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Avec une collecte de 5,5 milliards d'euros, le Livret A a enregistré une collecte record pour un mois d'avril depuis dix ans.

Livret A : les Français ont épargné à des niveaux records en avril

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Pendant la période confinement, les sommes mises de côté sur des placements pourtant peu rémunérateurs ont explosé. Une situation qui révèle une consommation atone. Ces sommes profiteront-elles demain au redémarrage de l'économie ?

Avec une collecte de 5,5 milliards d'euros, le Livret A a enregistré une collecte record pour un mois d'avril depuis dix ans.
Avec une collecte de 5,5 milliards d'euros, le Livret A a enregistré une collecte record pour un mois d'avril depuis dix ans. Crédits : Alexandre Marchi - Maxppp

Rarement, les Français ont autant épargné sur leurs livrets d'épargne populaire. La collecte nette du Livret  A a atteint en avril près de 5 milliards et demi d'euros.  Soit du jamais vu pour un mois d’avril depuis 10 ans ! 

Et encore, selon le Cercle de l’épargne, les montants auraient sans doute été plus importants si les Français avaient pu se rendre dans leurs banques pour y placer leurs économies.  

En cumulant Livret A et livret de développement durable et solidaire, ce sont 7, 4 milliards d'euros qui ont été  engrangés. L’épargne populaire “n’a jamais été aussi abondante et représente en moyenne 40% des revenus des ménages", a commenté hier le directeur général de la Caisse des dépôts Eric Lombard.   

Et c’est loin d’être un bon signal, car cela traduit une baisse de la consommation. Cette épargne de précaution est en effet rendue possible par la diminution de dépenses directement liées au confinement.  Avec la fermeture des cafés et des restaurants, des commerces autres que de bouche, le quasi arrêt des déplacements en voitures, des classes moyennes et des ménages aisés ont ainsi pu économiser le mois dernier. 

Et ces placements ont été une valeur refuge, malgré leurs faible taux de rendement (0,5 % depuis février, un taux historiquement bas).  

Un problème pour l'économie 

Ces sommes ne sont pas mobilisées pour la consommation. Certes, cette dernière n'est pas encore vraiment repartie, mais ce n'est pas de bonne augure pour les mois qui viennent. 

Autre problème, récurrent, et indépendant de la pandémie : ces sommes ne viennent pas financer les entreprises. Cela fait trente ans que les gouvernements tournent autour de cette question : comment réorienter l'épargne des Français vers l’investissement dans les PME ? Sans résultat probant. 

Dans la période, la question resurgit de manière encore plus éclatante. Cela dit, l’argent ne dort pas non plus : il finance le logement social et dans une moindre mesure des politiques de la ville. 

Hier lors d’une audition au Sénat, le patron de la CDC s’est tout de même dit favorable à ce que les fonds d’épargne "puissent être élargis pour être plus utiles et efficaces". Pourraient-ils par exemple venir financer d’autres secteurs, comme la santé ? A ce stade, à la Caisse des dépôts, on ne veut pas en dire plus. 

Cela va-t-il durer ? 

Sans lire dans le marc de café, c’est probable, vu le comportement des Français, hors pandémie. On a tendance à privilégier des placements de bon père de famille. Et la crise a fragilisé des ménages, donc ce phénomène s’est accentué, par peur de l’avenir, du chômage, ou encore de la maladie … 

Pas de quoi rassurer le secteur du commerce qui attend un redémarrage.  Ce redémarrage aura lieu mais dans quelles proportions ? Et dans quelle mesure puiserons-nous dans nos économies ? Le vrai test sera cet été, avec des vacances bousculées. Aurons-nous envie de consommer, et si oui quoi ?

Il faudra sans doute attendre encore quelques mois selon les spécialistes pour revenir à nos habitudes.  

Avec en plus sans doute des changements de comportements, on l’a vu dans le passé. Par exemple, la consommation de viande avait baissé après la crise de la vache folle. Cette fois, le "made in en France", la consommation locale pourraient sortir gagnants. Mais des secteurs auront du mal à rattraper les mois perdus : la restauration, les loisirs, ou encore les services de proximité, comme les salon de coiffure. 

Et puis, et c’est important de le souligner : on parle là de ceux qui auront les moyens de consommer, au delà de leurs besoins de première nécessité. Or tous ne sont bien évidemment pas dans cette situation.  

Fin avril, 18 % des Français disaient avoir déjà dû puiser dans leur épargne pour faire face aux dépenses du foyer et 38 % craignaient d’avoir à le faire dans les prochains mois.  

Particulièrement concernés, selon cette étude de l'OBSOCO l'observatoire société et consommation, les 35-44 ans, les salariés de TPE et les indépendants et ceux qui se revendiquent "gilets jaunes".  

Et on sent là les prémisses d’une fracture, une fois la crise passée, entre ceux qui auront les moyens de consommer et les autres, qui aimeraient le faire mais seront plutôt préoccupés par le fait de savoir comment boucler les fins de mois. Avec le risque d’une nouvelle explosion sociale ....   

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