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L'Unedic verse 10% de ses recettes à Pôle Emploi, soit 3.2 Mds d'Euros

L'assurance chômage n'est pas déficitaire

3 min
À retrouver dans l'émission

25 milliards d'euros de dette pour le régime d'assurance chômage, mais à quoi est dû ce trou? Pas à la générosité du système, mais à la précarité et à des nouvelles charges pour l'Unedic, notamment le financement de Pôle Emploi, et ce sont des économistes libéraux qui le disent.

L'Unedic verse 10% de ses recettes à Pôle Emploi, soit 3.2 Mds d'Euros
L'Unedic verse 10% de ses recettes à Pôle Emploi, soit 3.2 Mds d'Euros Crédits : Christophe Morin - Maxppp

Comme souvent en économie, et ailleurs, le diable se cache dans les détails. Quand on regarde globalement, les chiffres publiés par l'Unedic, confirmés par la Cour des Comptes dans son rapport sur la gestion de l'Unedic entre 2008 et 2014, le régime d'assurance chômage accuse un trou de 25 milliards d'euros et un déficit de 4,5 milliards d'euros en 2015.

Comme on est en période de renégociation de la convention depuis le 22 février, chacun y va de son analyse. On entend dire généralement, "c'est à cause de la crise, plus de chomeurs, moins de cotisants", ou encore "c'est à cause du système, trop généreux, trop peu incitatif pour la reprise d'emploi".

Or si on regarde les chiffres plus dans le détail, on s'aperçoit que ce qui fait basculer les comptes de l'Unedic dans le rouge, ce n'est pas l'écart entre les cotisations perçues (les recettes), et les prestations versées (les dépenses) mais essentiellement deux choses :

  1. le financement de la précarité (intérim, contrat court, alternance CDD emploi)
  2. la contribution de l'assurance chômage aux politiques de retour à l'emploi: aide à la création d'entreprise par exemple, mais surtout le financement du budget de fonctionnement de Pôle emploi. Depuis 2008, chaque année, l'assurance chômage verse 10% de ses recettes à Pôle emploi, cela représente plus de 3,2 milliards d'euros (voir ici, page 20 le tableau des comptes). Ça n'est pas une paille, c'est plus de 3/4 du déficit.

Je m'appuie là sur l'analyse faite par Brunot Coquet, un économiste, non pas atterré, mais libéral, qui a publié récemment pour l'Institut de l'entreprise, un think tank lui aussi libéral, un article intitulé "Assurance chômage: une pièce en trois actes". Or il n'est pas le seul à dire que ce n'est pas la générosité du système d'assurance chômage qui le plombe. Mais ce message perce peu, en dépit du titre très accrocheur d'un article de Christian Chavagneux, éditorialiste à Alternatives Economiques: "Répétez après moi: l'assurance chômage est excédentaire".

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Un système trop généreux?

Dans une [étude publiée en septembre](http:// http://www.cae-eco.fr/IMG/pdf/cae-note024.pdf) pour le conseil d'analyse économique avec Corinne Prost, Pierre Cahuc, un économiste de l'emploi qui a défendu le pacte de responsabilité et qui appelle à une profonde modification du code du travail, met l'accent sur le poids des dépenses liées aux CDD, et notamment aux dispositions qui permettent de cumuler emploi court et chômage.

L’UNÉDIC ne publie pas le solde budgétaire lié à l’activité réduite. Néanmoins, il est possible d’évaluer des ordres de grandeur. Ainsi, environ 760 000 personnes qui alternent emploi et chômage indemnisé ont passé cinq ans en moyenne en activité réduite. Ces allocataires récurrents travaillent en moyenne un jour sur deux. En estimant que chacun de ces 760 000 allocataires coûte environ 6 300 euros par an27, compte tenu des indemnités qu’il perçoit nettes des cotisations versées sur ses salaires, les dépenses annuelles nettes associées à ces allocataires très récurrents sont de l’ordre de 4,8 milliards d’euros pour l’assurance chômage

4 milliards 800 millions d'euros, c'est plus que le déficit en 2015, qui est de 4.5 Mds. Le système d'assurance chômage n'est pas trop généreux, il finance et encourage la précarité.

Un système qui encourage et alimente la précarité

En France 35% des CDD ont moins de 3 mois, contre 4% en Allemagne, et dans deux cas sur 3, ces CDD vont dans une entreprise pour laquelle ils ont déjà travaillé auparavant. Conclusion: les entreprises et les salariés dont les emplois sont stables financent via l'assurance chômage les entreprises qui utilisent les contrats courts à outrance, avec parfois plusieurs CDD qui tournent sur un même poste, qui pourrait être en CDI.

Des pistes pour la renégociation qui débute

Plusieurs économistes, libéraux toujours proposent une sorte de bonus malus. Les entreprises qui utilisent l'assurance chômage dans leur gestion des ressources humaines devraient plus contribuer que les autres. C'est aussi ce que demandent les syndicats. Ils l'ont partiellement obtenu lors de la dernière convention, mais même la Cour des Comptes affirme dans un référé sur l'assurance chômage qu'elle a transmis au Premier ministre en décembre, c'est encore très limité. 400 millions d'euros au plus.

Alors que le débat fait rage sur le code du travail et son impact soit-disant négatif sur l'emploi, (voir un précédent billet sur ce thème : Le code du travail est-il l'ami du chômage?) les économistes libéraux font de ce bonus malus une contrepartie nécessaire à la flexibilité demandée par les entreprises. L'éminent Prix de l'académie de Suède, Jean Tirole, défend cette idée dans un rapport remis en 2003 avec Olivier Blanchard (ancien économiste en chef du FMI), le proposait aussi.

"Chacun s'accorde sur le fait que les entreprises doivent bénéficier d'une flexibilité en matière d'emploi afin de pouvoir réagir aux fluctuations de la demande et aux changements de technologie. Il est indéniable également que les salariés font face à des risques considérables en l'absence de protection d'emploi et d'assurance chômage. Comment réconcilier les deux demandes légitimes : flexibilité et protection ? La réponse de base de l'économiste est que l'on doit mettre l'entreprise face aux conséquences de ses actes : elle doit payer le coût que ses licenciements imposent à la collectivité. Une telle internalisation est la rançon, ou plutôt la condition sine qua non de la flexibilité."

Bizarrement, ce n'est jamais cette partie de son discours, qui est retenue par les réformistes-réformateurs, qu'ils soient de gauche, ou de droite. Pourquoi? Nous avions posé la question à Jean Tirole lors de [son passage aux Matins](http:// http://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins/la-tse-la-mecque-de-leconomie). Sa réponse (à 3 minutes): les réticences des entreprises et de leurs représentants.

Ce système de bonus-malus existe aux Etats-Unis depuis les années 30.

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