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Antoine Bello, écrivain dans le studio de France Culture après son billet

Combien vaut ma vie ? par Antoine Bello

3 min

Les matins des écrivains |Pour les Matins des écrivains, Antoine Bello nous parle de l'Epipen, un médicament qui peut sauver la vie dans les situations d'urgence. Le laboratoire Mylan en augmente régulièrement le prix, ce qui fait bondir son action, sans pour autant faire hurler tous ceux qui l'utilisent.

Antoine Bello, écrivain dans le studio de France Culture après son billet
Antoine Bello, écrivain dans le studio de France Culture après son billet Crédits : M.Viennot

Dans le cadre des Matins des écrivains, le Billet économique du jour est signé par Antoine Bello, dont le livre Ada (Gallimard) vient de sortir. Retrouvez Marie Viennot dès lundi.

J’aimerais vous parler aujourd’hui de l’EpiPen, un médicament commercialisé aux Etats-Unis par la société Mylan.

L’EpiPen est une dose massive d’adrénaline que l’on s’injecte dans la cuisse en cas de réaction allergique aigue ou de piqûre d’insecte afin d’empêcher un choc anaphylactique, pouvant dans certains cas extrêmes, entraîner la mort. Pour les cinéphiles, c’est l’équivalent de la piqûre d’adrénaline que fait John Travolta à Uma Thurman dans Pulp Fiction quand elle overdose.

Les ventes d’EpiPen croissent régulièrement, à la fois parce que les personnes allergiques ont pris l’habitude d’avoir toujours une seringue sur eux mais aussi parce que le fabricant Mylan en augmente régulièrement le prix. Entre 2007 et 2015, le prix d’une boite de deux EpiPen jetables est passé de $100 à 300$. En mai dernier, Mylan a à nouveau doublé le prix, qui atteint maintenant 600$ la boite.

De 100 à 600 $ la boite en 8 ans

Comme on pouvait s’y attendre, cette hausse brutale a suscité de nombreuses réactions.

Les première sont venues de Wall Street, où les analystes ont révisé leurs projections financières à la hausse. Ils tablent désormais sur une hausse des profits de Mylan de 17 % l’année prochaine.

Moins enthousiastes, les associations de malades ont dénoncé le cynisme apparemment sans limites des laboratoires. Des parents d’enfants allergiques préviennent qu’ils ne pourront pas remplacer leurs EpiPen quand ceux-ci atteindront leur date de péremption.

Les politiques, eux, n’ont évidemment pas raté l’occasion de taper sur les méchants labos. Hillary Clinton a fustigé une « hausse scandaleuse » et a appelé Mylan à revenir sur sa décision. De leur côté, les conseillers de Donald Trump n’ont pas réussi à lui expliquer ce qu’est l’adrénaline.

Devant ce tollé quasi-général, Heather Bresch, la présidente de Mylan, a annoncé deux mesures. D’abord la société distribuera des coupons de réduction aux patients les plus démunis, afin que le médicament ne leur coûte pas plus cher qu’aujourd’hui. Ensuite, Mylan mettra prochainement sur le marché une version générique de l’EpiPen, version qui coûtera, comme par hasard, $300 la boite, soit le prix avant la dernière hausse.

Jusqu’ici, rien de très étonnant. Chacun est dans son rôle.

Ce qui est intéressant, c’est qu’on a aussi vu des utilisateurs de l’EpiPen monter au créneau. Dans une récente tribune du New York Times, une jeune femme de 24 ans raconte les douze circonstances dans lesquelles, de son propre aveu, « l’EpiPen lui a sauvé la vie ».

Ce n’est pas la première fois que le public s’offusque de la hausse du prix d’un traitement. Mais l’EpiPen n’est pas un médicament comme les autres. Ses utilisateurs ne considèrent pas son prix, mais celui de leur propre vie. Et à ce compte-là, $300 ou $600, ça reste une aubaine.

Seule la concurrence et l’apparition de nouveaux génériques pourront faire baisser à terme le prix de l’EpiPen. En attendant, espérons que la présidente de Mylan ne nous écoute pas ce matin : elle serait fichue de doubler à nouveau ses prix.

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