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En septembre 2016, Mario Draghi a été auditionné par le Bundestag

Inflation des pressions allemandes sur la BCE

3 min
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Les prix ont grimpé de 1.1% dans la zone euro en 2016, du fait de la hausse des prix de l'énergie. Mais c'est une moyenne. En Grèce et en Italie, il n'y a pas d'inflation alors qu'en Allemagne elle est de 1.7%. Or la BCE doit prendre des décisions qui concernent toute la zone euro.

En septembre 2016, Mario Draghi a été auditionné par le Bundestag
En septembre 2016, Mario Draghi a été auditionné par le Bundestag Crédits : STEFFI LOOS - AFP

Ce n'est pas une nouveauté, le gouvernement Allemand dit régulièrement tout le mal qu'il pense de la politique très accomodante de la banque centrale européenne, ce qui est assez piquant. Ce sont les Allemands qui ont oeuvré pour que la BCE soit indépendante des Etats, et ce sont eux qui critiquent le plus son action, dans l'espoir de pouvoir l'orienter.

Pourquoi ces critiques?

Depuis des mois, la BCE cherche à relancer la machine économique européenne, qui n'est sorti de la recession, rappelons le que mi 2013. Pour cela, elle a utilisé tous les outils, conventionnels, ou non conventionnels.

Les banques ont accès à ses guichets de façon illimitées, dans l'espoir qu'elles prêtent ensuite à l'économie réelle.

La BCE achète chaque mois 80 milliards d'euros de dettes de pays de la zone euro, façon pour elle d'injecter de la monnaie dans le circuit. Mais cette politique pénalise les épargnants.

Quand on laisse couler l'argent à flot (dans la sphère financière j'entends) la rémunération de ceux qui en ont, baisse. Emprunter devient moins cher, et parallèlement, prêter devient moins lucratif.

C'est un problème particulièrement pour l'Allemagne, parce que sa population est agée, et que ce sont les plus agées qui ont de l'épargne. C'est un problème aussi pour les moins agés, car l'Allemagne a introduit en 2001 dans son système de retraite une partie par capitalisation.

Contrairement à la France où l'argent des actifs vient directement payer les retraites des inactifs, dans ce système, adopté aussi par les Etats Unis, la Grande Bretagne ou les Pays Bas, les actifs placent leur argent dans des fonds, qui les placent sur les marchés financiers, et une fois à la retraite, ils touchent cette cagnotte amassée tout au long de leur vie active.

On comprend que si les taux d'intérêt sont bas, voire négatifs, la cagnotte ne grossit pas, voire diminue, et ce qui était un problème financier devient un problème social.

Le problème s'accroit quand l'inflation revient...

Or c'est ce qu'il se passe en ce moment dans la zone euro. L'inflation est de retour.

Tout est relatif quand même, on est à 1.1% d'inflation sur un an dans la zone euro, c'est toujours très bas, mais cette inflation rogne le capital des épargnants. En plus d'être mal rémunéré par les taux d'intérêt, il se dévalorise, car un euro hier vaut moins qu'un euro demain.

C'est bon pour ceux qui empruntent, notamment tous les pays très endettés de la zone euro, mais ça l'Allemagne s'en fiche un peu, voire le déplore puisque cela n'incite pas à la rigueur budgétaire.

Si on se met à la place de la BCE, le problème est compliqué. Car dans la zone euro, il n'y a pas que l'Allemagne. Or si l'Allemagne voit l'inflation grimper de 1.7% sur l'année, en France on est à 0.6, et en Grèce et en Italie, on est quasiment en zone négative.

Accommoder Berlin, ce serait potentiellement pénaliser tous les pays dont l'économie n'est pas en train de faire boom.

C'est un dilemme récurrent pour la BCE, comment mener une même politique pour 19 pays dont les économies divergent?

Il y a trois groupes de pays dans la zone euro en ce moment au regard de l'inflation.

  • Ceux qui sont au dessus d'une inflation à 1.5%. On y trouve la Belgique, l'Allemagne donc, les trois pays baltes, le Luxembourg, l'Autriche.
  • Ceux qui sont entre 0.5 et 1.5, dont la France, les Pays Bas, le Portugal
  • un troisième groupe, en dessous de 0.5, avec l'Italie, Chypre, l'Irlande, la Grèce, la Slovaquie.

Le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble reconnait cette difficulté, mais pour lui, c'est la faute des "pays membres qui, je cite, ne font pas ce qu'ils se sont engagés à faire, pour améliorer leur compétitivité".

La patron de la BCE a déjà rétorqué à l'Allemagne qu'elle avait les marges budgétaires pour aider la croissance à décoller dans la zone euro. Et toc! AMBIANCE

Ces relations vont se tendre encore cette année, du fait de cette inflation plus forte, et du fait des élections en Allemagne. Le ministre des Finances allemand a déjà rendue la BCE responsable de la montée de la droite populiste dans le pays. Avec les élections en France et aux Pays Bas, ces pressions pourraient bien devenir inflationnistes !

Marie Viennot

Chroniques

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