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La dette publique française était de 1177 Milliards d'euros en 2006, elle est en 2017 de 2160 Milliards.

Dette française : de cri d'alarme en cri d'alarme

3 min
À retrouver dans l'émission

En 2006, Michel Pébereau lançait un cri d'alarme sur la dette française. 11 ans plus tard, elle a doublé, et l'ancien patron de BNP Paribas lance une nouvelle alerte dans un rapport qui s'inquiète que la réduction des dépenses publiques ne soit pas au centre du débat de la présidentielle.

La dette publique française était de 1177 Milliards d'euros en 2006, elle est en 2017 de 2160 Milliards.
La dette publique française était de 1177 Milliards d'euros en 2006, elle est en 2017 de 2160 Milliards. Crédits : Thomas SAINT-CRICQ - AFP

Ce n'est pas le premier cri d'alarme que pousse Michel Pébereau. Aujourd'hui agé de 75 ans, cet ancien directeur de la BNP Paribas a avant son passage dans le privé en 1982, fait une longue carrière à Bercy, à la direction du Trésor, et il s'est fait une spécialité de sonner l'alerte sur la dépense publique en France.

Voir ici un portrait de Michel Pébereau que j'avais écrit en 2015 (à écouter)

En 2006, Michel Pebereau avait remis un rapport de 182 pages à l'ancien ministre des Finances Thierry Breton, intitulé "Rompre avec la facilité de la dette publique". La dette publique était alors de 1117 milliards d'euros, et elle était jugée très préoccupante.

11 ans plus tard, notre dette a doublé, et elle est toujours préoccupante, nous dit-il dans un rapport réalisé cette fois, non pas avec un mandat public, mais avec l'Institut de l'entreprise un cercle de réflexion financé par les grandes entreprises.

A la question: pourquoi sommes-nous si endettés, il apporte la même réponse qu'en 2006 : nous dépensons trop.

"Nous dépensons trop"...

Dans les années 60, la part des dépenses publiques dans le PIB était de 35%, elle est aujourd'hui de 57%, 8 point au dessus de la moyenne européenne.

Attention aux comparaisons trop rapides. En France, la sécurité sociale reste majoritairement publique, alors que chez nos voisins, Allemands notamment, elle comporte une part de privé obligatoire, ce qui réduit de fait le poids de la dépense publique. Voir à ce sujet, cette analyse intéressante et détaillée de Louis Maurin pour l'Observatoire des inégalités.

Mais le rapport publié hier fait justement le découpage entre les dépenses de fonctionnement, les subventions et les dépenses d'intervention (c'est à dire les prestations sociales).

Par rapport à notre principal partenaire, l’Allemagne, l’écart est particulièrement marqué pour les dépenses de fonctionnement (7,0 points de PIB) et dans une moindre mesure pour les prestations sociales et transferts en nature (2,5 points).

Autrement dit, ce n'est pas seulement sa politique sociale qui explique la dépense publique plus forte en France, mais aussi l'organisation et le cout de sa sphère publique.

... malgré les nombreux plans d'économies

Comment expliquer cette dérive, alors que tous les gouvernements disent faire des économies?

Des économies, il y en a, mais elles ne compensent pas ce qu'on appelle la progression tendancielle des dépenses publiques. A politique inchangée, la plupart des dépenses augmentent spontanément. ll y a par exemple plus de retraités, et les retraites sont indexées sur l'inflation. Au final, sans rien faire, la dépense publique augmente d'1.5% par an.

Quand vous entendez parler d'économie, souvenez vous le plan de 50 milliards d'euros d'économie promis par François Hollande en 2014, il faut toujours demander: "Est ce une réduction, hors progression tendancielle ou pas?". C'est un peu technique mais c'est important.

L'autre raison pour laquelle la dépense publique a beaucoup augmenté entre le premier cri d'alarme de Michel Pébereau il y a 11 ans et celui d'aujourd'hui, c'est la crise, et la relance keynesienne qui a suivi. Encore dernièrement, le gouvernement a réduit ses ambitions d'économies pour financer la lutte contre le terrorisme. Bref, il y a toujours des impondérables.

Deux fois plus de dette coûte pareil

Ce qui est intéressant, c'est qu'entre le premier rapport Pébereau et celui-ci, on constate que la charge de la dette n'a pas augmenté en 10 ans, alors même que la dette doublait.

Les intérêts que nous payons représentent toujours le deuxième poste budgétaire de l'Etat, mais ils sont stabilisés à 40 milliards d'euros, autant que quand nous n'avions "QUE" 1000 milliards d'euros de dette.

Tout cela grâce aux taux d'intérêt, très bas liés à la politique menée par la BCE. Le problème, c'est que les taux sont en train de remonter. En septembre, la France payait 0.15% pour placer sa dette a 10 ans, le 6 février 1.13%! Or un point de plus en taux d'intérêt, coute 2 milliards de plus la première année, 4.6 en 2018... puis c'est exponentiel, on atteint 15 milliards d'euros en plus en 2026 selon les calculs du Figaro. La perspective de l'élection présidentielle n'est pas étrangère à cette remontée.

Voir ici un précédent billet: Menace sur la dette française

Mais je me garderai bien de jouer les Cassandre. Quand le rapport Pebereau est sorti en 2006, j'étais déjà journaliste économique et sincèrement catastrophée. Depuis je chronique les cris d'alarme en me demandant bien si serai encore là quand la "catastrophe" va arriver.

Marie Viennot

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