LE DIRECT
Des centaines d'Américains font la queue pour s'inscrire au chômage en Floride le 7 avril, le site internet de l'Etat étant hors service suite à l'affluence des nouvelles demandes.

Etats-Unis : l'économie au défi du chômage de masse

4 min
À retrouver dans l'émission

Le chômage poursuit son ascension vertigineuse aux Etats-Unis. 6,2 millions de nouveaux inscrits la semaine passée. 30 fois plus qu'avant la crise du coronavirus. Débordées par l'afflux des chômeurs, les institutions américaines sont mises au défi de faire ruisseler l'aide prévue jusqu'à Main Street

Des centaines d'Américains font la queue pour s'inscrire au chômage en Floride le 7 avril, le site internet de l'Etat étant hors service suite à l'affluence des nouvelles demandes.
Des centaines d'Américains font la queue pour s'inscrire au chômage en Floride le 7 avril, le site internet de l'Etat étant hors service suite à l'affluence des nouvelles demandes. Crédits : CRISTOBAL HERRERA - Maxppp

Après 10 ans de baisse quasi ininterrompue depuis septembre 2010, le chômage connait de nouveau une phase ascendante aux Etats-Unis. L'augmentation est exponentielle, et même cet adjectif est trop faible. 

Après 3,3 millions de nouveaux inscrits au chômage du 15 au 21 mars, puis 6,6 millions de plus du 22 au 28 mars, les chiffres publiés le 9 avril (pour la période allant du 29 mars au 4 avril) sont à nouveau étourdissants : 6,2 millions, ce qui porte à 17 millions le nombre de nouveaux chômeurs en moins de trois semaines. Les chiffres officiels ici. 

The largest increases in initial claims for the week ending March 28 were in California ( 871,992), New York ( 286,596), Michigan ( 176,329), Florida ( 154,171), Georgia ( 121,680), Texas ( 120,759), and New Jersey ( 90,438), while the largest decreases were in Nevada (-20,356), Rhode Island (-8,047), and Minnesota (-6,678). 

L’année dernière à la même période, on était sur 196 000 nouveaux inscrits au chômage, 6 millions 200 000, c’est 30 fois plus, 30 fois. 

Les emplois perdus en trois semaines dépassent ceux qui avaient été perdu en 18 mois lors de ce que les Américains nomment la Grande récession de 2007-2009. A l’époque, le taux de chômage était monté jusqu’à 25%. On en est loin pour le moment, mais on y va clairement pour de nombreux économistes qui envisagent un taux de chômage à 30% d’ici la fin juin, ce qui veut dire un Américain sur trois au chômage. 

Des institutions dépassées 

Or les institutions américaines ne sont pas outillées pour passer en si peu de temps du plein emploi au chômage de masse. 

Il y a aux Etats Unis plusieurs chiffres du chômage (U1, U2, jusqu’à U6, je vous passe les détails mais si vous voulez de plus amples informations ici en lien le site du département américain du Travail, et ici, un site qui explique bien les différents calculs), et la sous estimation statistique du nombre réel de chômeurs est comme partout une vraie question (ici un ancien billet économique qui creuse cette question).  Il n’y avait donc pas réellement le plein emploi avant cette crise. Mais c’était néanmoins le paradigme pour l’accès aux droits, notamment à une assurance santé. 

Perdre son emploi, c’est aussi perdre une partie de sa couverture maladie, on peut être assuré par un proche, mais si on ne peut pas… vous imaginez l’angoisse en ce moment avec le coronavirus. Or le plan américain (Cares Act) à 2200 milliards de dollars promulgué la semaine passé n’a rien prévu à ce sujet. 

Le Cares act a en revanche étendu, et c’est une grande avancée, l’assurance chômage aux travailleurs de ce qu’on appelle la gig économy, les free lance, les auto entrepreneurs. Il a aussi prévu d’ajouter 600 dollars par semaine jusqu’en juillet, aux montants versés par les Etats au titre de l’assurance chômage. 

Sur le papier, c’est bien. Le problème, c’est que pour toucher le chômage, et son complément fédéral, il faut être inscrit au chômage. Or c’est devenu mission impossible. 

D'abord parce que l'afflux des nouvelles demande est considérable. On trouve sur les réseaux sociaux pléthore de témoignages d'Américains à ce sujet. 

Ensuite parce que les services chargés de gérer le chômage sont sous dotés depuis des années, notamment sur le plan informatique. 

Plusieurs Etats lancent en ce moment des WANTED, avis de recherche pour des informaticiens capables de programmer en Cobol, un langage informatique vieux de 40 ans, car c’est encore leur système, et que leur site internet n’a pas supporté l’explosion du nombre de connexions et qu’il est hors service. 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d’utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Ce n’est pas une fake news, le Financial Times relève qu’il y a 4 ans, Washington a demandé aux services qui gèrent l’assurance chômage dans les Etats de faire 5 milliards d’économie sur leur équipement informatique. 

Cela semble totalement inapproprié aujourd'hui, mais ces dernières années, le plein emploi était à ce point ancré dans les objectifs publics, que certains Etats ont volontairement complexifié les formalités à remplir pour décourager les gens de s’inscrire et avoir de bons chiffres du chômage. 

Désespérés des Américains font la queue pendant des heures devant les centres d’emploi, en dépit du confinement, d’autres abandonnent et lancent des appels aux dons. La situation est particulièrement grave en Floride, où l'Etat est l'un des moins généreux pour les droits au chômage.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d’utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

La Floride a imposé aux Américain.es venus s'inscrire au chômage de faire la queue dans leur voiture. Photo aérienne prise par un drone le 8 avril 2020
La Floride a imposé aux Américain.es venus s'inscrire au chômage de faire la queue dans leur voiture. Photo aérienne prise par un drone le 8 avril 2020 Crédits : JOE RAEDLE - AFP

Main street qui pleure, Wall Street qui sourit à nouveau

Le nombre d’inscrits au chômage, chaque jeudi à 8h30 (heure de New York) a toujours été un indicateur scruté de près par les marchés financiers, 

De nombreux analystes financiers intègrent des estimations du rapport dans leurs prévisions de marché. Si une publication hebdomadaire sur les demandes d'allocations d'emploi diffère de manière insignifiante des estimations consensuelles, cela peut faire monter ou baisser les marchés, explique Investopedia, un site de pédagogie financière

Or là on passe de 3,2 millions de chômeurs en plus, puis 6,7 millions, puis 6,2 millions et rien ne se passe. On peut dire que cette augmentation du chômage avaient été anticipée, ce qui expliquerait la chute vertigineuse des cours il y a trois semaines, mais que l’optimisme soit revenu dans la sphère financière quand les nouvelles du monde réelle sont si mauvaises, même des analystes s’en étonnent. 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d’utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Tous les indices boursiers ont fini la journée dans le vert : la hausse est supérieure à 10% sur la semaine pour le dow jones, le nasdaq, le S&P500 l’équivalent du CAC 40 pour les 500 plus grandes entreprises américaines a même réalisé sa meilleure performance depuis 1974. 

Pourquoi ? Parce que les mauvaises nouvelles sociales n’ont pas fait le poids face aux annonces de la Fed, la réserve fédérale américaine qui a annoncé au même moment un nouveau plan d’achat de titres de 2300 milliards de nouveaux crédits. Mais que cela ait si bien fonctionné pose question. 

On n’est même pas au pic de l’épidémie sanitaire, même pas au pic du crash économique, cela prendra des mois des années à repartir... je trouve les marchés sont étonnants d’optimisme », Alexandre Baradez, analyste marché chez IG.

Cela démontre une fois de plus que la Bourse n’est pas le thermomètre de la santé économique, pour ceux et celles qui continuent à soutenir cette idée mainte fois démenties par les faits. 

Cela montre aussi l’inégalité criante entre Wall Street et Main Street dans l’accès aux aides publiques américaines qui sont pourtant massives. Pour Wall street, le robinet du crédit de la Fed s’ouvre instantanément, pour les gens du peuple de Main Street, il faut faire la queue avant que les milliards ne ruissellent. 

Ce n’est même pas une volonté politique, car le pouvoir américain n’a aucun avantage à laisser la crise sociale s’installer (aussi bien pour des raisons économiques que politiques, les élections s'approchant à grand pas) mais c'est une question d'organisation d'institutions, ce qui est plus grave, parce que cela prend beaucoup plus de temps à changer. 

L'équipe
Journaliste

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......