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Affiches d'Emmanuel Macron et Marine Le Pen

Débat présidentielle : Euro et libre-échange toujours dans le flou

3 min
À retrouver dans l'émission

Le débat entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron n'a pas permis d'éclaircir ces deux sujets majeurs qui les opposent totalement sur leur vision de l'avenir de la France. En revanche, jamais les questions monétaires n'avaient été si longtemps évoquées lors de cette campagne (et les autres...).

Affiches d'Emmanuel Macron et Marine Le Pen
Affiches d'Emmanuel Macron et Marine Le Pen Crédits : Eric Gaillard - Reuters

C'est arrivé en deuxième partie de débat, bien après les questions économiques qui ont été évoquée au tout début.

Déjà on peut regretter que cette discussion n'ai pas eu lieu juste après, car la vision de l'Europe que portent les deux candidats a des conséquences directes sur leur programme économique.

Quand elle ne parlait pas encore "d'Alliance européenne des nations souveraines", comme elle l'a fait hier, Marine Le Pen disait que sans sortir de l'euro 70% de son programme ne pouvait pas être mis en œuvre....

Même chose pour Emmanuel Macron dont le projet économique est lui aussi lié à la continuité de la logique européenne, sur la monnaie, et sur le libre échange..

Dommage qu'il y ait eu tant d'écart temporel entre les deux discussions. Vous pouvez la voir en totalité. C'est à 2h de la vidéo ci dessous. Cela dure 8 minutes environ.

Enfin on parle de la monnaie!

Les revirements récents de la candidate du Front National justifiait que le débat s'oriente à un moment sur l'euro, mais je crains que l'échange, bien que long pour des questions monétaires à une heure de grande écoute, n'ait été l'un des moment les plus obscurs du débat.

Marine Le Pen a fait référence au système qui était en place avant l'euro en 2002, le serpent monétaire européen, l'écu... mais au bout de quelques échanges, elle a remplacé ECU par EURO dans son discours, alors que l'ECU n'était pas une monnaie, mais une unité de compte qui ne s'échangeait pas sur les marchés internationaux.

A la question de savoir, comment se ferait la conversion entre le franc et l'écu, le franc et les autres monnaies, (la question que je posais dans le billet économique d'hier), toujours pas de réponse. Le candidat d'En Marche lui a demandé en quelle monnaie serait libellée notre dette, qui elle s'échange sur les marchés internationaux, francs ou écu? Pas de réponse non plus.

Marine Le Pen a beaucoup associé l'euro à la montée du chômage, à la souffrance même, mais le retour au franc créerait-il des emplois? Rendrait-il la France plus compétitive? C'est un postulat majeur dans son programme économique, mais elle n'a pas su en faire la démonstration.

Le franc, bon pour la compétitivité ou pas?

C'est vrai que les pays qui sont dans l'Euro ne peuvent plus dévaluer leur monnaie pour gagner en compétitivité entre eux. Du coup, ils ont fait ce qu'on appelle des dévaluations internes, c'est à dire qu'ils ont joué sur la baisse du cout du travail.

Voir ici un précédent billet à ce sujet: Trop d'excédents (allemands) nuisent à la santé de l'économie (européenne)

Si on revient au franc, et que le franc baisse, on gagne théoriquement en compétitivité. Le problème, c'est que les produits made in France, ne sont pas 100% made in France.

Que ce soit l'énergie, les composants, certaines pièces détachées, il y a une part d'importation en eux. Le commerce mondial est constitué à 30% par ces produits intermédiaires, vendus par des entreprises à des entreprises pour produire leur produits.

Ce phénomène est très bien analysé par les chercheurs en économie: on parle d'éclatement mondial de la chaine de valeur, c'est LE phénomène de ces 10 dernières années. Si le franc baisse, et que les entreprises françaises doivent acheter ces composants et produits intermédiaires plus chers, cela compense le gain de compétitivité acquis par ailleurs.

Ensuite, la perte de valeur d'une monnaie n'est que relative. Le franc baissera par rapport au mark, mais il peut augmenter par rapport à la peseta espagnol ou la lire italienne. Dans ce cas, c'est une perte de compétitivité par rapport à ces pays.

Pas de détail sur l'Europe qui protège

Coté Emmanuel Macron, on reste aussi sur notre faim vis à vis de l'Europe... Marine Le Pen l'a accusé d'être pour tous les accords de libre échange comme le CETA ou le TAFTA. Le candidat d'En Marche n'a pas saisi cette perche pour décrire sa vision d'un commerce équitable et d'une Europe qui protège.

C'est vrai qu'il y a eu des mesures européennes antidumping sur l'acier chinois ou d'autre produits, mais ce processus prend 9 mois en Europe, deux mois aux états unis or dans ce laps de temps, la concurrence déloyale fait des dégâts irrémédiables.

Voir ici un précédent billet: Fin de la naïveté européenne sur le libre-échange?

On aurait aimé qu'Emmanuel Macron nous dise comment il ferait pour que l'Europe aille plus vite sur ces questions. Qu'il nous détaille ses plans pour faire de la zone euro une zone plus efficiente, mais il n'a même pas évoqué son idée d'union budgétaire ou de parlement de la zone euro.

Sur ces deux dossiers cruciaux, le débat de l'entre deux tours n'aura pas permis de comprendre ce que chaque projet, l'un dans la rupture, l'autre dans la continuité pourrait changer en mieux à l'avenir. Mais au moins au moins, ces questions n'ont pas été absentes totalement, c'est déjà ça.

Marie Viennot

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