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File d'attente devant un bureau de poste à Strasbourg le 17 mars 2020

Covid-19 : la Poste confrontée à ses missions de service public

4 min

Après avoir restreint ses jours de distribution du courrier, pour cause de confinement, la Poste est contrainte de rectifier le tir, suite à la mobilisation du secteur de la presse. Mais le groupe public a un autre sujet de préoccupation : le versement des prestations sociales.

File d'attente devant un bureau de poste à Strasbourg le 17 mars 2020
File d'attente devant un bureau de poste à Strasbourg le 17 mars 2020 Crédits : Frederic Florin - AFP

La Poste a dû réagir, après avoir été au cœur d’une polémique cette semaine. En cause, l’accès, plus limité, aux bureaux de poste, en cette période de confinement, et la distribution, plus restreinte, du courrier et de la presse. Mais c'est bien la distribution de la presse qui a mis le feu aux poudres. 

Le secteur de la presse met la pression sur la Poste 

Vous avez peut-être vu dans vos quotidiens il y a quelques jours cette pleine page signée par l’Alliance de la presse d’information générale, qui représente trois cents journaux, intitulée "la Poste nous abandonne !" . Une réaction à  la décision prise par le groupe public de n’assurer que trois jours de distribution de courrier (mercredi, jeudi et vendredi). La Poste s'adaptait ainsi à un effectif réduit, du fait de personnel malade du Covid-19, en confinement, ou gardant ses enfants. Elle répondait aussi aux interpellations des syndicats, qui alertaient sur l’exposition des postiers au risque. 

Mais le secteur de la presse, déjà en difficultés, s’est donc mobilisé, affirmant que les lecteurs étaient pris en otage. Le PDG du groupe la Dépêche, Jean-Michel Baylet, également président de l’Alliance de la presse a même annoncé son intention de saisir la justice !

Les patrons de presse ont été accusés par des syndicats ou de simples citoyens de faire peu de cas de la santé des personnels de la Poste. Reste que le lobbying a payé. Le PDG de l’entreprise publique, Philippe Wahl, a reconnu une "erreur" et s’est engagé à distribuer les quotidiens une journée de plus, dès la semaine prochaine, pour atteindre 5 jours la semaine d’après. 

Philippe Wahl, sous pression de sa tutelle : il avait reçu, la veille, un coup de fil d’Emmanuel Macron, lui demandant des comptes. Tant sur ce sujet, que sur celui de la fermeture provisoire de milliers de bureaux de poste, alors que les minima sociaux vont être versées en fin de semaine.  

Versement des minima sociaux : sujet à hauts risques 

Ce sujet des minima sociaux donne des sueurs froides à la Poste en ce moment, bien plus que celui de la distribution de la presse. Les minima sociaux (RSA, APL, allocations familiales ...) sont versés ce samedi, avec deux jours d’avance -décision du gouvernement-, et plus de la moitié des bénéficiaires sont clients de La Banque Postale. 

Pour éviter l’affluence, le groupe a décidé de fermer les bureaux de Poste ce jour là. Des SMS vont être envoyés aux intéressés pour les prévenir, et les inciter à se diriger dès ce week-end vers les distributeurs de billets. Le problème c’est qu’un million et demi de clients de la Poste n’ont pas de carte bleue et retirent leurs allocations au guichet. Or depuis le confinement, seulement 1 600 bureaux de poste sont ouverts sur un total de 7 700.  

Et même si la Poste a, en dernière minute, décidé de mobiliser 650 points d'accueil supplémentaires, dont 400 en zone rurale, on peut craindre des embouteillages dès lundi, et des mécontentements.  "On s’attend à une violence extrême" craint même Marie Vairon, secrétaire fédérale de SUD-PTT. En plus des vigiles mobilisés par l’entreprise, policiers et gendarmes seront d’ailleurs positionnés pour éviter les débordements. 

Un sujet surveillé de près par l’exécutif. Dans un communiqué publié tard hier soir, le premier ministre assure que 5 000 bureaux de poste seront ouverts d’ici la fin du mois

3 000 salariés supplémentaires 

Ces aménagements nécessitent des moyens humains supplémentaires. La Poste y répond en recrutant des CDD, des intérimaires. Le groupe public redéploie aussi les salariés de sa filiale de distribution de publicités, dont l’activité est quasiment à l’arrêt. Un appel au volontariat est également lancé en interne.

Tous les collaborateurs du groupe, sauf bien sûr ceux qui sont à risque, peuvent postuler sur une plate-forme dédiée. Des cadres en télétravail vont ainsi se mobiliser la semaine prochaine pour aider à gérer les flux de clients, lors du versement des prestations sociales. Au total, en incluant l’élargissement de la distribution de courrier, ce sont 3 000 personnes supplémentaires qui seront mobilisées à partir de lundi prochain. Un chiffre amené à grimper, puisque ces prévisions ont été faites avant les annonces d’Edouard Philippe, et donc ne tiennent pas compte de la réouverture d’ici la fin du mois de plus de 3 000 bureaux de poste supplémentaires.  

Les conditions de sécurité seront-elles suffisantes ?  Des protections en plexiglas ont commencé à être installées au guichet et tous les bureaux seront équipés lundi, assure la direction. Pour les facteurs, il manque encore des masques, estime le syndicat SUD PTT, qui déplore qu'aucune formation ne soit dispensée pour le port de ces masques. SUD qui a intenté une action en référé contre la Poste pour l'obliger à "évaluer les risques professionnels liés à l'épidémie de Covid-19" et "recenser les cas de contamination".  

Cette crise met en lumière les missions de service public de la Poste : l'accessibilité bancaire et, bien sûr, le service universel postal (qui, en temps normal, suppose une distribution du courrier 6 jours sur 7). Un coup de projecteur bienvenu, pour une entreprise qui s’est réorientée depuis plusieurs années vers d’autres services, pour faire face à la baisse continue du courrier. 

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