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Partisan républicain à New York la nuit dernière

D'Occupy Wall Street à la victoire de Trump

3 min
À retrouver dans l'émission

La classe moyenne s'érode, les inégalités augmentent aux Etats Unis et la situation empire depuis 2008. En 2011, les Américains dégoûtés de la toute puissance de la finance et de ses répercussions avaient occupé Wall Street. La victoire de Donald Trump est l'autre enfant de cette crise.

Partisan républicain à New York la nuit dernière
Partisan républicain à New York la nuit dernière Crédits : John Locher - Sipa

Ce parallèle peut sembler ambitieux, mais j'ai déjà parlé des points communs entre le Brexit et Donald Trump dans le billet d'hier. Donald Trump: le Brexit Américain

Pourquoi je parle d'Occupy Wall Street inversé. Parce qu'il y avait dans ce mouvement d’occupation pacifiste né en 2011, la dénonciation de la toute puissance de la finance et des conséquences de cette toute puissance sur l'économie américaine.

Occupy Wall Street était l'enfant de la crise financière de 2008.

La possible victoire de Donald Trump aujourd'hui est un autre rejeton de cette crise, mais comme dans les familles, cet enfant ne s'entendrait pas nécessairement avec le précédent.

Érosion de la classe moyenne...

Pour comprendre, ce phénomène, il faut plonger dans les chiffres de l'économie américaine et parler de deux tendances de fond : la montée des inégalités et son corollaire, la diminution de la classe moyenne. Je m'appuie là sur une étude publiée l'an dernier, à partir de statistiques officielles, par un institut américain qui fait autorité, le Pew Research Center.

Entre 1996 et 2012, la part de la classe moyenne a diminué de trois points aux Etats Unis. Elle représente maintenant à peine la moitié de la population, 50.6%, contre 54.2% avant la crise.

France Stratégie a publié une étude qui fait la comparaison entre la classe moyenne français et américaine en utilisant la même définition de la classe moyenne, c'est à dire, un revenu compris entre 2/3 et deux fois le revenu médian, c'est à dire entre 42 000 et 126 000 dollars pour une famille de trois personne (après redistribution sociale mais avant impôt).

D'après cette étude, courte et très bien faite, on a la même d'érosion de la classe moyenne en France, mais beaucoup moins marqué, puisqu'en 2012 la classe moyenne représente encore 67% de la population française. Elle a aussi diminué, mais d'un point seulement entre 1996 et 2012.

... accentuée par la crise

L'érosion de la classe moyenne américaine ne date pas de la crise, elle a commencé dans les années 70, mais elle a été accentué par la crise de 2008.

En apparence les Etats Unis se sont remis très vite de ce qu'ils nomment la Great Recession, la grande récession. La croissance est revenue autour de 2%, le taux de chômage est au plus bas... mais ces bons chiffres cachent deux réalités.

  1. le nombre de pauvres n'a jamais été aussi élevé outre atlantique: en 2007, il étaient 26 millions à recourir au Food Stamp, une aide alimentaire qui existe depuis 1939, en 2016, ils étaient 43 millions, 17 de plus.
  2. les riches ont continué à s'enrichir pendant cette période. L'Economic Policy Institute, cité dans un article très éclairant d'Alternatives Economiques, a calculé que les 1% les plus riches des Américains avaient capté à eux seul 85% de la hausse des revenus intervenue entre 2009 et 2013.
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Bien qu'il fasse partie de ces 1%, Donald Trump a su parler aux Américains qui ne croient pas en la reprise américaine. Avec la stigmatisation des étrangers, cette fausse reprise était d'ailleurs l'un de ses couplets favori.

Le paradoxe, c'est que les mesures qu'il propose risquent d'accentuer les inégalités puisque son programme consiste à réduire les impots des plus riches.

Voir ici un précédent billet qui évoque les programmes des deux candidats : [Trump Clinton : points communs et divergences économiques](http:// https://www.franceculture.fr/emissions/le-billet-economique/trump-clinton-points-communs-et-divergences-economiques)

A l'opposé, il y a dans le programme d'Hillary Clinton des mesures de redistribution, via les impôts, la baisse des frais d'éducation et de médecine...

Mais comment une victime de la crise financière pourrait voter pour une femme dont la campagne a été financé par Wall Street? Voir ici, encore, un précédent billet: USA 5: Wall Street roule pour Hillary

Une femme [qui a gagné 3 millions de dollars entre 2013 et 2015](http:// https://theintercept.com/2016/01/08/hillary-clinton-earned-more-from-12-speeches-to-big-banks-than-most-americans-earn-in-their-lifetime/) grâce à des conférences données pour 12 institutions financières dont Goldman Sachs, Bank Of America, Deuthshe Bank etc...

Celles et ceux qui ont voté Donald Trump n'auront pas eu à occuper Wall Street, mais ils avaient sans doute le même espoir en tête en glissant leur bulletin dans l'urne : donner un grand coup de balais et tout changer, mais pas dans la même direction que les occupants de 2011.

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