'été, sur un mécanisme de solidarité, permettant une fois la crise passée de relancer la machine.  

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