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Un chantier Nexity à l'arrêt le 3 avril 2020 à Ivry sur seine

Covid-19 : faut-il redémarrer les activités non essentielles ?

4 min

Des entreprises souhaitent redémarrer les usines, à l'arrêt depuis le début du confinement. Mais les syndicats considèrent que ce n'est pas le moment, alors que le gouvernement exhorte les Français à rester chez eux. Pourtant, l’exécutif encourage bien cette reprise d'activité.

Un chantier Nexity à l'arrêt le 3 avril 2020 à Ivry sur seine
Un chantier Nexity à l'arrêt le 3 avril 2020 à Ivry sur seine Crédits : Ludovic Marin - AFP

Depuis quelques jours, plusieurs entreprises annoncent leur intention de redémarrer certaines usines ou chantiers, à l’arrêt depuis le 16 mars. Mais les syndicats font de la résistance. Voilà qui pose la question des  activités essentielles versus les activités "non essentielles", un débat tranché différemment dans d'autres pays européens.  

Trois semaines après le début du confinement, des sociétés souhaitent reprendre le chemin de la production. C'est notamment le cas dans le secteur automobile. PSA avait ainsi prévu de reprendre la production sur ses sites de Valenciennes et de Douvrin dans le Nord. Face à l’hostilité des syndicats, il dû faire machine arrière et renoncé à un redémarrage rapide.

Dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, tous les syndicats, sauf la CFDT s’opposent à une reprise de l’activité, et appellent les salariés à utiliser leur droit de retrait s’ils se sentent en danger.

Certaines entreprises vont quand même redémarrer, malgré les réticences. Ainsi Michelin reprend l’activité de manière graduelle, dans trois de ses usines, avec moins de 10 % des effectifs de ces sites. L’entreprise Semat, qui assemble des camions benne, rouvre, quant à elle, son site de la Rochelle à partir d'aujourd'hui. La CGT dénonce une reprise injustifiée et organise une action devant l’usine ce lundi. 

Activités essentielles versus activités "non essentielles"

Il y a des activités qui ne peuvent s’arrêter : la santé, bien sûr, l’agroalimentaire, l’énergie, l’eau, les télécoms etc. Mais est-il urgent de produire des automobiles, des pneus, des avions, alors que les pouvoirs publics ne cessent de dire qu’il faut rester chez soi pour éviter la propagation de la pandémie ? Du côté des syndicats, la réponse est claire : il n’y a pas d’urgence. Et de pointer du doigt l’absurdité du moment, résumée en ces termes par Jean-Paul Cognet, délégué CGT chez Michelin : "on n’a pas le droit de rester plus d’une heure en dehors de chez soi mais on a le droit d’être à l’usine pendant 8 heures pour fabriquer des pneus ! C'est incohérent".

Un sujet dont s’empare aussi l’opposition de gauche. Hier le parti communiste a critiqué la validation, par le gouvernement, d’un guide de préconisations sanitaires dans le BTP, qui n'a, selon lui qu'un objectif : "protéger juridiquement les employeurs". "Le gouvernement veut faire reprendre à marche forcée le plus grand nombre possible de chantiers du BTP, au mépris de la santé de ses 2 millions de salariés" dénonce le PCF. 

L'executif a, lui, choisi de ne pas opposer activités essentielles et non essentielles. Dès le 19 mars, soit trois jours après le début du confinement, Emmanuel Macron en appelait à "la responsabilité civique des entreprises", leur demandant de "poursuivre leur activité quand cela est possible". Le même jour, la ministre du travail Muriel Pénicaud s’était même dit "scandalisée" qu’une organisation patronale du secteur du bâtiment recommande l’arrêt des chantiers et conseille à ses membres de recourir au chômage partiel.

Ralentir le moins possible

Comment justifier ce choix de la France, alors que d’autres pays, comme l’Italie, l’Espagne ont eux décidé d’arrêter les activités non essentielles ? D’abord l’exécutif ne veut pas trop casser le thermomètre, face à une crise "violente, brutale" et qui sera "durable". "La France ne s’en redressera que par le travail" explique ainsi le ministre de l’économie Bruno le Maire.

"En ce moment, l'industrie chinoise repart très vite" observe de son côté le président de France Industrie, Philippe Varin. "Il va donc falloir être capable de remonter la pente très rapidement, c’est pour cela qu’il faut ralentir le moins possible" estime t-il.

Le gouvernement souhaite que ce travail soit organisé, de manière à protéger les salariés, quitte à arrêter quelques jours la production, comme l’a fait Airbus. Il compte aussi sur les ordonnances Pénicaud, et l’allongement du temps de travail, pour aider les entreprises à faire en sorte que les équipes se relaient moins et donc se croisent le moins possible. 

Et puis, pour expliquer cet impératif de continuer à produire, on peut invoquer une raison budgétaire.  Encourager la reprise du travail, c’est en effet ne pas trop aggraver la facture pour l’Etat, alors que le chômage partiel atteint déjà des sommets. Selon les derniers chiffres disponibles, il concerne cinq millions de salariés, soit un quart du secteur privé. Et le gouvernement a déjà prévu de débourser, à cette fin, 11 milliards d'euros !

Mais ce qui est vrai aujourd’hui peut être démenti demain. Ainsi l’Espagne n’avait initialement pas mis à l’arrêt les activités non essentielles, avant de changer d’avis le 30 mars dernier, face à l'urgence sanitaire et des hôpitaux en surchauffe.

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