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Au nord de l'Italie sur la côte Adriatique, le 11 mai 2020, on établit les distances de sécurité entre deux transats.

Covid-19 : à la recherche d'un tourisme durable

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Le gouvernement annonce en fin de matinée un plan d'urgence pour le tourisme. Un secteur confronté à de grandes turbulences économiques, et qui va devoir sans doute accentuer sa mue pour répondre aux aspirations des consommateurs.

Au nord de l'Italie sur la côte Adriatique, le 11 mai 2020, on établit les distances de sécurité entre deux transats.
Au nord de l'Italie sur la côte Adriatique, le 11 mai 2020, on établit les distances de sécurité entre deux transats. Crédits : Vincenzo Pinto - AFP

Avez-vous déjà choisi votre destination de vacances ? Ce n’est  en tous cas sûrement pas cette année que vous irez admirer la Cordillères des Andes  … Les vacances seront locales ou ne seront pas. 

Et la France, première destination touristique au monde va devoir faire face. Car elle ne peut compter sur son seul marché domestique pour redresser la barre, elle qui accueille 90 millions de touristes étrangers par an.

Dans les Régions, on est d’ailleurs en train de plancher sur des solutions pour soutenir l’activité. En PACA et dans les Pyrénées Atlantiques, on envisage, par exemple, des chèques-vacances attribués sous conditions de ressources à des salariés du privé qui ont été sur le terrain pendant le confinement. 

C’est tout un secteur qui va tenter de limiter la casse, alors que le retour à la normale n’est pas pour tout de suite.  Pas avant octobre 2021, selon les Entreprises du voyage, qui regroupent les principales agences de voyage françaises. Pour son président Jean-Pierre Mas, il est compliqué de faire des prévisions pour l'été, tout dépend aussi si les frontières seront fermées ou pas. 

Si l'espace Schengen est ouvert, on sera à 30, 35 % de l'activité normale, sinon ce sera 15 %. On est dans le brouillard le plus épais, on ne voit pas la côte" - JP Mas

Il va falloir, en plus intégrer, les impératifs de sécurité sanitaire. En tentant de préserver la convivialité, de ne pas gâcher le plaisir des vacanciers. Une gageure !  

Est-ce le bon moment pour se réinventer ?

La priorité c’est de gérer l’urgence économique, éviter le plus possible la casse sociale, alors que des groupes commencent déjà à dégraisser, comme TUI qui va supprimer 8 000 emplois dans le monde. En France, le tourisme représente près de 8 % du PIB et 2 millions d’emplois.
 

Mais ça n’empêche pas de réfléchir à l’après, et déjà des appels sont lancés pour un tourisme plus responsable. Le réseau des Acteurs du Tourisme Durable, a ainsi publié un Manifeste pour un plan de transformation du tourisme. Parmi ses propositions, intégrer des critères extra financiers dans les indicateurs de performance d’une destination ou d’un professionnel, ou encore rendre obligatoire la mention des émissions carbone pour l’ensemble des prestations touristiques.  

Et cette démarche dépasse le cadre des acteurs engagés. Le commissaire européen à l’industrie Thierry Breton a ainsi tout récemment plaidé pour un "tourisme responsable, durable et innovant en réponse aux excès du tourisme de masse”. On ne l'attendait pas forcément sur ce terrain.  

Cela fait des années que l’on parle d’agrotourisme, de camping à la ferme, de retour à des vacances moins "bling bling". Et c’est vrai que ce tourisme là s’est développé. Avec aussi ses excès. En voulant répondre aux aspirations des urbains, pressés de déconnecter, des professionnels ont créé des formules hors de prix, dans de luxueuses tentes, ou cabanes perchées dans les arbres. 

Il y a donc sans doute une nouvelle étape à franchir. Le plan que va annoncer tout à l’heure le gouvernement comporte d’ailleurs un volet investissement pour aider à cette transformation. 

Mais part-on de zéro ?

Non avant même la crise sanitaire, les entreprises du tourisme ont entendu les consommateurs, qui aspirent à des pratiques plus responsables. 

Des labels ont fleuri, là aussi avec leurs limites, pour garantir la durabilité de telle ou telle prestation.

Il y a aussi une réflexion sur la compensation des émissions de C02.  

En janvier dernier, les tours opérateurs se sont entendus sur le principe d’une contribution par forfait vendu, pour compenser les émissions carbone, rappelle le président du SETO René-Marc Chikli. Un engagement à ce stade, qui sera plutôt effectif en 2021-2022. 

De son côté, Air France compense, depuis le 1er janvier, ses émissions carbone pour ses vols intérieurs. La compagnie va aussi devoir supprimer des lignes intérieures, là où le trajet en train peut être fait en moins de deux heures trente. Une contrepartie réclamée par l’Etat, dans le cadre de son plan d’aide de 7 milliards d’euros. 

Entre engagements volontaires et contraintes, le secteur est donc en train de bouger, et ça devrait s’accentuer dans les mois et années qui viennent. 

Mais pour pouvoir bouger, il faut encore être debout. Et ce sera tout l’enjeu de ces prochains mois. 

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