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L'Etat Français ne prévoit pas d'aide sectorielle à ce stade de la crise mais le ministre des Finances a confirmé qu'Air France-KLM bénéficierait d'un soutien massif de l'Etat Français (l'un de ses actionnaires)

Coronavirus : quel secteur peut espérer un "plan Mashall" ?

4 min

La France est officiellement entrée en récession selon les estimations de la Banque de France. Mais pour le moment, le gouvernement ne prévoit pas d'aide sectorielle. Pour le ministre des finances, le logiciel économique du XXIème siècle prend déjà en compte la "croissance durable".

L'Etat Français ne prévoit pas d'aide sectorielle à ce stade de la crise mais le ministre des Finances a confirmé qu'Air France-KLM bénéficierait d'un soutien massif de l'Etat Français (l'un de ses actionnaires)
L'Etat Français ne prévoit pas d'aide sectorielle à ce stade de la crise mais le ministre des Finances a confirmé qu'Air France-KLM bénéficierait d'un soutien massif de l'Etat Français (l'un de ses actionnaires) Crédits : Thomas SAMSON - AFP

La Banque de France a publié le 8 avril son estimation de la croissance ou plutôt de la décroissance de l’activité économique depuis le 1er janvier. 6% de baisse au premier trimestre 2020, on est bien au delà des estimations faites précédemment, et bien au-delà de la crise financière de 2008. 

A l’époque, le PIB avait chuté de 2,9% sur l’année, là, on serait donc à 6% de moins en un trimestre. Le gouvernement a lui prévu 1% de baisse sur l’année dans son Projet de Loi Finance Rectificative, l'estimation de la Banque de France va donc bien au delà. C’est la douche froide,  mais ce n'est pas une surprise. 

Le Ministre des Finances Bruno Le Maire a toujours dit que toutes les estimations étaient provisoires, et son cabinet promet pour bientôt une communication avec Gérald Darmanin, le ministre des comptes publics, sur une nouvelle estimation de croissance. Chaque point de PIB en moins, ce sont des rentrées fiscales en moins, voilà pourquoi l'estimation du PIB pour l'année 2020 est si cruciale. 

A lire : Coronavirus : Le "Quoi qu'il en coûte" en 6 questions

Si on s’en tient à cette estimation Banque de France, ces 6% en moins suivent une baisse du Produit intérieur brut déjà constatée pour le dernier trimestre 2019 : c’est donc maintenant officiel, la France est entrée en récession, et de façon très brutale. Les richesses produites par notre pays, la consommation, l’activité, les stocks, sont en chute libre. 

Dans les deux dernières semaines de mars, les deux semaines de confinement, l’économie française a tourné aux deux tiers de son régime habituel. François Villeroy de Galhau, le président de la banque de France.

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La production est en baisse dans tous les secteurs, pas un n’est en croissance selon les données collectées par la Banque de France sur un échantillon de 8500 entreprises. 

Si on prend les services, c’est dans l’hôtellerie et la restauration que la perte d’activité est la plus forte. A l’inverse pour l’édition, l’informatique et l’information cela va moins mal. 

Cet indicateur recueille l'opinion des entreprises sur une échelle allant de  200 à -200. Il n'y a au premier trimestre aucune perception positive
Cet indicateur recueille l'opinion des entreprises sur une échelle allant de 200 à -200. Il n'y a au premier trimestre aucune perception positive Crédits : Banque de France

Dans l’industrie, l’automobile utilise 40% de sa capacité de production, la métallurgie est à 46%, le textile 49%. A l’inverse, la pharmacie est à 79% et l’agroalimentaire 71%. 

Crédits : Banque de France

L’effet sur le PIB dépend pour chaque secteur de son poids dans l’économie, et quand on allie ces deux critères, c’est comme de coutume le secteur de la construction qui pèse le plus à la baisse dans la baisse de l’activité. 

Pas (encore) d'aide sectorielle en France 

Dans ce contexte, de nombreux secteurs réclament des aides spécifiques, au-delà de ce que l’Etat a déjà mis en œuvre pour toutes les entreprises. 

Plan Marshall, c’est le terme qui revient dans de nombreuses demandes. Avant hier les armateurs tricolores qui regroupent les porte containers, mais aussi les bateaux de croisière ou ceux qui posent des câbles sous marins en appellent au gouvernement pour  "sauver le marin tricolore" et les 26 000 emplois direct qu'il représente

Le président de l'Union des aéroports français prévoit dans les Echos des pertes abyssales pour le secteur aérien, et suggère au gouvernement de réduire la fiscalité sur le transport aérien, notamment l’éco contribution, pour le jour où les vols seront de nouveau assurés. 

Le secteur du tourisme, qui représente 2 millions de salariés demande lui depuis un mois déjà d’être considéré comme prioritaire en matière d’aide et d’accompagnement. 

Pour le moment, le gouvernement français n’a pas d’approche sectorielle de son aide. Toutes les entreprises sont aidées de la même façon. Chômage partiel si besoin, report du paiement des impôts et des cotisations sociales, en mars et en avril, appel au fonds de solidarité, possibilité de faire des prêts auprès des banques avec la garantie de l’Etat (c’est-à-dire que si l’entreprise ne peut pas rembourser au final, c’est l’Etat qui le fera dans la limite pour le moment de 300 milliards d’euros). 

Les entreprises exportatrices et les start-ups bénéficient de mesures spécifiques, mais elles ne sont pas réservées à un secteur plutôt qu’un autre. 

Contrairement au plan américain le Cares Act qui prévoit un budget de 32 milliards de dollars pour payer les salaires des employés du transport aérien et des aéroports, le soutien du gouvernement français n’encourage pas telle ou telle filière.  

A lire / écouter : Coronavirus : où vont les milliers de milliards de dollars du plan américain ? 

Au plus fort de la chute du CAC 40 (qui a cessé depuis), Bruno Le Maire avait évoqué de potentielles nationalisations, "quoi qu’il en coûte", mais il a redit récemment que si nationalisations il devait y avoir, elles seraient de toutes façons provisoires.

A lire : Covid-19 : le gouvernement prêt à nationaliser des entreprises en difficulté : un changement de doctrine ? 

En revanche, DES entreprises pourraient recevoir directement le soutien de l’Etat. Le ministre des finances Bruno Le Maire a transmis la semaine dernière au Président de la République une liste de 20 entreprises stratégiques (ici ITV de Bruno Le Maire dans le JDD) qui pourraient mériter une aide plus particulière mais la liste n’est pas publique... pour répondait-il à une question à ce sujet lors d'une conférence de presse "ne pas fragiliser encore plus ces entreprises en donnant leur nom".  

Exception faite cependant d’Air France KLM, pour qui, cela a été encore dit le 8 avril par le ministre sur France 2, il y aura un soutien franc et massif de l’état sans plus de précision.

"Passer à une économie de la sagesse"

La difficulté d’une approche sectorielle, c’est qu’elle oblige à faire des choix et donc à définir des critères.

Quels secteurs méritent que la puissance publique mette la main à la poche ? Est-ce un secteur qui fournit beaucoup d’emplois ? Dans lequel l’Etat a des participations, comme Air France ou Renault ? Ou qui aura été particulièrement affecté par cette crise ? 

Si on aide l’aéronautique, au nom des emplois, est-ce bien cohérent avec la volonté affichée de réduire nos émissions de gaz à effet de serre ? Cette crise n’est-elle pas l’occasion de revoir ce qui est essentiel, stratégique, ce qu’il faut relocaliser, ce qu’il faut peut-être considérer comme des activités du passé ? 

Toutes ces questions ne sont pas sur la table encore… le seront-elles un jour ? 

Pour le moment Bruno Le Maire est occupé à convaincre les autres pays d’Europe pour que ce plan de relance, d’investissement, Marshall pourquoi pas, soit commun, mais les domaines qu’il nomme ne sont pas neufs : l’intelligence artificielle, les batteries, la 5G. Et quand il cite des secteurs pour la France, il parle de l’automobile, le tourisme et l’aéronautique. 

Questionné par le Journal du Dimanche (ici), sur un éventuel changement de logiciel économique après cette crise, Bruno le Maire répond : "La croissance durable et le respect de l’environnement font déjà partie de l’économie du XXI ème siècle" autrement dit on est déjà dans les bons rails… mais il conclut ; "Il faut passer à une économie de la sagesse". Façon d’ouvrir une porte, mais sur quoi ? Je vous laisse sur cette énigme... et une piste... 

Peut être fait-il référence aux "Buddhist économics", une discipline développée aux Etats Unis, encore méconnue de la plupart des économistes, et sur laquelle j'avais fait une chronique toujours valable, les principes bouddhistes n'ayant pas changé depuis ! Le billet est à lire ici. 

Marie Viennot

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