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Des employées de l'entreprise textile "les tissages de Charlieu" dans la Loire, qui a réorienté une partie de sa production vers la fabrication de masques.

La France en "économie de guerre" : vers une reprise en mains de la production ?

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Face au Covid-19, la France a basculé dans une « économie de guerre ». Des entreprises réorientent ainsi leur production vers la fabrication de masques, de gels hydroalcooliques ou encore de respirateurs. Cette dynamique perdurera-t-elle une fois la crise sanitaire passée ?

Des employées de l'entreprise textile "les tissages de Charlieu" dans la Loire, qui a réorienté une partie de sa production vers la fabrication de masques.
Des employées de l'entreprise textile "les tissages de Charlieu" dans la Loire, qui a réorienté une partie de sa production vers la fabrication de masques. Crédits : Jean-Philippe Kziazek - AFP

Quand l'automobile se met à fabriquer des respirateurs ! Nous sommes entrés dans ce qu'on peut comparer à une "économie de guerre", guerre contre l'épidémie de coronavirus. Des entreprises dont ce n’est pas le métier réorientent ainsi leur production vers la fabrication de masques, de gels hydroalcooliques ou encore de respirateurs. L’État se place en coordinateur, mais il lui a fallu du temps pour structurer les filières. Et désormais se pose la question de l'après, les capacités supplémentaires qui ont été mises en place seront-elles durables ? 

D'abord des initiatives d'entreprises 

Il y a deux mois, et cela parait une éternité, Agnès Buzyn, alors ministre de la Santé, affirmait qu’il n’y aurait pas de pénurie de masques, en cas d’épidémie de Covid-19 sur le sol français. Aujourd’hui, le ton est tout autre. Hier, Emmanuel Macron a annoncé que la France fabriquerait à la fin du mois plus de 10 millions de masques par semaine, soit deux fois et demi plus qu’aujourd’hui, et que 10 000 respirateurs seraient produits d’ici à la mi-mai. 

Des déclarations qui placent l’État comme le coordinateur d’une politique industrielle, répondant aux besoins, face à la pénurie de produits vitaux dans la lutte contre l’épidémie. Mais les pouvoirs publics ont sans doute eu un peu de retard à l’allumage.

Ce sont d’abord des initiatives isolées qui ont émergé, émanant de petites comme de grandes entreprises . Volonté sincère de participer à "l’effort" face à cette guerre sanitaire ; occasion aussi de se montrer sous un jour socialement responsable, vis-à-vis du grand public, mais aussi de leurs salariés. La plus commentée a été celle du géant du luxe LVMH, qui, dès le 15 mars, annonce pouvoir produire - en vue de les donner aux hôpitaux - des quantités importantes de gel hydroalcoolique dans ses usines fabriquant habituellement du parfum. Jour après jour, la liste des entreprises volontaires pour produire des masques ou du gel s’est allongée, dans les secteurs des cosmétiques, du textile, des spiritueux. 

Et l’État a semblé courir après ces offres de services. Il a fallu attendre le 21 mars pour qu’il annonce une opération d’homologation des masques à usage non médical (pour le personnel travaillant au contact du public ou les métiers ne pouvant respecter les distances de sécurité). 80 prototypes émanant de 45 entreprises ont ainsi été validés.

Le secteur automobile producteur de respirateurs 

Le secteur automobile, qui affronte l’une des plus graves crises de son histoire -entre arrêt de la production et chute des ventes - se concentre lui en ce moment sur les respirateurs. Se sont ainsi regroupés autour d’Air Liquide, qui a déjà le savoir-faire, le constructeur PSA et l’équipementier Valéo, ainsi que Schneider Electric. Un consortium monté rapidement, et là l’impulsion de l’Etat semble avoir été déterminante. 

PSA va mobiliser une centaine de salariés, dont la moitié sur son site de Poissy pour produire le bloc central des respirateurs. "En 50 jours, nous produirons autant de respirateurs artificiels qu’en trois ans" résume le PDG d’Air Liquide, dans une interview au journal les Echos …

En parallèle, Renault s’organise pour produire des respirateurs, avec d’autres partenaires, mais ces appareils ne sont pas encore homologués, précise-t-on à Bercy. 

Dans d’autres pays, l’industrie automobile s’implique également, pour produire ces appareils. En Italie, avec Fiat, au Royaume Uni, avec Mercedes. Et puis aux États-Unis Donald Trump est en train de forcer la main à Général Motors, en invoquant une loi promulguée pendant la guerre de Corée qui permet de mobiliser le secteur industriel pour la sécurité du pays !

Rebâtir notre souveraineté 

Cette mobilisation des industriels sera-t-elle durable, une fois la crise passée ? C’est le souhait d’Emmanuel Macron qui a parlé hier de  "rebâtir notre souveraineté nationale et européenne ". Le chef de l’État veut notamment atteindre "l'indépendance pleine et entière" de notre pays dans la production de masques "d'ici la fin de l'année".

Aujourd’hui en France, quatre entreprises fabriquent les masques FFP2 et chirurgicaux, et elles ont considérablement accru les cadences ces dernières semaines. Mais certains sites tournent 24 heures sur 24, ce qui ne sera bien sûr pas tenable sur la durée. Il faudra construire d’autres capacités de production. Quant aux industriels qui se sont reconvertis provisoirement en producteurs de masques, ils ne garderont pas tous cette activité. D’ailleurs, il faut le noter, ces sociétés font notamment appel à des sous-traitants étrangers.

Se pose alors la question des tarifs, si on n’importe plus du tout - ou beaucoup moins - de matériel fabriqué là où la main d’œuvre est moins chère. Dernièrement encore la France commandait 1 milliard de masques à la Chine !

Et puis, là où les entreprises vendent aujourd’hui à prix coûtant, voire donnent ces produits, elles n’auront pas la même démarche demain et il faudra accepter de payer plus cher. Retrouver notre souveraineté sera aussi à ce prix…

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