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Affiche de campagne de 2012. François Hollande promettait de ramener les comptes publics à l'équilibre en 2017. L'écart est de 70 milliards d'euros.

Déficit 0 : une promesse non tenue

3 min
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François Hollande avait promis de remettre les comptes publiques à l'équilibre en 2017. On en est loin. Le déficit de l'Etat sera proche de 70 milliards d'euros. De même le plan d'économie de 50 milliards sur 3 ans n'a pas été tenu. Il est même impossible de savoir quelles dépenses ont été réduites.

Affiche de campagne de 2012. François Hollande promettait de ramener les comptes publics à l'équilibre en 2017. L'écart est de 70 milliards d'euros.
Affiche de campagne de 2012. François Hollande promettait de ramener les comptes publics à l'équilibre en 2017. L'écart est de 70 milliards d'euros. Crédits : JOEL SAGET - AFP

C'était l'engagement numéro 9, des 60 engagements pour la France de François Hollande.

"Le déficit public sera réduit à 3% du PIB en 2013. Je rétablirai l'équilibre budgétaire en fin de mandat".

On en est loin. L'équilibre des comptes entre dépenses et recettes publiques n'est pas encore de mise. Les chiffres pour 2016 décrivent un déficit de 70 milliards d'euros, et pour 2017, il est prévu à 69 milliards.

L'écart est donc "assez" important. A sa décharge, François Hollande n'est pas le seul à avoir échoué sur ce plan. Nicolas Sarkozy aussi avait promis l'équilibre des comptes en 2012 et il a laissé un déficit de 87 milliards d'euros.

Si on compare 87 milliards en 2012 à 69 milliards en 2017, il y a bien une réduction du déficit de 17 milliards sur le quinquennat.

En pourcentage du PIB, puisque c'est le chiffre que scrute la commission européenne, on était à 3.3% en 2016. Toujours pas en dessous de la barre fatidique des 3% (qui avait été promise pour 2013). D'après le Projet de Loi de Finance 2017, ce sera le cas cette année, mais c'est un engagement pour l'avenir, pas un chiffre réalisé.

Pourquoi cet échec?

Tout d'abord les prévisions de croissance n'ont pas été tenues. François Hollande tablait sur 2 à 2,5% de croissance sur son quinquennat, en fait on a été quasiment un point en dessous. Moins de croissance, c'est moins de recettes, alors que les dépenses, elles ne baissent pas forcément d'autant.

Cette surestimation des prévisions de croissance est un problème récurrent. Pour le régler, François Hollande a créée dès son arrivée à l’Élysée un Haut Conseil pour les Finances Publiques. Nommés par les présidents du Sénat, de l'Assemblée, de la Cour des comptes et du Conseil Économique Social et Environnemental, ces 10 experts et expertes donnent un avis sur les prévisions de croissance projetées par le gouvernement pour faire son budget. Intention louable, qui n'a pas eu d'effet. Les projections de croissance et de déficit sont restées trop optimistes.

L'autre raison, c'est que la réduction du déficit est essentiellement due à une augmentation de la fiscalité au début du quinquennat. Puis à partir de 2014, au contraire, les impôts sont réduits, notamment pour les entreprises. CICE, allègement de cotisations patronales, mesures fiscales pour la transition énergétique: il y a quasiment 35 milliards d’Impôts qui rentrent en moins à partir de 2014-2015. Dans ces conditions, difficile d'atteindre l'équilibre des comptes.

50 milliards d'économies sur trois ans disait Manuel Valls

En 2014, Manuel Valls lançait un plan de réduction des dépenses de 50 milliards sur trois ans. Cet engagement a-t-il été respecté?

Non. Selon une récente étude de l'Institut des Politiques Publiques, (voir le graphique page 6), les dépenses ont été réduites de 20 milliards d'euros sur le quinquennat. Cependant la moitié de cette baisse est liée à la baisse des taux d'intérêt et donc la baisse de la charge de la dette.

Cela peut paraitre fou, mais autant on peut retracer précisément les mesures prises sur les impôts et les taxes dans les documents budgétaires, autant il est impossible de faire la même chose pour les dépenses.

Les dépenses relèvent de différentes administrations publiques, donc vous en trouvez dans le projet de loi de finance, mais aussi dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale, et parfois, des dépenses ne sont nulles part note le rapport précité, qui donne l'exemple des dépenses des hôpitaux et des régimes spéciaux.

Il n'y a pas de tableau de bord des dépenses... et même si vous essayez de comparer les dépenses d'un ministère d'une année sur l'autre, c'est impossible car très souvent le périmètre de son action a changé, il y a eu un changement dans la façon de compter, où parfois un transfert de compétence à un autre ministère.

Je peux en parler je me suis déjà arrachée les cheveux, en essayant de calculer de combien les subventions aux associations avaient été réduites ces 10 dernières années. Cela pour un documentaire diffusé en 2014 mais toujours d'actualité: L'austérité en marche

Ce manque de lisibilité de la dépense publique est connu, documenté, notamment pour la protection sociale.

Il jette le discrédit sur les promesses que peuvent faire l'un ou l'autre candidats sur les réductions de dépense à venir.

  • Marine Le Pen promet de ramener le déficit à 1.3% en 2022 notamment grâce à la baisse des dépenses liées à l'immigration, mais aucun chiffre ne vient étayer ces propos, et de fait elles ne sont pas évaluables.
  • Emmanuel Macron a lui un objectif de déficit de 0.5% du PIB en 2022, grâce à un plan d'économie de 60 milliards d'euros, mais là aussi, pourra-t-on en juger dans 5 ans?

Tout chiffrer, cela peut être critiquable. Mais quand les chiffres sont devenus à ce point des guides de l'action politique, autant faire en sorte qu'ils soient justes. Sinon, on n'a quoi? Des fakes news, mais qui ont l'apparence de la réalité.

Marie Viennot

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