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Des salariés de Peters Surgical manifestent contre le PSE annoncé, 15 octobre 2019

Luxfer, Famar : ce que révèlent les appels à nationaliser ces entreprises dans le domaine de la santé

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Luxfer, Famar, Peters Surgical, ces entreprises dans le domaine de la santé n'étaient pas en haut de l'affiche il y a encore quelques mois. Aujourd'hui des appels au sauvetage se multiplient dans la classe politique, certains allant jusqu'à demander leur nationalisation.

Des salariés de Peters Surgical manifestent contre le PSE annoncé, 15 octobre 2019
Des salariés de Peters Surgical manifestent contre le PSE annoncé, 15 octobre 2019 Crédits : Gwenael Bourdon - Maxppp

On a déjà beaucoup parlé de la pénurie de masques, et notamment de cette usine qui avait fermé en Bretagne. Mais d’autres entreprises dans le domaine de la santé qui illustrent bien  aussi une certaine impuissance de l’Etat à conserver des savoirs faire.

Luxfer, Famar, Peters Surgical ... Ces noms n'étaient pas en haut de l'affiche il y a encore quelques mois, mais dernièrement ils sont de plus en plus cités, dans la presse et par des politiques de droite comme de gauche. 

Des entreprises qui ont pour point commun d’opérer dans le domaine de la santé, et d’avoir des sites en France, qui sont, soit fermés ou sur le point de l’être, soit en redressement judiciaire. 

Luxfer, fabricant de bouteille à oxygène médical, à Gerzat dans le Puy de Dôme et Famar, sous-traitant dans le médicament, près de Lyon ont même eu droit il y a quelques jours à deux propositions de lois appelant à leur nationalisation, l’une déposée par la France Insoumise, l’autre par le PS.

Et vendredi dernier, lors de l’examen du 2e budget rectificatif à l’Assemblée, un amendement socialiste a remis cette idée sur la table, essuyant un refus clair et net de la part de la secrétaire d’Etat au commerce Agnès Pannier-Runacher. 

Les arguments invoqués par Bercy pour justifier ce refus d’une nationalisation 

Ce ne sont pas des entreprises stratégiques explique t-on au ministère de l'économie. Elles n’entrent pas dans le cadre des 20 milliards d’euros dégagés par le gouvernement pour renforcer les fonds propres, voire procéder des nationalisations temporaires.  

Pour ce qui est de Luxfer, Agnès Pannier-Runacher estime qu'il n’y a pas de tensions en matière d’approvisionnement en bouteilles à oxygène, et qu’il vaut mieux s’employer à réindustrialiser le site qui est fermé depuis un an maintenant. Un projet autour de l’hydrogène est ainsi à l’étude, loin du savoir-faire initial, même s'il comporte une composante oxygène. De leur côté les salariés se battent, ils ont monté un projet de SCOP, et jusqu’au confinement ils étaient une vingtaine à occuper l'usine pour éviter de perdre les machines.   

En ce qui concerne Famar, en redressement judiciaire depuis juin 2019, là aussi on nous explique à Bercy qu’il ne s'agit pas d'une activité stratégique. L’usine produit entre autres de la nivaquine (nom commercial de la chloroquine) mais ce n’est pas la même chose, précise t-on au ministère de l'économie, que son dérivé, l’hydroxychloroquine, testée pour traiter les cas de Covid-19. Cela dit Bercy assure travailler sur le dossier depuis plusieurs mois, et table sur une ou deux offres de reprise pour ce site qui emploie 250 personnes à Saint-Genis-Laval. 

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Et puis  il y a une autre entreprise qui pose question, Peters Surgical, dont le site de Bobigny sera fermé en juin. Pourtant, il tourne aujourd’hui à plein régime, puisqu’il fabrique des sondes essentielles aux services de réanimation des hôpitaux. Sur ce sujet Bruno le Maire a été interpellé par des parlementaires communistes et LFI, qui lui ont demandé de suspendre le plan social, sans obtenir de réponses pour l'instant. 

Que révèlent ces différentes affaires ?

Une incapacité de l'Etat à sauvegarder des compétences qui paraissent aujourd'hui cruciales. Peters Surgical a été revendu au fond Eurazeo par un consortium adossé à des fonds publics. Ce qui pose question quand on voit que l’essentiel de la production de sondes a depuis été délocalisée en Inde. 

Luxfer c’est l’histoire d’un démantèlement, en l’occurrence celui du groupe français Péchiney, dont l’activité de bouteilles en aluminium a été rachetée par une société britannique, qui a donc fini par se recentrer sur son marché domestique.  

Famar issue du groupe Rhône Poulenc est, elle, passée de mains en mains, avant d’être détenue par le fond américain KKR, qui a ensuite vendu les actifs à la découpe.

Alors on ne dit pas que la nationalisation est forcément la solution, en l’espèce. Mais à tout le moins, l’Etat doit se doter d’une stratégie, qui va au-delà des dispositifs existants, pour éviter de devoir gérer ce type de situations. 

Il y a le décret Montebourg de 2014, qui empêche des actifs stratégiques de partir dans des mains étrangères (la santé fait d'ailleurs partie des domaines listés dans ce cadre). Mais force est de constater que ce n’est pas suffisant _(Eurazéo par exemple est une société française)._

Et pour l'avenir, on a envie de prendre au mot Emmanuel Macron, qui disait le 12 mars dernier : "il y a des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché ".

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