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Des Brésiliens observent la coulée de boue qui a englouti leur village

Coulée de boue toxique au Brésil, la justice trop ambitieuse?

3 min
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La justice brésilienne réclame 38 milliards d'euros de réparation pour les dommages causés par la rupture d'un barrage minier qui a tué en novembre 19 personnes, et causé la plus grande catastrophe environnementale du Brésil. Jamais ce montant ne sera remboursé. Contre productif?

Des Brésiliens observent la coulée de boue qui a englouti leur village
Des Brésiliens observent la coulée de boue qui a englouti leur village Crédits : Ricardo Moraes - Reuters

Le 5 novembre 2015, le village de Bento Rodigues a diparu enseveli dans une mare de boue toxique. Vous vous souvenez sans doute de ces images terribles où l'on voit une longue et épaisse coulée marron se répandre et absorber littéralement tout le vert qui se trouve sur son passage.

Ce qu'il reste de l'école de Beto Rodigues
Ce qu'il reste de l'école de Beto Rodigues Crédits : Reuters

Une sorte de tsunami à l'envers, qui est allé de ce petit village situé à 500 kilomêtres au nord de Rio jusqu'à l'Océan Atlantique. Ici une vision satellite avant et après.

Le Brésil est comme un continent, les chiffres sont toujours impressionnants mais imaginez, à l'échelle de la France, une coulée de boue de 650 kilomêtres partirait de Belfort, engloutirait Troyes, Paris, puis irait se jeter dans la Manche au Havre.

La coulée de boue rencontre l'océan le 23 novembre 2015
La coulée de boue rencontre l'océan le 23 novembre 2015 Crédits : Reuters

Bien sûr les dommages environnementaux sont considérables, culturels aussi, une église du 17ème siècle a été enseveli. 19 personnes sont mortes, 280 000 personnes ont été privées d'eau pendant plusieurs jours, et aujourd'hui encore il y a plus de 700 sans abri.

Le point de départ de cette catastrophe, c'est la rupture d'un barrage de déchets miniers. La mine appartient à une compagnie minière brésilienne SAMARCO, elle même détenue par un groupe brésilien d'une part, Vale, et un groupe anglo-australien d'autre part, BHP-Billinton.

Le 3 mai la justice brésilienne leur a réclamé 155 milliards de réails en réparation des dommages causés, 38 milliards d'euros, c'est un record pour ce pays.

Une amende contre productive?

Depuis que les juges brésiliens ont acquis une indépendance du pouvoir, c'était en 1988, ils ont pris l'habitude de demander beaucoup, mais au final ils obtiennent peu. Je précise au passage, qu'ils ont aussi demandé des dédommagements au gouvernement fédéral et aux Etats Régionaux du Minas Gerais et de l'Espiritu Santu pour leur négligence dans le contrôle du barrage.

En 2011, il y a eu une marée noire au large de Rio, la justice brésilienne a demandé 11 milliards de dollars de réparation, et n'en a obtenu que 42 million. 260 fois moins.

Cette fois, les procureurs se sont fondés sur les réparations exigées par la justice américaine à BP dans la catastrophe de Deepwater, en considérant qu'il n'y avait pas de raison que la valeur humaine culturelle et environnementale du Brésil soit inférieure à celle d'autres pays.

"Il ne semble pas crédible, ni techniquement, ni moralement, que la valeur humaine, culturelle et environnementale du Brésil soit inférieure à celle d'autres pays", selon la décision du ministère public.

Le problème, c'est que cette nouvelle amende n'est pas la première. En tout, il y en a déjà 6 en cours, notamment de l'Etat Fédéral, de l'Institut Brésilien de l'Environnement. Or le secteur minier est en pleine déconfiture. Contrairement à BP qui pourra payer ses 17 milliards d'amende avec ses bénéfices, l'entreprise brésilienne SAMARCO ferait faillite si elle payait l'intégralité de ces amendes.

Elle ne pourrait plus alors participer aux opérations de nettoyage, devrait fermer définitivement la mine, et ce serait une catastrophe de plus pour la région de Mariana où la catastrophe a eu lieu.

La plupart des 3000 employés de la mine sont au chômage technique depuis 6 mois, le chiffre d'affaire des commerces autour s'est effondré de 60%, et dernièrement, ils ont défilé, à plusieurs centaine la réouverture de la mine, avec des slogans du type: "Justicia Sim, desemprego Nao". La justice oui, le chômage non.

Les juges considèrent eux, que c'est aux entreprises qui ont créée SAMARCO de payer, la brésilienne Vale donc, et l'anglo-autralienne BHP Billiton, les maisons mères, qui elles pourraient avoir les reins assez solides pour payer.

Pour la Brésilienne, c'est très incertain. L'amende demandée hier est supérieure à sa capitalisation boursière. La compagnie anglo-australienne, elle, a distribué des dividendes à ses actionnaires, en dépit de ses pertes.

Réagissant à la demande de la justice brésilienne, BHP-Billinton s'est voulue rassurante hier en affirmant qu'elle s'engageait à aider sa filiale à réparer les dommages. Mais dans ce communiqué, elle fait référence à l'arrangement trouvé avec le gouvernement Fédéral en mars. Or ce plan de réparation porte sur 6.1 milliards dollars, bien en deçà de la demande des juges.

Peu de temps après la catastrophe, BHP Billinton avait déclaré au Wall Street Journal que sa filliale SAMARCO, en tant qu'entité indépendante était "seule entièrement responsable" de ses activités sur la mine. 

The operator of the joint venture, and as a separate corporate entity, is responsible for the entirety of its operations.

Le combat judiciaire promet d'être long... 6-8-10 ans selon les experts.

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