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Impact direct des attaques terroristes, les annulations de vols

Face au terrorisme, ouvrir les frontières...

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Les attentats terroristes ont un impact économique énorme pour le tourisme et les transports. Pour que le voyage reste "une expérience agréable et sans heurt", le Forum de Davos propose l'ouverture des frontières pour des passagers "low risk". Détonant et effrayant.

Impact direct des attaques terroristes, les annulations de vols
Impact direct des attaques terroristes, les annulations de vols Crédits : Philippe Wojazer - Reuters

C'est une proposition que fait le forum de Davos. Le World Economic Forum, comme on l'appelle ne fonctionne pas que trois jours par an en janvier. Le reste de l'année, c'est aussi un think tank, centre d'analyse et de lobbying qui publie des articles quasiment tous les jours. Celui que je vais vous détailler est paru avant hier, le lendemain des attentats de Bruxelles. Intitulé "Comment les destinations touristiques peuvent rebondir après les attentats".Ecrit par la spécialiste voyage et tourisme de Davos, il propose en conclusion si j'ai bien compris: l'abolition des frontières et des nations, mais pas pour tour le monde.

5 fois plus de morts depuis les années 2000

Au début, cet article est un copié collé d'un article écrit 3 jours après les attentats de Paris sur le même thème. Depuis les années 2000, lit-on le nombre de morts dans des attaques terroristes a été multiplié par cinq. 11 septembre 2001, Madrid, Tunisie, Kenya, Paris, Turquie, Bruxelles, partout les conséquences sont les mêmes à court terme et se traduisent par des annulations de vols et de réservation d’hôtels.

La fréquentation de New York a baissé d'un tiers après le 11 septembre 2001. Dans les deux ans qui ont suivi, 335 000 emplois ont été supprimé aux Etats-Unis, dans l'aviation et l’hotellerie (voir page 12 d'une thèse intitulée : Impact of 9/11 Terrorist Attacks on US and International Tourism Development). Les hôtels New-Yorkais n'ont retrouvé leur taux de remplissage que trois ans après, Madrid a mis un an à s'en remettre, Londres, 9 mois. Ci dessous, un graphique tiré d'une étude menée par le cabinet Deloitte.

Impact des attentats sur le taux d'occupation des hôtels
Impact des attentats sur le taux d'occupation des hôtels Crédits : Deloitte

Paris c'est encore trop tôt pour le dire, mais en décembre les trois quart des commerçants ont signalé une baisse de leur chiffre d'affaire à la chambre de commerce et d'industrie de Paris. Le gouvernement français a laissé fuité une prévision qui estimait à 2 milliards d'euros, 0.1% du PIB l'impact possible des attentats de novembre. D'abord diffusée par RTL, cette estimation aurait été trouvée à partir des données collectées sur les attentats de ces trente dernières années. L'information n'a pas été démentie par le ministre de l'économie Emmanuel Macron qui explique dans le Figaro.

Il ne s'agit que d'une première estimation. Il est très difficile de définir des indicateurs pour mesurer l'impact de ce type d'événement exceptionnel. Nous ne commentons donc pas ce montant de 2 milliards, nous produirons des chiffres plus précis dans plusieurs semaines.

L'impact est donc majeur à court terme. Il faut en plus, nous dit l'article, tenir compte du coût des destructions matérielles à proprement parler, et des dépenses de santé. Les attentats de Boston aurait coûté 31 millions de dollars en soins médicaux.

Comment rebondir?

L'article recommande d'abord la retenue à tous les acteurs de la filière voyage. En décembre, le PDG d'un site de tourisme en ligne avait qualifié Bruxelles de "zone de guerre que les touristes feraient mieux d'éviter". C'est sûr que cela ne donne pas très envie d'y passer ces vacances, en dépit des campagnes de promotion lancées à Noël par le ministère du tourisme belge.

Il recommande aussi la solidarité entre pays pour l'évacuation de leurs ressortissants, pas tout le monde quand même.

"It is also critical for countries to liaise with other nations in times of crisis, to support, and if required, collaborate on the evacuation of foreign nationals from the targeted areas". "La coopération entre nations dans ces périodes de crise est cruciale, notamment pour pouvoir évacuer, le cas échéant, les ressortissants étrangers des zones touchées".

Mais ces attentats sont aussi une opportunité. Une grande opportunité même : "pour l'industrie et les politiques, qui pourraient mettre en place des solutions pour favoriser la sécurité, tout en permettant de voyager sans heurts".

This presents great opportunities for the industry and policy-makers to develop solutions to enhance security while enabling seamless travel.

Le voyage doit pouvoir rester une expérience agréable, explique donc la spécialiste Voyage et Tourisme de Davos qui suggère ensuite cette proposition détonante : la mise en place d'un programme mondial qui aboutirait à la création d'un statut de "global trusted traveller", la traduction pourrait être voyageur de confiance pour le monde entier.

"Alors que voyager est devenu un mode de vie pour des gens dans le monde entier, on évalue le risque en fonction de la nationalité des individus. Un programme "accès mondial" s'adressant à des voyageurs de confiance pourrait être développé, comme un moyen d'augmenter la sécurité. Ce pourrait être un catalyseur. Au lieu d'être fondé sur le pays d'origine, le système de vérification et d'éligibilité au voyage pourrait s'appuyer sur un système individuel, facilité par la coopération mondiale".

"Indeed, while travel has become a way of life for people across the globe, current frameworks often assess risk levels on the basis of an individual’s nationality. The concept of “global access” or a global trusted traveller programme should be developed as a tool to enhance security and be the catalyst to shift our system verifying eligibility to travel from “country of origin” to an individual-based system facilitated by global cooperation".

Finie l'importance de la nation en gros. Vous ne venez plus de tel ou tel pays, vous êtes une personne plus ou moins risquée. L'ouverture des frontières ne serait pas totale, mais sélective, réservée à l'obtention de ce statut de "low risk passenger", passager à bas risque. Dans ce système, le low pour une fois serait extrêmement valorisé.

Après le voyageur low-cost, le passager low-risk

L'article ne dit pas en fonction de quels critères on pourrait obtenir ce statut et ce visa universel. Ce que l'on comprend c'est que la baisse du PIB ne serait pas perdue pour tout le monde, car pour mettre au point ce programme de voyageur sans risque, il faudra investir.

"il faudrait concevoir de nouveau check-points, revoir les contrôles aux frontières, améliorer les outils d'analyse des données, mettre en place des visas électroniques ou de visa régionaux..."

".. ranging from re-envisioning the future of checkpoints and border controls to the improvement of data analytic tools and the application of e-visas, regional visa agreements and the expansion of trusted traveller programmes..."

De ses deux propositions conjointes: l'ouverture sélective des frontières et les investissements dans la sécurité à ces mêmes frontières, il y a de forte chance que les pouvoirs publics en retiennent au moins une. L'investissement dans la sécurité. Et ce sera un moindre mal. En proposant d'ouvrir les frontières à un nombre limité d'individus, c'est bien le fichage généralisé que nous propose le World Economic Forum.

Si on ne classe plus les individus par pays d'origine, il faudra pouvoir mener pour chacun d'eux une enquête personnelle permettant de définir son niveau de risque. On imagine aussi les dérives possibles autour de cette définition d'individu à risque. Scary, isn'it?

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