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77% du volume des biens d'occasions vendus ne passent pas par les plateformes

Economie collaborative : le miroir grossissant

3 min
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De rapports sur le numérique en conflits entre Uber et les taxis, notre économie traditionnelle semblent dépassée, on dit notre protection sociale obsolète, il n'en est rien. L'économie collaborative représente moins de 0.1% de notre PIB.

77% du volume des biens d'occasions vendus ne passent pas par les plateformes
77% du volume des biens d'occasions vendus ne passent pas par les plateformes Crédits : France Blei - Radio France

Il ne se passe pas un mois sans qu'un rapport, voire deux, soit publié sur l'économie collaborative. 

  • Juillet 2015, le pole interministériel de prospective et d'anticipation des mutations économiques (PIPAME) diffuse un rapport sur les enjeux et perspectives de l'économie collaborative.
  • Septembre 2015, la commission des finances du Sénat a remis le sien orienté sur la fiscalité.
  • Octobre 2015, le conseil d'analyse économique a publié sa note sur l'économie numérique,
  • le conseil national du numérique a lui remis son rapport début janvier à la ministre du travail,
  • au printemps 2015, il en avait également remis un à Matignon de plus de 300 pages

D'autres rapports à venir

Le conseil national de la consommation planche sur un avis qui doit être rendu prochainement, l'inspection générale des affaires évalue les régimes d'emploi et de protection sociale des plateformes. En juin 2016, un nouveau rapport sur les défis soulevés par cette économie pour nos systèmes de protection sociale doit être remis à Matignon, et enfin, France Stratégie (l'ancien commissariat au plan) fait travailler une équipe sur de nouveau la protection sociale et l'économie collaborative.

Economie collaborative, est-ce le bon terme ? 

Économie collaborative: le terme n'est pas tout à fait adapté à ce qu'il recouvre. En anglais on parle de "collaborative consumption" d'une part, et de "sharing economy", économie du partage d'autre part. C'est se souvenir que l'économie collaborative s'inspire de la mouvance libre et du don. Or l'économie dont il est question dans tous ces rapports s'est largement émancipée de cette origine et utilise aujourd'hui les codes classiques de l'économie capitaliste. Voilà en quoi le terme d'économie collaborative peut prêter à confusion.

Voici une conférence menée par Rachel Botsman, consultante qui a co-écrit en 2010 "What's mine is yours", un  essai sur la "collaborative consumption". 

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D'autre part, si on décide d'accepter ce terme pour désigner l'économie liée aux plateforme numériques, il faut avoir à l'esprit que le poids de cette économie est minuscule et concerne encore très peu de monde. De rapports sur le numérique en conflits entre Uber et les taxi, on peut avoir le sentiment que notre économie traditionnelle est complètement dépassée, nos systèmes de protection sociale déjà obsolètes, le travail en voie d'uberisation à grande échelle, il n'en est rien. 

C'est tout l'intérêt du rapport qui a été rendu hier à Matignon par le député de l'Ardèche Pascal Terrasse de rappeler cette vérité : l'économie collaborative (liée aux plateformes type uber, arbnb, blablacar, bon coin etc..) ne représente pour le moment que 0.1% de notre PIB. 

Economie collaborative : 0.1% du PIB

C'est l'Ademe qui a fait ce chiffrage dans un rapport cité par le rapport Terrasse qui s'intitule : "Potentiels d'extension de la consommation collaborative pour réduire les impacts environnementaux". L'agence de maîtrise de l'énergie a voulu savoir quel pouvait être aujourd'hui l'impact de ces nouvelles pratiques sur notre consommation de la planète. Il est aujourd'hui très faible. 

  • Les dépenses réalisées dans le cadre de plateforme numérique sont de l'ordre de 3 milliards 200 millions d'euros en 2014, c'est 0.3% des dépenses de consommation des ménages.
  • La part des dépenses de covoiturage dans les dépenses de transport, c'est 0.48%. 
  • L'échange de logement, c'est 0.25% de l'ensemble des nuitées.

Je ne nie pas la nouveauté de ces pratiques, et leur côté révolutionnaire puisqu'elles modifient notre rapport à la propriété, c'est toute la thèse de Jeremy Rifkin, mais il faut quand même avoir ces chiffres en tête.

Aujourd'hui 9 français sur 10 ont beau avoir pratiqué au moins une fois la consommation collaborative, si on fait le compte des entreprises du secteur dit collaboratif (la location, la revente, le prêt de bien, les achats groupés, l'habitat participatif etc...), l'Ademe nous dit, c'est 15 000 entreprises (sur 3 millions en France) qui font travailler 13 000 personnes et dégagent un chiffre d'affaire de 2 milliards et demi d'euros. Le PIB de la France étant de 2600 Mds d'euros, cela représente donc 0.1% du PIB. Si on prend l'économie numérique dans son ensemble, qu'on ajoute le secteur des technologie de l'information et de la communication, on est à 4.3% du PIB, selon le Conseil d'Analyse Economique.

Bien sûr cela va augmenter, mais les projections s'établissent à 7 milliards et demi d'euros en 2025, c'est encore peu, et c'est dommage d'ailleurs, car on estime que si les modèles de partage étaient utilisés au mieux, on pourrait réduire les déchets des ménages de 20%.

Conclusion : ne pas se précipiter

Comme le suggère le rapport Terrasse, ces chiffres plaident pour la temporisation plutôt que la précipitation. Il n'est pas urgent de revoir complètement nos modèles sociaux. Les travailleurs du numériques peuvent être considérés comme des travailleurs indépendants, et mieux vaut améliorer ces droits pour les aligner sur ceux du salarié que de créer un statut à part de travailleur du numérique.

Oui des questions se posent : sur le régime juridique qui devrait s'appliquer à ces plateformes, qui ne se réduisent pas à des outils technologiques, cependant,  la France ne peut rien faire seule. Si elle imposait des obligations aux plateformes qui vont au delà de ce qui existe au niveau européen, cela pourrait être considéré comme une entrave à la libre prestation de service. 

C'est au niveau européen que ces réflexions doivent aboutir. En juin dernier, la commission a définit 16 initiatives pour créer réel marché numérique européen, mais on en est encore au stade des consultations et des rapports. 2016 sera parait-il une année charnière. 

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