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La première réponse de la BCE à la pandémie avait été timide (ici conférence de presse du 12 mars), puis les annonces n'ont pas cessé et la BCE a sauté de nombreux rubicons.

Covid-19 : Banque Centrale qui sauve, Banque Centrale qui nuit

4 min
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Les banques centrales apportent en ce moment un soutien indispensable à l’économie. Sans elles, la crise serait bien pire, mais les remèdes qu’elles prodiguent ont des effets secondaires délétères. Cela n'a pas commencé avec le Coronavirus, mais c'est encore moins le moment de le dire.

La première réponse de la BCE à la pandémie avait été timide (ici conférence de presse du 12 mars), puis les annonces n'ont pas cessé et la BCE a sauté de nombreux rubicons.
La première réponse de la BCE à la pandémie avait été timide (ici conférence de presse du 12 mars), puis les annonces n'ont pas cessé et la BCE a sauté de nombreux rubicons. Crédits : Elmar Kremser - Maxppp

Depuis le début de la pandémie de coronavirus, les banques centrales de tous les pays sont à la rescousse pour éviter crise financière, permettre aux Etats de soutenir leur économie et repousser la crise sociale. 

Les milliards qu’elles ont mis à disposition depuis un mois, c’est du jamais vu, et l’on peut effectivement appeler cet argent « argent magique », car les banques centrales le créent quasi ex-nihilo. 

Il y avait une réunion de la Réserve Fédérale américaine les 28 et 29 avril, et à l’issue le Président de la Banque Centrale américaine n’a pas annoncé de nouvelles pluies de milliards, mais dit simplement que la Fed restait "déterminée à utiliser tous ses instruments pour soutenir l’économie américaine". C’est vrai, qu’il semble ne pas y avoir besoin d’en rajouter pour le moment. 

Le bilan de la Fed, qui permet de tenir les comptes des milliards injectés atteint aujourd’hui 6 600 milliards de dollars, contre 4 200 début mars. 

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Ca y est ! On a dépassé tous les records, et les marchés boursiers américains se portent de nouveau très bien, trop presque. 

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Le cac 40 américain, le S&P 500 (500 plus grandes entreprises américaines) a repris 35% en 5 semaines, et quasi récupéré ce qu’il avait perdu en mars. Et c’est grâce à la Fed. 

On a souvent comparé cette politique d’argent disponible à foison, à de la morphine : ça calme à court terme, mais cela rend accro à long terme. On était déjà dans cette situation avant le coronavirus, là, on a donc augmenté les doses. Ce qui a le tort de rendre les marchés insensibles au risque, puisque la banque centrale américaine, rachète quasiment tout derrière. 

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On l'a un peu oublié aujourd'hui, mais avant la crise du coronavirus, les "analystes" économistes etc... pensaient que la prochaine crise serait causée par la politique ultra accommodantes des banques centrales. 

Fed, et BCE même combat

Cette politique ultra-accommodante est aussi l’apanage de la Banque Centrale Européenne (et de celle d’Angleterre, du Japon, de la Chine…), mais en Europe on va un peu moins loin qu'aux Etats-Unis. Ici, une tribune de Christine Lagarde, la présidente de la BCE qui détaille son soutien à la zone euro. 

Aux Etats Unis, la Fed n’a pas mis de limite à ses achats de bons du trésor américain, elle va financer directement des entreprises (via un instrument financier qui aura la garantie du Trésor américain), achète des produits titrisés (oui ceux qui ont provoqué la crise des subprimes en 2007). On en est pas encore là chez nous, même si on a passé beaucoup de rubicons aussi. (Il y a de quoi alimenter une prochaine chronique !). 

En Europe, le 29 avril, ce que l’on redoutait a eu lieu. La note de crédit de l’Italie, celle qui permet de mesurer le risque qu’il y a à prêter, a baissé d’un cran pour l’une des trois agences de notation, Fitch. S&P, autre agence, ne l’a pas baissé mais sa perspective est négative. L’Italie est à un cran du ravin si on peut dire, car si sa note baisse encore, ses titres de dettes seront considérés comme A RISQUE, catégorie spéculative ou encore Non Investment Grade. 

Photo. Pour Fitch, la dette italienne est notée BBB- contre BBB avant
Photo. Pour Fitch, la dette italienne est notée BBB- contre BBB avant Crédits : Wall Street (Copie d'écran)

NB : Mise à jour de cette chronique après la réunion de la BCE du 30 avril et de demandes de clarification sur la neutralité de la BCE, le texte est donc différent du podcast. 

Christine Lagarde la présidente de la BCE a bien été interrogée sur l’Italie lors de sa conférence de presse du 30 avril, et elle n'a pas pu répondre, comme elle l’avait fait mi mars, que "les écarts de taux entre pays de la zone euro" n'était pas son problème. 

Comme prévu, elle a souligné l'importance de l'arsenal déjà mis en place par la BCE pour soutenir la zone euro dont l’Italie. Il y a ce Plan d’Achat d’Urgence Pandémique (PEPP, Pandemic Emergency Purchase Plan) à 750 milliards d’euros, et la BCE peut dorénavant acheter des bons du trésor italiens au-delà des limites qui existaient avant la crise du coronavirus.

Les analystes des marchés financiers disaient que 750 milliards ce n’était pas assez, parce que si on additionne ce que vont emprunter la France, l’Italie, l’Espagne, et l’Allemagne cette année, on est déjà à 1000 milliards d’euros, et espéraient que la BCE irait plus loin. Mais La BCE n'est pas allée dans ce sens, même si Christine Lagarde a voulu rassurer les marchés financiers en se disant "« tout à fait prête à augmenter la taille [du plan pandémie] et à ajuster sa composition, autant et aussi longtemps que nécessaire ». 

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Ici la conférence de presse du 30 avril in extenso. 

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Pas de stress pour le moment sur les taux

Pour le moment, les taux auxquels empruntent les pays de la zone euro restent bas, même s’ils ont un peu monté.

Hier, malgré la dégradation de la note italienne, les taux italiens ont augmenté de 5 points de base, et sont monté à 1,79% (contre 1,73 avant donc) pour l’équivalent d’un emprunt à 10 ans. Pas de quoi s’affoler encore. 

Chose étonnante même, la semaine dernière l’Espagne a emprunté 15 milliards d’euros sur les marchés financiers et la demande des investisseurs et des banques pour cette émission de dette espagnole a dépassé les 96 milliards, il y a donc eu 6 fois plus de demandes que l’offre.

Jeudi prochain, c’est la France qui va se présenter sur les marchés financiers pour emprunter, et tout peut arriver en une semaine, mais à ce jour, on n’anticipe pas de tension particulière. 

Calendrier des émissions de dette française par l'Agence France Trésor.
Calendrier des émissions de dette française par l'Agence France Trésor. Crédits : Agence France Trésor

Qui veut de la dette européenne ? Beaucoup de monde !

Cela peut sembler paradoxal, l’économie est en capilotade complète, l’Organisation internationale du travail estime que 3 milliards de personnes pourraient perdre leur moyen de subsistance au deuxième trimestre, la BCE anticipe 9, voire 15% de baisse du PIB, on sait que les taux d’endettement vont dépasser les 150% pour l’Italie, qu’on va taquiner les 120% pour la France, mais il y a toujours des gens pour prêter. 

L’économie étant bloquée et incertaine, mieux vaut placer son argent dans des bons du trésor, avec la BCE derrière que dans des actions, ou des entreprises. 

En fait, il y a une logique. Plus le climat est anxiogène, plus l’épargne augmente, et l’épargne se place dans la dette des Etats européens, rassurée qu’elle est que la BCE soit derrière. 

Le système productif étant à l’arrêt depuis le confinement, investir dans les entreprises n’est pas la tendance du moment au point que Bercy s’en inquiète ouvertement. 

A court terme, ce système fonctionne : la Banque Centrale Européenne achète les dettes que nous émettons, et elle achète surtout du temps en permettant aux Etats de la zone euro de repousser des décisions cruciales, notamment sur la mutualisation des dettes. "Grace" à la BCE pas besoin d’aller au bout de la question hautement politique : à quoi voulons nous que ressemble l’Europe ? 

Mais cela a 3 inconvénients au moins. 

1 Cela incite à s’endetter sans compter… que se passera-t-il si ceux qui nous prêtent aujourd’hui prennent peur et rechignent à le faire demain, on a connu ça après la crise de 2008. 

Nouveaux besoins de financement de l'Etat français (au 25 avril 2020). Avant la pandémie, il était prévu d'emprunter 205 milliards d'euros à long terme, ce serait finalement 245 milliards. Pour la dette à court terme, on passe de 10 à 64, milliards.
Nouveaux besoins de financement de l'Etat français (au 25 avril 2020). Avant la pandémie, il était prévu d'emprunter 205 milliards d'euros à long terme, ce serait finalement 245 milliards. Pour la dette à court terme, on passe de 10 à 64, milliards. Crédits : Agence France Trésor (copie d'écran 29 avril 2020)

2. Ces milliards qui pleuvent via la sphère financière alimentent des bulles, si l’immobilier grimpe autant, c’est parce que ce n’est pas cher d’emprunter. L'article en lien ci dessous explique les risques du Quantative Easing, cette politique de rachat des dettes d'Etat par la BCE qui n'a pas commencé avec le Coronavirus mais en 2015. 

A lire / Ecouter : Que feriez vous avec 2400 milliards d'euros ?

Troisième risque, plus complexe à comprendre. Dans son soutien à l’économie, et notamment aux entreprises via l’achat de leur dette, la BCE se veut neutre. C’est-à-dire qu’elle achète en proportion de ce qu’il y a sur le marché, on appelle cela Market Neutrality. 

Il n’y a donc aucune conditionnalité à ce soutien. 

Critères environnementaux, dividendes, paradis fiscaux, rachats d’actions... tous les débats qu’on peut avoir au niveau des Etats sont hors sujet pour elle, puisqu’elle est réputée ne pas faire de politique. 

A lire / écouter : Ayez confiance : l'argent public n'aidera pas les entreprises en lien avec les paradis fiscaux

Sauf qu’elle en fait… de la politique. En se disant neutre, elle reproduit le système économique actuel, soutient le monde d’avant, et freine l’avènement d’un nouveau monde d’après. 

La Banque Centrale Européenne n'est pas elle même responsable de cela. Elle est limitée par le mandat qui lui a été conféré par le Traité sur le fonctionnement de l'Union Européenne. 

Le principal objectif de la BCE est de maintenir la stabilité des prix. Sans préjudice de cet objectif, elle soutient les politiques économiques générales de l'Union afin de contribuer à la réalisation des objectifs de celle-ci.

Ce n'est donc pas la BCE qui peut faire évoluer la situation (même si elle tente de le faire, comme je le relate dans la chronique ci-dessous), ce sont les Etats. Mais pour faire évoluer le mandat de la BCE, il faut renégocier le traité. Ce n'était pas à l'ordre du jour quand tout allait "mieux", ça l'est encore moins aujourd'hui. 

A lire / écouter : Climat et BCE : qu'espérer de la présidence de Christine Lagarde ?

Tous ces risques ne sont pas nouveaux, mais tant que la BCE reste le zorro de la zone euro, pour reprendre le sobriquet associé à l’ancien président Mario Draghi, ce n’est toujours pas le bon moment pour s’en préoccuper, ni même le moment de le dire ouvertement. 

Marie Viennot

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