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Patrick Savidant, Louis Maurin et Anne Bruner lors de la présentation du rapport à la presse. Sa publication a été financé par 360 donateurs privés sollicités via une opératino de financement participatif.

Inégalités en France: et si on les mesurait sérieusement?

3 min
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L'observatoire des inégalités vient de publier un rapport sur les inégalités en France. On y apprend que les inégalités de revenu s'accroissent, mais aussi qu'il est très difficile de les mesurer car les outils statistiques ne sont pas adaptés. Une question politique, et non technique.

Patrick Savidant, Louis Maurin et Anne Bruner lors de la présentation du rapport à la presse. Sa publication a été financé par 360 donateurs privés sollicités via une opératino de financement participatif.
Patrick Savidant, Louis Maurin et Anne Bruner lors de la présentation du rapport à la presse. Sa publication a été financé par 360 donateurs privés sollicités via une opératino de financement participatif. Crédits : Thomas Padilla - Maxppp

L'observatoire des inégalités n'est pas un organe officiel ou public. C'est une association créée en 2003 par des journalistes, chercheurs sociologues, juristes et économistes.

En permanence, c'est un site internet très fournis en données et analyses sur les inégalités.

En 2015, cet observatoire a publié son premier rapport complet sur les inégalités. Celui qui est sorti cette semaine est le deuxième.

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C'est un rapport ultra-complet, très facile d'accès pour tout ceux qui s'intéressent à ces questions. Il n'est pas en ligne mais vous pouvez le commander. En 170 pages, ce rapport dresse un panorama très large des inégalités: inégalités de revenu, d'éducation, de travail, de mode de vie, et inégalités territoriales. Il ne fait pas de recommandations:

"Notre volonté est de séparer le constat, les analyses et les préconisations" lit-on en préambule,

L'observatoire a récemment publié une synthèse des solutions imaginées par des chercheurs pour réduire les inégalités.

L'une des convictions fortes des auteurs de ce rapport, c'est que l'une des meilleure arme pour lutter contre les inégalités, c'est l'information.

Information nuancée

Pas de grandes accusations dans ce rapport, pas de caricature, pas de diatribe anti-riche, le rapport dit quand les inégalités se creusent, mais aussi quand elles diminuent.

Il y a plus de filles à l'université, plus de femmes maires par exemple. Pour les revenus, les inégalités se creusent récemment, mais elles diminuent sur une plus longue échelle de temps.

L'écart de revenu entre les 10% les plus riches, et les 10% les plus pauvres n'a pas évolué entre 2005 et 2015, c'est 3.5. En 1970, c'était 4.6. Sur 40 ans, il y a donc un mieux.

En revanche, depuis la crise de 2008, le niveau de vie moyen des 10% les plus pauvres évolue en dents de scie. Au final, il est de 30 euros mensuels inférieur à ce qu'il était en 2004.

Les 10% les plus riches ont gagné eux en moyenne 252 euros de plus sur cette même période.

"Que les riches s'enrichissent, c'est monnaie courante, lit on dans le rapport, que les pauvres s'appauvrissent, cela change la donne".

C'est un changement structurel majeur, un vrai retournement par rapport au siècle passé de progrès social.

Outre l'inflation, l'un des éléments d'explication se retrouve dans ce chiffre: 70% des chômeurs supplémentaires entre 2008 et 2016 sont des employés ou des ouvriers.

Inégalité de revenu, inégalité face au chômage, inégalité au travail. Au "stress sur médiatisé des cadres", l'observatoire des inégalités oppose "la pénibilité physique de ceux qui manipulent des charges lourdes et respirent des poussières". Un constat à rapprocher de la volonté du gouvernement de supprimer le compte pénibilité.

Lacune des statistiques publiques

L'observatoire des inégalités en fait un axe majeur de son discours. Les statistiques publiques sont lacunaires sur ces questions, lacunaires ou trop changeantes.

Sur les revenus, l'INSEE a changé deux fois de méthode entre 2010 à 2012, ce qui rend impossible les comparaisons de court terme. L'observatoire des inégalités à réussi dans ce rapport à recalculer les séries pour tenir compte des changements de méthode, mais c'est une première.

A ECOUTER/LIRE: Extrême pauvreté, l'impossible décompte. Chronique qui évoque les difficultés à mesurer la pauvreté au niveau mondial, et le programme lancé par la Banque Mondiale pour améliorer ce décompte.

Sur les patrimoines même souci. Il y a une enquête tous les 5 ans, et à chaque fois la méthode change. Pour des bonnes raisons souvent, reconnaît Louis Maurin, directeur de l'observatoire, mais il est impossible de savoir si les évolutions sont liées à des changements de réalité ou de méthode.

"La dernière enquête sur la mobilité sociale de l'Insee date de 2003, s'exclame-t-il. Rendez vous compte. Cette enquête qui permet d'évaluer la position des fils par rapport à celle des pères n'a pas été faite depuis! Et chaque année, l'Insee dit qu'elle va bientôt publier la prochaine".

Autre constat: la difficulté à évaluer les patrimoines les plus élevés. Autant, les données ne manquent pas sur les pauvres, autant sur les riches, les données sont tronquées, par les fausses déclarations et l'évasion fiscale d'une part, et d'autre part parce que les chercheurs sont rares à se spécialiser sur les riches. A part les célèbres Pinçon-Charlot, difficile de trouver des spécialistes des Français les plus fortunés, et cela se comprend car les "sujets" sont plus difficiles d'accès.

"Pour vivre heureux, vivons cachés, c'est notre adage" m'avait confié l'une de mes interlocutrices lors d'un reportage que j'avais fait sur les "riches". L'un des reportages les plus compliqués que j'ai eus à monter et le seul pour lequel on m'ait demandé à témoigner voix camouflée. Malheureusement on ne peut plus l'écouter, mais on peut voir la présentation. Les riches sont-ils prêts à payer?

De qui parle-t-on quand on parle des riches? A partir de combien l'est-on? Cette question aussi est absente du débat public. Il y a une définition pour le seuil de pauvreté, mais il n'y a pas de seuil de richesse.

"La question n'est pas technique, elle est politique", insiste Louis Maurin. De fait, savoir permettrait de mieux calibrer les politiques de redistribution.

Est-ce à vous de redistribuer? Sachez que si vous disposez de plus de 3000 euros par mois, une fois vos impôts payés et une fois touchées les prestations sociales (pour une personne seule), vous faites partie des 10% les plus riches.

A ECOUTER/ LIRE: Favoriser les riches, est-ce bon pour les pauvres?

Côté verre à moitié plein, il faut cependant reconnaître que cette question des inégalités de revenu et de patrimoine mobilise de très nombreux chercheurs. Vous trouverez des tas de statistiques sur le site "World Wealth and Income Data Base" coordonné notamment par Thomas Piketty.

Marie Viennot

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