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Evolution du partage de la valeur ajoutée entre actionnaires et salariés

Dividendes records, salaires en hausse, mais...

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Les entreprises du CAC 40 ont versé 56 Mds d'€ de dividendes à leurs actionnaires, 13 de plus qu'en 2015. Le partage de la valeur ajoutée est-il déséquilibré par rapport aux salaires? Non, les salaires aussi augmentent un peu. En revanche, l'autofinancement diminue.

Evolution du partage de la valeur ajoutée entre actionnaires et salariés
Evolution du partage de la valeur ajoutée entre actionnaires et salariés Crédits : Radio France

C'est une question lancinante, et la réponse est plus subtile qu'il n'y parait. Le partage de la valeur créée par les entreprises du CAC 40 est-il déséquilibré. Cela dépend de l'échelle de temps que l'on utilise, et de ce qu'on considère être un bon équilibre...

Quelques chiffres pour commencer. 55 milliards 700 millions d'euros, c'est le montant que les entreprises cotées au CAC 40 ont versé à leurs actionnaires en 2016 selon les calculs de Vernimmem, un institut de recherche qui s'adresse aux professionnels et aux étudiants.

55,7 milliards, c'est 13 milliards de plus qu'en 2015, mais ce n'est pas le record. Le record c'est 2007, veille de crise, 57 milliards, et 2014, 56 milliards. Voir ici l'article exhaustif des Echos pour plus de détail sur les chiffres.

C'est un bon signe, il vaut mieux verser de l'argent à ses actionnaires que de leur en demander pour renflouer l'entreprise (comme le font les banques transalpines en ce moment).

La raison principale, c'est que les résultats des entreprises du CAC 40 ont été meilleurs en 2015 qu'en 2014. Au palmarès des entreprises les plus généreuses en dividendes, on trouve Sanofi, Total, Vivendi, BNP Paribas et Axa.

Est-ce trop généreux?

On mesure généralement cela par un ratio, que l'on nomme dans le jargon Pay Out Ratio, POR, ou en bon français taux de distribution des bénéfices. En 2016, il est de 57%, c'est à dire que les dividendes auront absorbé 57% des bénéfices, contre 51% l'an dernier. On est dans étiage haut. Généralement, ce taux évolue entre 30 et 60%.

Est-ce trop? Question de point de vue. Pour mémoire, en 2009, Nicolas Sarkozy, alors président de la République cité par le Monde disait:

"Comment on arbitre entre le souhait légitime des actionnaires de gagner de l'argent avec les entreprises et la demande des salariés d'être associés aux bénéfices des entreprises dont ils ont contribué à créer la richesse ?" s'est-il interrogé. "Cela fait bien longtemps que je pense que la règle des trois tiers est une bonne règle, a expliqué M. Sarkozy. Sur 100 de bénéfices, il devrait y en avoir 33 qui reviennent aux salariés, 33 qui vont directement dans la poche de l'actionnaire et 33 qui servent à être réinvestis dans l'entreprise."

Si on se place du point de vue de l'entreprise, et que toutes les entreprises autour de vous ont ce niveau de redistribution, il faut bien s'aligner pour garder ses actionnaires. De plus, un expert cité par les Echos estime que les actionnaires réinvestissent leurs dividendes en devenant actionnaires d'autres entreprises qui ont besoin d'argent frais, et donc que l'argent circule dans la sphère actionnariale.

Circule-t-il vers le bas? Pas vraiment. La distribution de forts dividendes accroit les inégalités, pour revenir sur la thématique de la journée d'hier.

Car qui possède des actions? Les revenus supérieurs. Si on divise la population en 5 tranche de revenus, ceux qui sont dans la tranche inférieure ne sont que 3% à être actionnaires, contre 45% dans la tranche de revenu la plus haute. Et plus on a de revenu, plus on a d'actions, et donc plus on touche de dividendes. On a là, une des explications au renforcement des inégalités de ces dernières années. La forte distribution de dividendes n'est donc pas favorable à la réduction des inégalités. Notons tout de même que la moitié des actionnaires du CAC 40 étant étrangers, cela ne renforce pas QUE les inégalités en France.

Les salariés sont-ils perdants?

Non, pas ces dernières années. Ils l'ont beaucoup été entre 1980 et 2008. La part des salaires dans ce qu'on appelle la valeur ajoutée de l'entreprise est passée de 67% en 1981 à 53%. Et dans le même temps, la part des dividendes a beaucoup augmenté. David Marguerit, économiste, a mené une étude sur des données banque de France de 2014, il note que :

La part des dividendes dans la valeur ajoutée est passée de 4,6 % en 1998 à 9,5 % en 2013, soit un doublement en quinze ans. Cette augmentation s'est faite dans un premier temps au détriment des salariés. Entre 1998 et 2008, la baisse de la part de la rémunération des salariés (-5,9 points de pourcentage) est venue compenser l'augmentation des dividendes ( 4,7 points de pourcentage).

Depuis la crise financière, la part des salaires dans la valeur ajoutée est remontée à 59%. Pas parce que les salaires ont beaucoup augmenté (voir ici les dernières données INSEE sur l'augmentation des salaires dans le secteurs privé) mais parce que la valeur créée par l'entreprise était plus faible du fait de la crise, et que la part des salaires restant stable, relativement son poids a été plus élevée. Voir ici une explication pédagogique sur la valeur ajoutée, avec des chiffres qui corroborent ceux de l'étude pré-citée. Dans un document de 2015 intitulé: Trois questions sur le partage de la valeur ajoutée, l'AFEP (association des entreprises françaises) note que:

Ceci s’explique clairement par les effets de la conjoncture économique : lors d’une récession, les profits (- 10,2 % en 2009) baissent plus que les salaires (- 1,2 %).

Ce qui est intéressant, c'est que la part des dividendes aussi est restée stable depuis la crise (10% environ de la valeur ajoutée). Alors sur quoi les entreprises ont-elle joué pour distribuer le même dividende, les même salaires, avec des impots qui dans le même temps ont augmenté, et une richesse produite moins élevée?

Sur l'autofinancement. Selon cette même étude sur des données Banque de France de 2014, les entreprises ont préféré sauvegarder le niveau des dividendes entre 2008 et 2013, et cela s'est fait au détriment de ce que les entreprises ont gardé pour elle même et le réinvestir, c'est à dire l'autofinancement. On verra ce qu'il en est pour 2016.

Le grand perdant, ce n'est donc pas le salarié, mais potentiellement l'entreprise elle même à long terme, mais il faut regarder au cas par cas pour juger. Le perdant, c'est aussi en partie le contribuable. L'allègement des cotisations salariales du CICE vient donner plus de marge aux entreprises, mais à quoi cette marge a-t-elle été utilisée? La question lancinante, aussi, mérite encore d'être creusée.

Voir ici un précédent billet sur ce sujet: Où sont passés les 27 milliards d'euros du CICE?

Il existe en outre des divergences sur la part versée aux dividendes du fait d'un changement de la base de calcul de l'Insee. Cette question est explorée dans un article de Michel Husson.

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