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Manifestation d'auto-entrepreneurs en 2014, lors de la remise à plat de ce statut.

Entreprenalisme passionné ou auto-entreprenariat forcé?

3 min
À retrouver dans l'émission

Les Français veulent-ils être fonctionnaires ou patrons? Depuis quelques années le nombre d'entreprises créées en France est en augmentation, les incitations à "l'entreprenalisme" (comme le nomme le Medef) sont plus fortes. Alors, demain, tous entrepreneurs par désir ou par nécessité?

Manifestation d'auto-entrepreneurs en 2014, lors de la remise à plat de ce statut.
Manifestation d'auto-entrepreneurs en 2014, lors de la remise à plat de ce statut. Crédits : THOMAS SAMSON - AFP

Les français rêvent-ils d'être fonctionnaires ou d'être patron? Vaste question...

Quand vous ouvrez les journaux ce matin, vous trouvez des articles qui vous disent que 6 jeunes français sur 10 comptent un jour se mettre à leur propre compte. C'est un sondage d'Opinion Way mené sur un échantillon représentatif de 1006 jeunes de 18 à 29 ans qui l'affirme.

Il y a trois ans, un autre institut de sondage affirmait lui que 73% des 18-35 ans rêvaient d'être fonctionnaire. Vous avez d'ailleurs sans doute entendu ce chiffre repris ici ou là, par des organisations patronales ou des politiques pour déplorer le manque d'esprit d'entreprendre dans notre pays.

La situation a-t-elle tellement changé en trois ans pour que l'état d'esprit des jeunes s'inverse?

Disons d'abord que le sondage dans lequel les jeunes plebiscitaient le fonctionnariat avait été publié à l'occasion d'un salon de l'emploi public. Il y a donc sans doute un biais dans la façon de poser les questions. Méfions nous des sondages quand ils sont résumés en une phrase titre ou une réponse politique.

D'ailleurs, celui qui vient d'être publié et met en avant l'envie d'être à son compte des jeunes, dit aussi que 73% d'entre eux espèrent avoir un jour un CDI. Salaire acquis, réguliers, congés, protection sociale... tout cela fait encore visiblement rêver.

Ce qui explique d'ailleurs que tant de candidats à la présidentielle, Benoit Hamon, Emmanuel Macron ou François Fillon notamment aient des propositions pour sécuriser le statut d'entrepreneur.

Création d'entreprise, un engouement réel

Si on regarde les chiffres, il y a une augmentation très forte des créations d'entreprises en France. Il y a eu plus de 550 000 entreprises créées en 2016. Cela fait quand même 2500 par jours ouvrable. En 2008, il y en avait 331 000. Le bond est donc spectaculaire.

Il est dû, essentiellement à la mise en place du statut d'auto-entrepreneur en 2008. Aujourd'hui encore 40% des entreprises créées chaque année sont des "auto-entreprises". Ces créations baissent cependant depuis 2015, du fait des récentes modifications de ce statut.

Il y a donc clairement un avant et un après la création de ce statut.

Mais au delà, un réel éco-système s'est mis en place en France depuis une quinzaine d'années pour favoriser la création d'entreprise. Incubateurs, pépinières, accélérateurs, couveuses... celui ou celle qui a un projet peut être accompagné de multiples façons. Les étudiants peuvent cumuler statut d'étudiant et d'entrepreneur. Cela s'appelle Pépite.

Bientôt va ouvrir à Paris un incubateur géant de 34 000 m2 dédié au numérique. La réussite des starts up françaises dans ce domaine, la French Tech comme on dit, donne le ton. On a plusieurs exemples aujourd'hui d'entrepreneurs français qui ont réussi en peu de temps: blablacar, critéo, vente privé etc... il y a des exemples de réussite française. Tout cela créée une dynamique indéniable...

Voir ici un précédent billet: La French Tech existe pour de vrai

Depuis cet automne l'agence France entrepreneur publie un indice entrepreneurial, un indice emprunté à nos cousins québécois, et il s'élève à 32%. Cette indice mesure le nombre de personnes résidant en France qui ont eu l'intention de créer une entreprise, ou sont dans cette démarche, sont patrons, ou l'ont été. On verra comment ce chiffre évolue à l'avenir puisqu'il vient d'être publié. On peut remettre en cause sa pertinence, mais il participe à un discours positif sur l'entrepreneuriat. Personne n'est contre l'entrepreneuriat. Entreprendre, après tout, c'est tout simplement : se mettre à faire quelque chose (selon la définition du Robert), c'est donc très large.

Voir ici une étude qualitative réalisée par BNP Paribas sur l'envie d'entreprendre de la génération Z.

Mais il y a un mais...

Le mais, c'est la part de ces entreprises qui sont créées par nécessité, et pas forcément par gout d'entreprendre. En gros un tiers des auto-entrepreneurs (on dit micro-entrepreneur depuis que la loi Pinel a modifié ce statut) étaient au chômage avant de créer leur auto-entreprise. Le chiffre d'affaire trimestriel moyen ne dépasse pas les 3446 euros. 1100 euros par mois donc, or ce n'est pas un salaire net. Selon l'activité, il faudra retirer 10 20 30% de ce montant pour savoir ce qu'il reste dans le porte monnaie.

Entrepreneur certes, mais pauvres... et sans grande protection. Ce n'est pas toujours une situation rêvée. Et puis il y a de nombreux abus. La fédération des auto-entrepreneurs réclame d'ailleurs la réalisation d'une "véritable étude sur le salariat déguisé et toutes les formes de travail illégal".

L'entreprenalisme comme le nomme le Medef, ce n'est pas que porter ses projets et ses passions, cela peut ouvrir sur un mode plus sombre où chacun et chacune devenu micro-entreprise peut être flexible et rémunéré à la tache.

Imaginez un monde dans lequel... SALARIER UN HOMME EST INTERDIT, annonce cette chanson.

Je vous laisse l'écouter -elle est vraiment savoureuse- pour savoir la suite du monde qu'elle décrit. Défoulatoire, notamment à 2'40'', pour la spécialiste de l'économie que je suis :)

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Marie Viennot

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