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Le quartier d'affaires de la Défense déserté le 24 mars 2020, plus d'une semaine après l'annonce du confinement

Covid-19 : quand le chômage partiel joue le rôle d'amortisseur social

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En France, ce sont désormais près de 6 millions de salariés qui sont concernées par des mesures de chômage partiel, soit un quart du privé. Quelques 550 000 entreprises y ont eu recours. Un dispositif qui rencontre aussi un certain succès en Europe.

Le quartier d'affaires de la Défense déserté le 24 mars 2020, plus d'une semaine après l'annonce du confinement
Le quartier d'affaires de la Défense déserté le 24 mars 2020, plus d'une semaine après l'annonce du confinement Crédits : Alexis Sciard - Maxppp

Les compteurs s’emballent. En France ce sont désormais 5 millions 800 000 salariés qui sont concernées par des mesures de chômage partiel, soit un quart des salariés du privé. Près de 550 000 entreprises y ont eu recours, surtout de petites structures (moins de 50 salariés).  

Un choix assumé

Le gouvernement avait initialement prévu de mobiliser 8 milliards et demi d’euros sur deux mois  pour indemniser les employeurs, mais la facture a dérapé, et ce n’est pas fini. Il table désormais sur 19,6 milliards d’euros sur trois mois. 

Et c’est du jamais vu. Jusque là, cette mesure souffrait plutôt d’une certaine complexité. Même pendant la crise de 2008- 2009, elle n’avait touché que 300 000 personnes.  

Résultat : la facture dérape. Le gouvernement table maintenant sur près de 20 milliards d’euros de dépenses, après avoir budgété 8 milliards et demi d’euros, et ce n’est sans doute pas fini. 

Alors c’est le prix à payer pour éviter les licenciements, en cette période de fort ralentissement de l’activité. Un choix assumé par l’Etat qui, en assouplissant les règles, dit s’être inspiré de l’Allemagne. Pendant la crise de 2008, son système d’activité partielle ("Kurzarbeit") avait alors permis de sauver quelques 200 000 postes.

Crédits : Visactu

Ailleurs en Europe

L’Allemagne a d’ailleurs encore élargi son dispositif de chômage partiel pour faire face à cette crise (500 000 demandes en seulement un mois) et d’autre pays de l’Union ont recours à des mesures similaires. L’Italie, l’Espagne, la Suède ou encore la Pologne ont aussi déployé des systèmes de chômage partiel. A chaque fois des formules diverses, mais un point commun : la  prise en charge d’une partie des salaires pour préserver l’emploi. 

Un dispositif que souhaite accompagner la Commission européenne. L’exécutif européen propose ainsi emprunter sur les marchés jusqu’à 100 milliards d’euros, afin de prêter cet argent aux Etats membres qui en font la demande, pour financer ces mesures de chômage partiel. L’Italie fera partie des pays prioritaires, a déjà assuré la présidente Ursula Von der Leyen.   

Ce type de "parachute" parait assez indispensable dans la période. Selon l’Organisation internationale du travail, le marché de l'emploi affronte là sa plus "grave crise depuis la seconde guerre mondiale". D’après ses calculs, 40 % de la population active mondiale est ainsi exposée à des licenciements ou à des pertes de revenus. 

Des limites ?

Attention toutefois à l’effet d’aubaine. On le voit au travers de témoignages en France ces dernier jours, des entreprises demandent à bénéficier de ce dispositif à 100 %, tout en appelant leurs salariés à télétravailler. 

Une pratique qui s’apparente à du travail illégal, dénonce t-on au ministère du travail, qui brandit déjà les sanctions. Mais les contrôles ne s'effectueront qu'a posteriori. 

Dans d’autres sociétés, à l’inverse, on a décidé de se passer de ce dispositif et d’assumer seule le paiement des salaires. C’est le cas de Total, l’Oréal, Lacoste, Hermes ou encore Chanel.

Et puis ailleurs, on négocie pour compenser la différence. Le groupe PSA vient de signer avec tous les syndicats, sauf la CGT, un accord pour garantir la totalité de la rémunération à ses salariés en chômage partiel. En contre-partie les collaborateurs du groupe donneront un ou deux jours de congés par mois.

Il faudra bien sûr attendre un peu avant de mesurer le réel impact de ces mesures sur l’emploi. Elles limiteront sans doute la casse, mais dans quelle proportion ? Malgré les mesures gouvernementales, de nombreuses PME risquent de faire les frais de ce confinement prolongé. Selon l'assureur-crédit Coface, les défaillances d'entreprises devraient augmenter de 15% en France cette année. 

Une situation, qui paraissait de la science-fiction il y a encore quelques semaines. A la mi-février, le gouvernement pensait encore atteignable son objectif d’un taux de chômage de 7 % en 2022 !

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