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Manifestation devant la maison blanche en sept 2016 pour l'arrêt d'un projet de pipeline dans le Dakota

Cop 22 et budget carbone : l'austérité vite!

3 min
À retrouver dans l'émission

Pour respecter la limite de réchauffement climatique visé par la COP 21 et l'accord de Paris, il faut limiter nos émissions de carbone. D'où l'idée d'un budget carbone à ne pas dépasser d'ici 2050 : 565 gigatonnes pour 2 degrés, 400 pour 1.5 degrés. Au rythme actuel, il sera largement dépassé.

Manifestation devant la maison blanche en sept 2016 pour l'arrêt d'un projet de pipeline dans le Dakota
Manifestation devant la maison blanche en sept 2016 pour l'arrêt d'un projet de pipeline dans le Dakota Crédits : Jacquelyn Martin - Sipa

Notre budget carbone : c'est la quantité de carbone maximal que l'on peut émettre d'ici 2050 si on ne veut pas dépasser la limite de 2 degrés. Ce budget carbone est de 565 gigatonnes de CO2 émis, pour cette limite à deux degrés, et de 400 gigatonnes, si on veut être plus proche des 1.5 degrés, ce qui serait mieux, car comme le rappellent régulièrement les pays les plus menacés par le réchauffement climatique, à deux degrés, c'est déjà la catastrophe pour eux.

Gardons le chiffre de 400 gigatonnes, c'est à dire 400 milliards de tonnes de CO2 émises. Si on divise par le nombre d'années qui nous restent d'ici 2050, cela fait par année, un budget carbone maximal de 12 milliards de tonnes.

Or aujourd'hui on est bien au dessus comme vous l'imaginez. Les émissions mondiales de CO2, rien que pour la combustion d’énergie dépassaient les 30 milliards de tonnes, presque trois fois plus en 2012.

Pour vous donner une idée, de la vitesse à laquelle nous consommons notre budget carbone, 180 millions de tonnes de CO2 auront été libéré dans l'atmosphère pendant ce billet.

L'austérité s'impose sans s'imposer...

C'est le but de l'accord de Paris : que chaque pays s'engage à limiter ses émissions mais pour le moment, on est encore loin très loin de l'austérité.

Au contraire. Selon Carbon Tracker, une ONG qui traque notamment les projets d'extraction d'énergies fossiles, de construction de pipe line, et de centrales à charbon, ces projets se comptent par centaine, encore aujourd'hui.

Or, pour ne pas exploser notre budget carbone, il ne faut tout simplement pas mener ces projets.

C'est le think tank Oil Change International qui l'affirme dans un rapport publié cet automne. Le rapport s'intitule, "The sky's limit", que l'on peut traduire par les limites du ciel, limite qui aurait donc déjà été atteinte, si on tient compte de tous ces projets fossiles notamment aux Etats-Unis au Canada, en Australie, en Inde, au Qatar en Iran etc...

C'est une nouveauté disent les ONG comme Attac ou 350.org qui militent pour le désinvestissement dans les énergies fossiles. Jusqu'à maintenant, elles pensaient qu'il fallait laisser les énergies fossiles dans le sol pour ne pas dépasser les 2 degrés et donc qu'il ne fallait pas de nouveau projets. Depuis ce rapport, on sait qu'il suffit de laisser les projets en cours aller à leur terme pour dépasser cette limite.

Axe d'action : la finance

Le rapport "Les limites du ciel" chiffre à 14 000 milliards de dollars, les montants investis dans ces projets. Elle parle d'ailleurs assez joliment d'une "dose létale de capital". Plutôt que de se tourner vers les Etats, de plus en plus d'ONGs font pression sur les banques et les investisseurs, c'est à dire ceux qui fournissent cette dose létale.

Pour un éclairage sur les campagnes pour le désinvestissement, je vous recommande ce choix de la rédaction que j'avais produit au moment de la COP 21. La finance, dernier espoir pour le climat?

C'est un combat qui avance, et progresse. Depuis la COP 21, des banques se sont engagées à ne plus financer des projets qui seraient mauvais pour notre budget carbone, les centrales à charbon notamment.

Il y en a une dizaine à ce jour, c'est pas énorme mais ce sont de grosses banques quand même: Deutshe Bank, Jp Morgan Chase, Commerzbank etc... Il y a aussi des fonds d'investissement qui se retirent des énergies fossiles. Le problème, c'est que ces engagements ne sont pas contraignants, et qu'il n'y a que des ONGs pour vérifier qu'ils sont respectés. Ce que font notamment BankTrack et les Amis de la Terre, ce qui les a d'ailleurs conduits à critiquer récemment la BNP Paribas. Voir ici aussi, leur point plus complet fait l'an dernier: Banques françaises, quand le vert vire au noir.

Gare donc aux coups de com et au greenwashing.

L'autre problème, c'est que tout cela est très long alors qu'il y a urgence. Or plus on consomme notre budget carbone, plus il faudra le réduire demain, c'est logique.

Plus le temps passe, et plus les solutions progressives s'éloignent. Soit le réajustement sera brutal, soit, la catastrophe climatique aura lieu.

Marie Viennot

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