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En Espagne, le taux de chômage est monté jusqu'à 27%

Décryptage Loi Travail 1 : les comparaisons

3 min
À retrouver dans l'émission

Difficile de s'y retrouver dans les débats pour et contre cette loi travail. Premier d'une série de billets dans lesquels je tente de me faire une opinion en prenant les arguments un par un. Ce matin, comparaison n'est pas raison.

En Espagne, le taux de chômage est monté jusqu'à 27%
En Espagne, le taux de chômage est monté jusqu'à 27% Crédits : Andrea Comas - Reuters

C'est un argument qui revient très souvent, le plus récurrent je pense. Flexibiliser le marché du travail peut créer des emplois, la preuve, nos voisins l'ont fait, et leur taux de chômage a baissé.

L'exemple qui revient souvent c'est l'Espagne. En 2012, le chef du gouvernement d'alors, Mariano Rajoy, du parti populaire a réformé le marché du travail en le flexibilisant. Les indemnités de licenciement ont été réduites, les licenciements collectifs rendus possibles, même sans problèmes économiques, et un nouveau CDI a été créée pour les PME et les moins de 30 ans qui permet de licensier sans motif pendant un an.

Trois ans plus tard, l'économie espagnole a vu le nombre de chômeurs reculer, et elle a de nouveau créé plusieurs centaines de milliers d'emplois alors qu'elle ne faisait qu'en détruire depuis la crise. Voilà la preuve que réformer fonctionne assènent les partisans de la Loi travail ou les journalistes qui cherchent à houspiller ses opposants.

L'Espagne, mauvais exemple

Pour au moins trois raisons.

  1. le taux de chômage avait atteint 27% en 2013 en Espagne quand cette loi a été mise en place? Pouvait-il encore monter? Un rapport de l'Organisation Internationale du Travail parle d'un "effet de récupération" plus que d'un miracle espagnol.
  2. les chiffres du chômage sont partout sujet à caution. Radiation, fausse formation, on connaît les stratagèmes. Le taux de chômage dépend en plus d'autres facteurs, la natalité, elle est désastreuse en Espagne, et le nombre d'actifs. Or dans ce pays, comme en Grèce ou au Portugal, il y a une forte émigration depuis la crise.
  3. ces chiffres ne disent rien de la qualité des emplois qui ont été créées. Or pour les deux tiers ce sont des contrats précaires et c'est justement ce problème que la loi travail nous dit aussi vouloir régler.

L'Italie? La Grande Bretagne, l'Allemagne?

On peut rétorquer que l'Espagne n'est peut être pas le bon exemple et que pour d'autres pays européens, la comparaison serait valable, mais si on est rigoureux des facteurs exogènes interviennent toujours dans les comparaisons internationales mais surtout une corrélation n'implique un lien de causalité.

Autrement dit associer deux données ne fait pas de l'une la conséquence de l'autre. On peut avoir une forte protection de l'emploi, et un fort taux de chômage, qu'est-ce qui nous prouve que le chômage est la conséquence de la protection? Sinon, on peut dire beaucoup de choses, on l'a déjà entendu: hausse du chômage d'un côté, hausse du nombre des immigrés de l'autre, tiens, c'est la faute des immigrés. Un anti européen pourrait dire: plus de chômeurs en France, plus de pays dans l'UE, c'est la faute de l'élargissement. Ou encore, augmentation du montant des parachutes dorées, hausse du chômage, c'est la faute des PDGs. C'est sans fin et c'est un terrain glissant.

Cette réserve, je ne suis pas la seule à la faire. Dans un rapport qu'ils avaient rendu en 2003 sur la protection de l'emploi, Jean Tirole et Olivier Blanchard l'écrivait aussi. Ce fût d'ailleurs le thème d'un précédent billet intitulé: "Le code du travail est-il l'ami du chômage?".

L'évidence n'est pas aussi convaincante qu'elle ne le paraît. Tout d'abord certains faits ne "collent" pas avec le tableau d'ensemble. Ensuite une corrélation n'implique évidemment pas un rapport de causalité.

Tout deux ont pourtant signé, avec d'autres économistes, une pétition pour la loi travail parue dans le journal le Monde, et intitulée :  « Le projet de loi El Khomri représente une avancée pour les plus fragiles».  J'ai opposé leur raisonnement et leur rapport à Pierre Cahuc, économiste du travail, lui aussi signataire de cette pétition, qui était l'invité des matins lundi, (ici le lien vers l'émission), il m'a expliqué que la recherche en économie du travail avait beaucoup évolué depuis 10 ans. Aujourd'hui, on ne fait plus des comparaisons internationales mais des recherches empiriques. Il m'a envoyé celles qui l'ont lui convaincues. Je les analyserai dans le billet de lundi.

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