LE DIRECT
Un quart des salariés sont concernés par le télétravail depuis le confinement

Le télétravail dopé par la crise sanitaire : vers un nouveau pacte social

3 min
À retrouver dans l'émission

Il n’y aura pas d'abandon massif du télétravail après le 11 mai. Une fois le déconfinement acté, ce mode d'organisation devra être maintenu partout où cela est possible. Telle est la demande faite par les pouvoirs publics aux entreprises. Ce qui pose encore un certain nombre de questions.

Un quart des salariés sont concernés par le télétravail depuis le confinement
Un quart des salariés sont concernés par le télétravail depuis le confinement Crédits : Aurélie Audureau - Maxppp

La reprise du "métro boulot dodo" ne sera pas tout de suite, pour ceux qui télétravaillent aujourd’hui. Ces derniers sont encouragés à rester à la maison, pour éviter l’engorgement dans les transports et plus largement la diffusion du virus. En présentant son plan de déconfinement à l'Assemblée le 28 avril, Edouard Philippe a ainsi demandé à ce que le télétravail soit maintenu "partout où cela est possible" au moins dans les trois prochaines semaines.

Depuis le confinement, environ un quart des salariés sont concernés par le télétravail, selon la dernière étude de la Dares publiée fin mars. C’est particulièrement le cas dans les secteurs de l’information, de la communication, de la finance et des assurances.  

L'Ile de France, dont le réseau de transports frôle en temps normal la saturation, regarde avec vigilance cette question, afin de pas laisser les salariés revenir en masse au bureau. La présidente de la Région demande ainsi que 100 % des salariés en télétravail restent à la maison la semaine prochaine et qu'à compter du 25 mai, 20 % des effectifs, au maximum, reviennent dans leurs entreprises, et ce jusqu'à l'été. Dans le Journal du dimanche, Valérie Pecresse dit négocier en ce moment un projet de charte avec les organisations patronales, pour inscrire noir sur blanc cet engagement d’un retour très progressif sur le lieu de travail.

Le télétravail va donc rester la norme pour un nombre important de salariés ce qui suppose des évolutions.

Ces dernières semaines ont vu l’émergence d’un télétravail différent de ceux que connaissaient les salariés habitués à le pratiquer : un télétravail à 100 % à domicile, alors que bien souvent ce n’était au mieux qu’un ou deux jours par semaine. Par ailleurs, les salariés doivent, éventuellement, composer avec leurs enfants, eux même à demeure et qu’il faut aider dans leurs devoirs, tout en s’occupant des contingences domestiques. "Se retrouver avec son ordinateur dans la cuisine, avec les enfants qui couinent, ce n’est pas du télétravail", résumait ainsi récemment le président de la CFE-CGC François Hommeril, qui parle de "télétravail en mode dégradé". 

Mais ce bond conjoncturel du télétravail va sans doute faire évoluer les règles en vigueur. Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, a ainsi réclamé un accord national sur le télétravail pour que "tout le monde soit logé à la même enseigne". 

Les règles en vigueur 

Le télétravail est réglementé, mais le cadre fixé est assez peu lisible. L'accord interprofessionnel de 2005 reste une référence pour les entreprises qui souhaitent nouer des accords sur le télétravail. Or, il est plus contraignant que les ordonnances de 2017 qui ont, elles, assoupli les règles ! Il y a de quoi y perde son latin. 

Les ordonnances ont supprimé l'obligation de signer un avenant au contrat de travail. Par ailleurs, en l’absence d’accord collectif ou de charte dans l’entreprise, un simple accord écrit ou même oral entre l’employeur et son salarié suffit pour mettre en place le télétravail. 

Précisons qu’en ce moment on s’inscrit dans un cadre très particulier, définit d’ailleurs par les ordonnances de 2017 : celui d’une épidémie. Dans ce cas, l’employeur peut unilatéralement imposer le télétravail, pour des questions de sécurité . 

Encore plusieurs questions à éclaircir 

Au-delà du rappel des règles, sur les horaires, la séparation vie professionnelle/ vie privée, le droit à la déconnexion, reste en suspens la question de l’indemnisation. Les ordonnances ne mentionnent pas d’obligations en la matière. Mais la jurisprudence va plutôt dans le sens d’une prise en charge par l’employeur des coûts induits par le télétravail, du moins quand il est régulier. On parle là notamment des frais liés aux outils informatiques ou aux coûts de communication.

Se pose aussi la question de la prise en charge des repas ou encore des frais d’électricité. Des demandes qui commencent à être portées par les syndicats et par des salariés, dans les entreprises. 

Aujourd’hui les réponses sont variables selon les sociétés. Certaines ont distribué des tickets restaurants à des salariés qui déjeunaient à la cantine, d'autres ont prévu des primes forfaitaires de télétravail. Mais c’est en ordre dispersé. 

Alors les syndicats parviendront-ils à lancer une nouvelle négociation, en vue d’un accord ? Pour l’instant, le gouvernement serait enclin à publier d’ici 15 jours des "clarifications" et des " consignes fortes" pour "parer aux problématiques urgentes", selon le président de la CFTC Cyril Chabanier, qui s’exprimait à l’issue d’une visioconférence avec le premier ministre le 30 avril.  

Quelle que soit la réponse apportée, les entreprises vont devoir s’adapter à cette nouvelle donne. Une grande majorité des DRH s'apprêtent d'ailleurs soit à lancer une négociation ou renégocier un accord, soit à rédiger ou réactualiser une charte sur le télétravail, selon une enquête menée par l'ANDRH, l'association nationale des directeurs des ressources humaines. Car comme le reconnait son vice-président Benoit Serre dans le JDD du 3 mai, le "télétravail massif va s’organiser durablement" et un "nouveau pacte social donc est à construire". Cela suppose aussi un changement des pratiques managériales explique t-il : "contrôler et fliquer c'est terminé".

L'équipe
Journaliste

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......