LE DIRECT
Les plages de Hua Hin en Thaîlande toujours sous confinement, le 28 mai 2020

Le tourisme : un moteur économique en panne mondiale

5 min
À retrouver dans l'émission

Un secteur en croissance constante depuis 20 ans tombé à zéro en quelques semaines, c'est du jamais vu. Si d'un point de vue écologique on pourrait s'en réjouir sur le plan économique c'est une catastrophe. Les pertes de la manne touristique selon l'OMT s'élèvent à plus de 1000 milliards d'euros.

Les plages de Hua Hin en Thaîlande toujours sous confinement, le 28 mai 2020
Les plages de Hua Hin en Thaîlande toujours sous confinement, le 28 mai 2020 Crédits : Jack Taylor - AFP

Le tourisme mondial est à l’arrêt total. Il ne se passe pas une semaine sans qu’une compagnie aérienne demande de l’aide à des investisseurs ou à un état, quand elle ne se déclare pas en faillite comme l’a fait hier la principale compagnie aérienne d’Amérique latine, Latam Airlines. 

Toute la flotte mondiale de navires de croisière est à quai, et probablement encore pour une longue période, les armateurs réfléchissent aux conditions dans lesquelles ils pourront reprendre leurs opérations. Au-delà des milliards de dollars de pertes financières dejà enregistrées, la filiale allemande du premier croisiériste mondial l’américain Carnival annonce que ses bateaux ne reprendront pas la mer avant au moins la fin juillet. Pour des questions sanitaires, car les paquebots, univers par excellence confinés et densément peuplés, constituent des environnements particulièrement favorables à la transmission des virus.

Les aéroports appellent également les pouvoirs public à voler à leur secours. Compte tenu de la faiblesse du trafic et de la lenteur de la reprise attendue les Aéroports De Paris pourrait maintenir fermer l’aéroport de Paris Orly jusqu’à l’automne. 

Toute la filière tourisme souffre, des agences de voyages aux plus gros voyagistes du monde, l’allemand TUI qui affichait encore l’année dernière 19 milliards d’euros de chiffre d’affaire perd en ce premier trimestre 763 millions et annonce dans la foulée la suppression de 8000 postes. 

Stoppé net

Le tourisme représente 10% du PIB mondial, près de 15% des emplois. En 20 ans le nombre de touristes transportés dans le monde a été multiplié par 3 pour dépasser le cap du milliard et demi l’année dernière selon les chiffres de l’Organisation mondiale du Tourisme. Un secteur en plein essor stoppé net. Toujours selon l’OMT, le cumul des pertes liées à la pandémie pourrait tourner autour des 1000 milliards de d'euros. 

Alors évidement il y a de quoi s’inquiéter d’autant que la France en tant que première destination mondiale avec ses 90 millions de visiteurs par an, a bien sûr beaucoup à perdre. Le tourisme génère plus de deux millions d'emplois et pèse pour plus de 7% de PIB. Pour l’Espagne c’est 14% et que dire de la Grèce où le tourisme après la marine marchande est le deuxième pilier de son économie. Un pilier essentiel qui lui a permis après de longues années de crise de garder la tête hors de l’eau, employant 1 personne sur 5 et rapportant 18 points de PIB.

De nouvelles installations se mettent en place pour protéger les touristes du virus : des panneaux de plexiglass sur les plages de Santorin, le 20 mai 2020
De nouvelles installations se mettent en place pour protéger les touristes du virus : des panneaux de plexiglass sur les plages de Santorin, le 20 mai 2020 Crédits : Dimitri Lambropoulos - AFP

Un peu partout dans le monde des régions entières vivent presque exclusivement du tourisme. C’est le cas de certaines îles grecques, de Bali en Indonésie où il y a plus de touristes toute l’année que d’habitants, Cancun au Mexique, considérée comme la ville la plus dépendante au monde du tourisme, Phuket en Thaïlande, des endroits qui s’ils nous font rêver sont aujourd’hui désertés perdant depuis le début du confinement jusqu’à 80% de leur activité.

En Italie, c’est un tsunami économique et social qui s’annonce. On pouvait lire hier dans le journal les Echos qu’une ville sur 10 est au bord de la faillite.  Pour de nombreuses villes comme Venise, Florence, Naples, Rome, les recettes fiscales des communes chutent avec la suspension de nombreux impôts locaux pour soutenir les entreprises et les ménages. A cela s'ajoute la disparition de la manne touristique et les millions d’euros de la taxe de séjour qui ne rentreront pas dans les caisses.

A quand la reprise ?

L’Europe qui au début de la pandémie avait fermé ses frontières de façon un peu désordonnée essaie de s’accorder pour les rouvrir à peu prés en même temps, entre le 15 et le 30 juin. Pour le secteur la date est cruciale et l'enjeu est énorme. Mais la reprise dans le secteur du tourisme sera lente, d’autant que de nombreux pays comme la France appellent ses citoyens à passer leur vacances dans leur pays pour modérer l’impact de la baisse du nombre de visiteurs étrangers, à laquelle il faut bien s’attendre vu l’incertitude qui règne autour d’une possible deuxième vague de la pandémie. Le tourisme intérieur génère en France les deux tiers des recettes touristiques, de quoi faire travailler nos hôtels, nos campings, nos restaurants et nos cafés. Mais ce n'est pas le cas pour de nombreux pays qui ne pourront pas compter sur la demande intérieure. En Asie par exemple , la Thaïlande la destination la plus populaire sur ce continent privée d'une grande partie de sa clientèle européenne espère beaucoup des touristes chinois. Ils représentent un quart des visiteurs étrangers, alors qu'elle en reçoit 40 millions chaque année le pays n'en attend pas plus de 8 à 16 dans les estimations les plus optimistes. Avec les nouvelles normes de sécurité sanitaires qui seront mises en place dans le monde va t-on  changer nos habitudes, comment voyageront nous à l'avenir ? Nous faudra t-il un passeport sanitaire ? Comment vont se passer nos vacances cet été ? L'horizon est encore loin d'être dégagé mais il est déjà évident que cette saison estivale ne ressemblera à aucune autre.

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......