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"Si vous n'êtes pas compté, Vous ne comptez pas" a déclaré le secrétaire général de l'ONU en septembre 2016

Extrême pauvreté : l'impossible décompte

3 min
À retrouver dans l'émission

836 millions de personnes dans le monde vivent dans l’extrême pauvreté selon l'ONU, mais ce chiffre a beaucoup baissé en 20 ans. Cependant, sur 140 pays en développement, 77 n'ont pas de mesure adéquate de la pauvreté alerte la Banque Mondiale. Mesurer coûte cher et peut être vu comme un danger.

"Si vous n'êtes pas compté, Vous ne comptez pas" a déclaré le secrétaire général de l'ONU en septembre 2016
"Si vous n'êtes pas compté, Vous ne comptez pas" a déclaré le secrétaire général de l'ONU en septembre 2016 Crédits : Marie Viennot

17 octobre, journée mondiale pour l'élimination de la pauvreté. Diminuer de moitié l'extrème pauvreté, était l'objectif numéro 1 fixé par l'ONU en 2000, dans ce qu'on appelé les Objectifs du millénaire pour le développement. Il y en avait 8 en tout, et le premier était de réduire de moitié l’extrême pauvreté d'ici 2016.

L’extrême pauvreté, c'est, dans la définition de l'ONU et des agences internationales, vivre avec moins de l'équivalent de 1 dollars 25 par jour.

L'objectif aurait été atteint (vous allez comprendre pourquoi j'emploie le conditionnel), avec 5 ans d'avance même nous dit-on. Aujourd'hui 836 millions de personnes vivent encore dans l’extrême pauvreté, soit 11% de la population mondiale. Il y a 25 ans, ils étaient un milliard de plus, c'est un mieux indéniable, mais il y a un mais.... Dans le détail ces chiffres sont sujets à caution.

77 pays ne mesurent pas bien la pauvreté

Actuellement, la Banque Mondiale travaille sur 140 pays en développement, or la moitié d'entre eux, 77 exactement n'ont pas de données adéquates pour mesurer la pauvreté. La vidéo ci-dessous explique très bien ce phénomène.

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Sur ces 77 pays, dans 29, il n'y a rien du tout. La plupart sont des petites îles des caraïbes ou du pacifique ou des plus grandes dont CUBA, mais on trouve aussi dans ce groupe, la Libye, la Corée ou encore l'Algérie, qui dit avoir des statistiques, mais ne les transmets pas à aux organismes internationaux.

Dans 28 pays, une seule chose est mesurée: le nombre de personnes vivant au dessus ou au dessous du seuil d'1 dollars 25, mais rien d'autres. Or compter les pauvres ne sert pas à grand chose (sauf à remonter les chiffres auprès de l'ONU...). Si on veut agir ensuite, il faut aussi analyser la composition du ménage, les aides sociales reçues, l'accès au travail...

Dans les pays qui le font bien, ces enquêtes ménages doivent être menées auprès d'un échantillon représentatif de la population, ce sont des enquêtes qualitatives et cela prend deux heures au moins par ménage aux enquêteurs. Le coût de cette démarche est donc élevé, plus élevé encore pour les grands pays. Dans ce groupe de 28 pays avec des données insuffisantes on trouve de très nombreux pays d'Afrique notamment le Zimbabwe, le Kenya, le Congo, le Gabon, le Maroc, mais aussi le Liban, l'Iraq et l'Iran.

Enfin, 20 pays collectent les bonnes données mais à des fréquences erratiques, il est donc impossible de mesurer une quelconque évolution. La Banque Mondiale cite l'exemple du Bangladesh qui n'a pas de statistiques pour 2009, et pour qui on ne pourra donc jamais évaluer l'impact de la crise financière.

Appel à la "data revolution..."

Les Nations Unies ont donc lancé un appel pour une révolution des données... Data revolution en anglais. Lors de la dernière assemblée générale de l'ONU, son secrétaire en chef Ban Ki Moon, l'a dit en ces termes :

"Si vous n'êtes pas compté, Vous ne comptez pas. Vous n'êtes pas vu. Vous n'existez pas ».

De nouveaux objectifs de développement ont été lancé à l'horizon 2030... et parmi eux on trouve celui de ne plus avoir un seul trou statistique d'ici 2030 pour les données sur la pauvreté.

Lors de la dernière AG de l'ONU, l'UNICEF avait installé une sorte de machine à remonter le temps des souvenirs dans l'enceinte de l'ONU, pour alerter sur le manque de données concernant la pauvreté des enfants, mais aussi les violences.

La Banque Mondiale a pour sa part lancé un programme d'aide avec à la clef 300 millions de dollars tous les trois ans, mais leur application dépendra toujours du bon vouloir des pays, or les indicateurs de pauvreté peuvent aussi déranger les pouvoirs en place qui aspirent coûte que coûte à le rester. Dans les pays en conflit la collecte statistique est tout à fait accessoire, or les déplacements forcés sont un puissant vecteur d’extrême pauvreté. Chaque jour en 2013, 32 000 personnes ont dû abandonner leur foyer pour être à l’abri d’un conflit selon l'ONU.

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