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Geoffroy Roux de Bezieux, le 3 mars dernier.

Les Français vont-ils devoir travailler plus longtemps après le confinement ?

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Le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, estime que les Français devront travailler plus à la sortie du confinement pour relancer l'économie du pays. Une hypothèse partagée par l'exécutif mais rejetée par l'opposition et les syndicats.

Geoffroy Roux de Bezieux, le 3 mars dernier.
Geoffroy Roux de Bezieux, le 3 mars dernier. Crédits : Eric Piermont - AFP

En plein week-end pascal alors que les modalités pour sortir du confinement n'ont pas encore clairement été exposées par le gouvernement, le Medef pense à l'après. Son président Geoffroy Roux de Bézieux déclarait vendredi dans un entretien au Figaro : "Il faudra bien se poser la question tôt ou tard du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire".

En quelques phrases, Geoffroy Roux de Bézieux en nous parlant d’avenir nous a fait replonger dans le monde d’avant, c’est-à-dire quelques décennies en arrière où la France n’a cessé de se déchirer sur le temps de travail, la productivité, qu' il fallait en finir avec les 35 heures ou il y a quelques semaines encore qu'il fallait travailler plus longtemps en repoussant l’âge de la retraite, ou bien petite variante :  n’avions nous pas trop de vacances et de jours fériés ? Pas besoin d'ailleurs du coronavirus pour aborder le sujet des jours fériés, vieux serpent de mer,   revenu sur la table pas plus tard qu' en avril dernier, il y a tout juste un an où le gouvernement nous parlait une nouvelle fois de renoncer à un jour férié pour financer la réforme de la dépendance.

Combien rapporte à l'Etat un jour férié ?

Depuis la journée de solidarité envers les personnes âgées initiée par la loi du 30 juin 2004 sous le gouvernement Raffarin après la canicule, on connait le montant estimé d'un jour férié pour les caisses de l'Etat : entre 2 milliards et demi et 3 milliards d'euros selon les années. En 2019,  un tiers des français a travaillé lors de cette journée de solidarité et elle a rapporté 2,9 milliards d'euros. Par projection, si tous les salariés renonçaient à un jour de congé, on atteindrait donc 9 milliards d'euros. En ramenant ce chiffre au coût de la mesure du chômage partiel actuel pour les 3 mois à venir, soit à peu prés 20 milliards, rendre 2 jours fériés n’y suffirait pas tout à fait. Enfin dernier indicateur en terme de croissance selon l’Insee un jour férié rendu rapporte 0,06% de PIB. Toujours selon l'Insee l'impact d'un confinement de deux mois coûte à la France pas moins de 6 points de PIB. 

Tout cela apparaissant comme un calcul rapide d'économiste puisque du côté des syndicats la question est loin de se poser en ces termes. La question fondamentale est en premier lieu de savoir si c’est aux salariés de payer la relance. 

Yves Veyrier, par exemple, de Force Ouvrière, estime que les efforts doivent venir de tous les côtés et pas seulement de celui des travailleurs. En réponse aux propos de Geoffroy Roux de Bezieux, il rappelle que les français attendent déjà un geste de la part du patronat concernant les dividendes. Certaines grandes entreprises disent y avoir renoncé mais c’est loin d’être le cas pour toutes. Pour sa part , Laurent Berger de la CFDT estime indécent et indigne cette sortie de Geoffroy Roux de Bézieux.  "Ce n'est pas aux travailleurs de payer la note", considère-t-il. Et pour le syndicat des cadres la CGC  la question n’est pas tant de savoir si les Français devront travailler plus mais surtout qu’ils soient plus à travailler, bref réduire le chômage. Calcul simple et basique pour François Hommeril.

La question est elle tranchée ?

Depuis le début du confinement la question des congés a déjà fait l'objet de dérogations au Code du travail permises dans la loi instaurant un " état d'urgence sanitaire " pour lutter contre l"épidémie du Covid-19. Depuis le 22 mars , ce plan permet à l'employeur d'imposer aux salariés de prendre leurs congés payés. Les congés d'été n'étaient pas encore concernés et la mesure nécessite toutefois un accord collectif de l'entreprise ou d'un accord de branche. Pour les RTT l'employeur en revanche peut décider seul de les imposer ou d'en modifier les dates Un geste qui avait été considéré comme un effort raisonnable de la part des salariés par le ministre Gérald Darmanin, le ministre de l'Action et des comptes publics.      

Les propos de Geoffroy Roux de Bézieux concernent l'après-confinement. Nous sommes toujours aujourd’hui dans la crise sanitaire, mais la crise économique on le sait est déjà là. Le projet de loi de finances rectificatives qui doit être adopté en conseil des ministres ce mercredi va voir exploser la dette publique autour des 112 % d’ici la fin de l’année et le ministre de l’Economie,  Bruno Le Maire, a déjà parlé des efforts que les Français devraient concéder pour relancer la production. La secrétaire d’état à l’Economie,  Agnès Pannier-Runacher, a été plus explicite en prévenant qu'il "faudra probablement travailler plus que nous ne l'avons fait avant". Selon elle, "l'enjeu est de reprendre le travail plein pot".

Le risque pour l’opposition du côté du PS c’est de voir le gouvernement reprendre toutes les veilles recettes utilisées jusque là à droite chez LR si les Français doivent travailler plus il faudra les payer plus. Mais veut-on rendre fous les Français ? s’interrogeait hier Xavier Bertrand. Le président des Hauts-de-France a mis en garde le gouvernement sur sa gestion de l'après. Pour lui, il ne va pas falloir se tromper et faire peser trop de poids sur les épaules des salariés déjà bien éprouvés par la situation, tant moralement qu'économiquement. Travailler plus, rogner sur les congés, faire une croix sur des jours fériés… tout cela lui semble inenvisageable. 

Ce qui est certain, c’est que l’État sera à la manœuvre pour la relance et la gestion de la dette et il y a de nombreuses façons d’y parvenir autrement que par l’austérité assurent bon nombres d’ économistes. Si c’est le grand retour de l’état planificateur,  quelle direction prendra le gouvernement ? Le président Macron devrait annoncer ce soir le prolongement du confinement. Un peu de temps donc pour affiner la question...

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