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Affiche environnementale à Bruxelles en Belgique :  pas de planète B (15/02/2020)

Covid-19 : conditionner les aides aux entreprises à des engagements environnementaux ?

4 min

Cette question a surgi à l’occasion de l’examen à l’Assemblée du 2e budget rectificatif. Un amendement contraignant a été rejeté au profit d'un autre plus souple. Un chèque en blanc accordée aux entreprises ?

Affiche environnementale à Bruxelles en Belgique :  pas de planète B (15/02/2020)
Affiche environnementale à Bruxelles en Belgique : pas de planète B (15/02/2020) Crédits : Leyla Vidal - Maxppp

Les aides accordées par l’Etat à de grandes entreprises comme Air France doivent-elle être conditionnées à des engagements environnementaux ? Cette question a surgi à l’occasion de l’examen à l’Assemblée du projet de loi de finances rectificatif, l’enveloppe de 110 milliards d’euros pour protéger l’activité économique, dont 20 milliards d'euros pour soutenir les entreprises dites stratégiques.

Dans la nuit de vendredi à samedi, un amendement a ainsi été défendu, pour conditionner ce type d’aides. Toute entreprise en bénéficiant devait ainsi établir une stratégie de réduction de ses émissions de CO2, sous peine de sanctions. Mais il a été rejeté en séance, au profit d’un autre amendement présenté par la députée En Marche Bérangère Abba. Dans ses grandes lignes, ce dernier indique que l’Etat doit "veiller" à ce que les grandes entreprises aidées "intègrent", dans leur stratégie, la lutte contre le changement climatique. Dans un an, un rapport gouvernemental détaillera la mise en œuvre de ces objectifs.  

Un chèque blanc accordé à ces entreprises ? 

Le ministre de l’économie Bruno le Maire s’en défend. Devant les députés, il a affirmé que les grandes entreprises aidées devront s’engager pour une économie totalement dé-carbonée, citant en particulier le secteur aérien. 

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Mais pour le député et ancien Marcheur Matthieu Orphelin, porteur de l’amendement rejeté, "le gouvernement a là raté son entrée dans le monde d’après".  

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Mécontentement aussi du côté associatif. Greenpeace, les Amis de la Terre et Oxfam dénoncent, dans un communiqué commun, l’absence de contraintes et de sanctions dans le dispositif gouvernemental.  

Attention à ne pas répéter les erreurs de 2009, estime, en échos, l’euro député en Marche Pascal Canfin dans une interview au Journal du dimanche. On avait alors "sauvé les entreprises pendant la crise financière sans réorienter leur modèle économique vers une trajectoire compatible avec la lutte contre le dérèglement climatique".  

Est-ce oublier que les grands groupes n’ont pas attendu de toucher d’éventuelles aides, pour présenter des engagements climat ? Certes, on les accuse souvent de greenwashing, mais face à une opinion publique de plus en plus sensible à ces questions, il leur faut aussi évoluer.  Il y a quelques mois, Air France présentait ainsi de nouveaux engagements de réduction de gaz à effet de serre.  

En Europe la question se pose aussi

C'est le cas notamment en Autriche, qui a elle choisi d’adopter, semble t-il, une position plus contraignante que la France. Le  gouvernement devrait ainsi conditionner l’aide publique apportée à Austrian Airlines à des objectifs de réduction climatique. Il faut "utiliser cette situation pour soutenir cette transformation" a ainsi déclaré la ministre autrichienne de l’environnement Léonore Gewessler. Vienne a entamé en ce sens des négociations avec Lufthansa, maison-mère de la compagnie. 

Mais le sujet dépasse bien sûr le secteur aérien et la seule problématique de la conditionnalité des aides.  Cette crise est-elle une opportunité pour accélérer la transition écologique ? Voilà en fait la question qui semble centrale, alors que tous les pays de l’Union européenne, sauf la Pologne, ont adopté le Green deal, qui prévoit la neutralité carbone en 2050.  

Aujourd’hui, il y a deux écoles qui s’affrontent 

D’un côté, il y a ceux qui souhaitent ralentir les efforts, invoquant la crise économique. Le syndicat patronal Business Europe, présidé par l'ancien numéro un du Medef Pierre Gattaz, a ainsi demandé à la Commission de la flexibilité, dans la mise en œuvre du Green Deal.   

De l'autre, il y a ceux qui estiment qu’il faut inscrire la lutte contre le changement climatique au cœur des futurs plans de relance. Un appel lancé en ce sens par Pascal Canfin, a été signé par près de 200 personnalités, des politiques, des membres d’ONG, de syndicats ou des dirigeants d’entreprises, dont plusieurs d’ailleurs du CAC 40. 

"Le temps de la mise en œuvre est venu" estiment les signataires. Chiche, a-t-on envie de dire. Mais il faudra y mettre les moyens. Dans une tribune publiée dans le Parisien, le climatologue Jean Jouzel estime ainsi que cette transition impliquera des investissements supplémentaires de l’ordre de 20 milliards d’euros chaque année en France, au moins d’ici à 2030, et de l’ordre de 300 milliards au niveau européen.   

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